The Theory of Free Banking : Juan Ramón Rallo versus George Selgin

Il y a à peu près un an et demi, Juan Ramón Rallo a publié deux articles très intéressants dans lesquels il critique certains points du “Theory of Free Banking” de Selgin.

George Selgin: la confusión entre dinero y ahorro

D’après l’auteur, Selgin considère la demande de monnaie et la demande d’encaisses monétaires comme étant une demande de fonds prêtables. Maintenir son passif bancaire équivaut à s’engager dans une épargne volontaire. Lorsque l’offre de fonds prêtables augmente les banques peuvent prêter davantage. Parce que sans compensation de la chute de la vélocité de la monnaie par une création monétaire correspondante, les stocks de marchandises vont s’accumuler, les prix vont chuter, et les entreprises interprètent ces signaux comme une baisse durable de leur rentabilité, ce qui au final conduit à une réduction des investissements privés. Cette création monétaire serait donc bénéfique pