Critique de la théorie du monopole naturel – alternative

Comme expliqué précédemment, monopole naturel – histoire, l’accroissement de la production s’accompagnant d’une baisse du coût unitaire, une firme expansionniste supporte plus facilement les baisses de prix que les petites entreprises, finalement acculées à la faillite. Dans ces conditions, il est peu probable que plusieurs firmes puissent coexister. Il suffit que l’une d’elles (souvent la première sur le marché) accroit sa production pour faire baisser ses coûts unitaires. L’entreprise qui relève ce challenge ne survivra pas à cette guerre des prix et se retirera vite du marché. Il est même hautement probable que les potentiels entrants, comprenant qu’il est impossible de rivaliser avec une firme dont les prix unitaires peuvent être désormais abaissés à des niveaux qui leur seraient insoutenables, décident de laisser cette entreprise faire son business. C’est là que la théorie des marchés contestables de Baumol s’effondre.

À cela, les défenseurs du marché répondent que les substituts sont possibles, qu’il n’existe pas qu’un seul moyen de produire de l’eau, de l’électricité, ou que sais-je encore. Puisque le monopole fait augmenter les prix, les autres alternatives (modes de production et de distribution) seront financièrement stimulées. Comme le rappelle DiLorenzo, la concurrence est un processus permanent de recherche et de découverte. S’il est vrai que la faille de cette théorie tient du fait que l’on ignore combien de temps cela va prendre avant que ces alternatives n’émergent, dans le cas unique où elles n’ont pas encore émergées, l’histoire ne semble pas témoigner de l’émergence d’un tel monopole naturel : The Myth of Natural Monopoly.

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Critique de la théorie du monopole naturel – histoire

Une théorie célèbrement connue sous le nom de “monopole naturel” est souvent formulée pour justifier les lois antitrust et la régulation des services publics. L’idée se présente comme suit : du fait de la concurrence imparfaite, les firmes n’ont pas la même taille. La plus grande firme bénéficie d’un certain avantage sur les autres; elle peut tirer sur les économies d’échelle (effet volume, coûts fixes…). Puisque les coûts fixes ne varient pas dans les coûts de production, augmenter la production permet de faire baisser les prix sans que la firme ne souffre de sa rentabilité; sa taille amortissant les coûts. Ses prix diminuant, elle vend plus, accroit ses parts de marché, et ses coûts totaux diminuent. La firme grandit encore, ses prix peuvent baisser davantage de même que ses coûts, et davantage de concurrents sont chassés du marché. La firme grandit encore… etc. etc.
Au final, un tel scénario ne peut que déboucher sur un monopole, dit naturel. A partir du moment où une telle taille est atteinte, la firme ne craint plus une concurrence potentielle incapable de survivre à la guerre des prix. Sans contestation potentielle du monopole, celui-ci a tout le loisir de charger des prix de plus en plus élevés.

De ce fait, les économistes du mainstream considèrent que les monopoles doivent être interdits. On oublie parfois de faire intervenir l’élasticité-prix. La plupart des biens et services qu’on peut trouver sur le marché sont tous plus ou moins assez élastiques. Les craintes d’un tel monopole sont très souvent exagérées. En vérité, un monopole n’est vraiment dangereux que dans le cas où la demande du bien est incompressible : par exemple l’eau, la santé et dans une certaine mesure l’électricité. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas des services impliquant la construction et l’installation d’un vaste réseau extrêmement coûteux; c’est le genre de contexte où la concurrence peut difficilement émerger. C’est uniquement sur ce genre de monopole que le débat doit porter pour que celui-ci ait un sens.

D’après Thomas J. DiLorenzo (“The Myth of Natural Monopoly”), il semblerait que d’un point de vue historique les monopoles ont été créés des décennies avant que la théorie ne soient formulée. Au moment où les premières franchises gouvernementales ont été accordées, une majorité d’économistes avait reconnu que les économies d’échelles ne débouchaient pas sur un monopole. Ainsi, lors de la fin du 19ème siècle, lorsque les gouvernements ont commencé à distribuer des franchises, l’interprétation économique fut que les monopoles ont été créés par les gouvernements (franchise, protectionnisme, etc). Après les années 1920, les économistes ont redéfini le monopole en terme de parts de marché et non plus en terme de rivalité concurrentielle et d’esprit d’entreprise. Comme le démontre Demsetz :

Six electric light companies were organized in the one year of 1887 in New York City. Forty-five electric light enterprises had the legal right to operate in Chicago in 1907. Prior to 1895, Duluth, Minnesota, was served by five electric lighting companies, and Scranton, Pennsylvania, had four in 1906. […] Before 1884, six competing companies were operating in New York City …

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La Mondialisation n’est pas coupable – Paul Krugman

Prix Nobel d’économie 2008, récompensé pour ses travaux sur le commerce international, Paul Krugman démonte un à un les mythes encore couramment répandus aujourd’hui sur la mondialisation souvent accusée d’accroitre les inégalités et le chômage. De façon générale, les anti-mondialistes considèrent que l’économie est un jeu à somme nulle, où les uns perdent ce que les autres gagnent.

– Qu’est-ce que l’avantage comparatif ?
David Ricardo affirmait que si le climat de l’Angleterre en fait un meilleur producteur de tissu alors que le climat du Portugal en fait un meilleur producteur de vin, c’est un non-sens économique que ces deux pays cherchent à produire chacun du vin et du tissu. C’est un avantage comparatif. Les détracteurs reconnaitront que lorsque les américains sont plus productifs que les anglais dans tous les secteurs d’activité, le commerce mondial est rendu peu profitable à cause de l’avantage absolu des américains. Rien n’est plus faux. Il suffit aux anglais de se spécialiser dans les secteurs où le retard de productivité est le moins prononcé. La spécialisation permet d’accroitre la productivité, et donc le revenu réel. Si le commerce entre pays riches et pays pauvres résulte en un échange de produits de haute technologie (avions, microprocesseurs) contre des produits à fort coefficient de main d’œuvre (vêtements), alors les pays riches doivent former plus de cadres et de diplômés.

– L’immigration génère-t-elle du chômage et des inégalités ?
David Card faisait savoir qu’un pays qui verrait affluer beaucoup d’immigrés ferait face à un afflux de travailleurs et que, ce faisant, le capital par travailleur devient relativement rare. Autrement dit, la productivité par tête diminue. Si les salaires sont flexibles, les salaires chutent. Si les salaires sont rigides, le chômage augmente. Mais à long terme, ces baisses de salaires permettront aux entreprises d’investir davantage dans les facteurs de production manquants, rehaussant ainsi la productivité, et in fine, les salaires. Si le capital est mobile de sorte que le système économique puisse rendre disponible très rapidement le capital nécessaire pour mettre en valeur les facultés productives du nouvel arrivant, l’arrivée de l’immigrant n’ajoute rien au chômage (cf “Le chômage, fatalité ou nécessité ?” – Cahuc & Zylberberg).

– Faut-il craindre la concurrence des bas salaires venu des pays émergents ?
Lorsque les industries exportent des capitaux vers les pays émergents, ces derniers disposent de plus de capital par travailleur, lequel devient plus productif. Puisque les pays développés disposent d’un avantage absolu, le seul avantage comparatif sur lequel peuvent se reposer les pays émergents est le prix au rabais des produits exportés. Le capital exporté est du capital qui ne sera pas investi à l’intérieur, ce qui signifie que les salaires nominaux vont régresser. On peut penser que c’est un problème, puisque la concurrence se faisant sur le travail peu qualifié, les inégalités entre ouvriers et cadres vont s’accroitrent. Krugman montre que les chiffres (de 1970-1990) révèlent tout autre chose : l’effet de la mondialisation sur ces inégalités est largement insignifiant. En outre, celui-ci explique qu’il est futile de faire une fixette sur le salaire d’un secteur en particulier tout en occultant le reste. Pourquoi un coiffeur américain est-il mieux payé qu’un coiffeur en Chine, alors qu’ils ont la même productivité ? Tout simplement parce que le revenu réel est très largement déterminé par la productivité globale. Ainsi, lorsque la Chine rejoindra les USA en terme de développement, le revenu réel des chinois rejoindra celui des américains. Si la mondialisation permet d’accroitre la productivité mondiale, tout le monde en ressort gagnant.

– Qu’est-ce qui explique la désindustrialisation des pays développés ?
L’essentiel de la désindustrialisation s’explique par le changement dans la composition de la consommation intérieure qui a évolué au détriment des biens manufacturés.

En 1970, les personnes résidant aux États-Unis affectaient 46% de leurs dépenses dans l’achat de biens (manufacturés, agricoles ou miniers), le reste (54%) étant dépensé en services ou en bâtiment et travaux publics. En 1991, ces chiffres étaient respectivement de 40,7% et 59,3%, les gens dépensant plus en services de santé, en voyages, en loisirs, en honoraires d’avocats, en restauration rapide etc.

Le progrès technique augmente la productivité des biens industriels, mais puisque la consommation de ces biens est inélastique, le progrès technique s’accompagne indéniablement d’un déclin des emplois industriels au profit des secteurs de service : c’est le phénomène du déversement. Krugman rappelle aussi que l’effet des délocalisations sur le processus de désindustrialisation est très infime. Au pire, il ne fait qu’accélérer un tout petit peu ce processus de toute évidence inévitable.

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La loi de Gresham : cours légal versus asymétrie d’information

Le point de vue autrichien de la loi de Gresham est que le cours légal déclenche le principe qui veut que la mauvaise monnaie chasse la bonne. En quoi consiste la loi de Gresham ? Jörg Guido Hülsmann en donne une explication assez complète dans son ouvrage “The Ethics of Money Production”, chapitre 10 “Legal-Tender Laws”.
Selon que le cours légal soit appliqué aux pièces de monnaies ou aux banques à réserves fractionnaires, l’effet diverge.
1) Supposons que le ducat dispose du cours légal, et que le thaler et la guinée soit autorisés à circuler. Si le ducat est dégradé au point de contenir seulement 30% de sa teneur initiale en or, les autres monnaies ne circuleront pas à plus de 30% de teneur en or, tout simplement parce que les individus peuvent refiler des ducats avilis. Elles ne circuleront pas non plus à un niveau inférieur à 30% d’or, puisqu’elles seront refusées. Les autres monnaies circuleront donc à 30% de teneur en métal précieux. Puisqu’il est interdit d’évaluer la valeur intrinsèque des ducats, il nous est juste possible que de les accepter, quelque soit leur teneur en or. Cela signifie aussi que les individus ont un fort incitatif à dégrader les pièces grâce à des techniques de “clipping” et de “billonnage”. Les bonnes monnaies seront thésaurisées ou exportées tandis que les mauvaises monnaies à cours légal seront utilisées comme moyen de paiement.
2) Si une banque privilégiée dispose du cours légal, ses billets seront moins souvent convertis en or, ce qui signifie qu’elle se retrouve avec des réserves supplémentaires qu’elle ne se gênera pas pour prêter. Ainsi, lorsqu’elle fractionne ses billets à 30% de ses réserves les autres banques sont incitées à fractionner davantage leurs billets car elles peuvent utiliser les billets de la banque à cours légal (que personne n’a le droit de refuser) pour couvrir leur propre émission de billets. En outre, les banques adverses servent de filet de sécurité en cas d’expansion concertée. Le dilemme pour la banque privilégiée c’est qu’elle doit tôt ou tard emboîter le pas, même si cette course vers le bas n’est pas sans fin. Si elle s’y refuse, elle perdra des revenus substantiels; si elle emboîte le pas, elle mettra en péril sa propre liquidité.

Ce dernier scénario est le pire des deux parce que le cours légal entraine une “course vers le bas” tandis que dans le premier scénario le cours légal joue le rôle d’une norme de dégradation de la monnaie. Dans les deux cas, il est dit que c’est la mauvaise monnaie qui chasse la bonne; en vertu du fait que les individus doivent traiter les monnaies indifféremment les unes des autres, ils sont incités à “gratter” les pièces de monnaie à cours légal afin de faire du profit.

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The Theory of Free Banking : Juan Ramón Rallo versus George Selgin

Il y a à peu près un an et demi, Juan Ramón Rallo a publié deux articles très intéressants dans lesquels il critique certains points du “Theory of Free Banking” de Selgin.

George Selgin: la confusión entre dinero y ahorro

D’après l’auteur, Selgin considère la demande de monnaie et la demande d’encaisses monétaires comme étant une demande de fonds prêtables. Maintenir son passif bancaire équivaut à s’engager dans une épargne volontaire. Lorsque l’offre de fonds prêtables augmente les banques peuvent prêter davantage. Parce que sans compensation de la chute de la vélocité de la monnaie par une création monétaire correspondante, les stocks de marchandises vont s’accumuler, les prix vont chuter, et les entreprises interprètent ces signaux comme une baisse durable de leur rentabilité, ce qui au final conduit à une réduction des investissements privés. Cette création monétaire serait donc bénéfique pour la croissance économique; elle empêcherait le taux d’intérêt de monter au-delà du taux naturel.

Dans ses écrits, Selgin suppose que tout l’or est déposé dans le système bancaire et qu’il ne sera pas nécessaire d’y recourir, sauf en cas de sortie nette de réserves lors des compensations interbancaires. En pratique, chaque billet de banque assume le rôle d’une promesse de paiement en or.
Rallo estime qu’une demande d’or est satisfaite par l’augmentation de sa disponibilité (thésaurisation) due à un renoncement pour la consommation présente au profit de la consommation future, tandis qu’une demande de passifs à vue représente un investissement dans les chambres de compensation pour faciliter les échanges et prend la forme  d’un troc entre deux promesses de paiement en or (exemple, billets de banques contre lettres de change) ce qui signifie que la liquidité de la banque dépend de la qualité de ses actifs et du respect de ses obligations contractuelles.
Il conclut que la demande d’or intervient quand il n’y a rien à dépenser, tandis que l’accroissement de la demande de passifs se manifeste par la hausse des échanges, et par extension, des promesses de paiement.
La thésaurisation de l’or traduit une préférence des détenteurs d’or qui choisissent de laisser les prix couler pour satisfaire des besoins plus importants; ce n’est pas une récession : la demande va simplement se déplacer. À l’opposé, l’émission de passifs à vue crée une nouvelle demande de biens avec une même quantité d’or. Dans la mesure où la thésaurisation d’or prend un caractère définitif, les facteurs de production se déplacent vers la production de monnaie (mines d’or), chose qui n’arriverait pas en cas d’augmentation de la demande de passifs bancaires.

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Récession et ressources inutilisées

Récemment publiée sur le blog Facts and other stubborn things une discussion entre John Papola et Daniel Kuehn où ce dernier affiche son penchant pour les dépenses gouvernementales en période de récession.

Il explique que la baisse de la demande effective entraîne une surproduction générale. Les individus cessent de dépenser et demandent plus d’encaisses, ce qui fait automatiquement chuter la vitesse de circulation de la monnaie. L’activité décline, le chômage augmente, etc.

Pour lui, les industries les plus touchées par la crise, en particulier les industries appartenant aux stades les plus éloignés de la production, c’est-à-dire les premières étapes du processus de production (mining, refining, manufacturing; cf Hayekian Triangle), doivent être sauvées. Pourquoi ? En récession, il existe toujours des inégalités de performance, sauf que la différence c’est que la performance est ici partout en berne. Il y a donc des ressources non-spécifiques (non-specific capital goods) inutilisées et non demandées par le marché suite aux mal-investissements initiés par le boom économique, tout simplement parce qu’une fois le retour à la réalité, une fois passée l’économie de dettes, les préférences sont réajustées, et il est donc nécessaire que la structure de production se réajuste elle aussi, quand bien même cela doit prendre du temps. Cela signifie que les industries (désormais non rentables) appartenant aux premières étapes du processus de production doivent être abandonnées, de même que leurs facteurs de production qui devront être réutilisés pour d’autres entreprises plus rentables ou d’autres fins plus utiles.

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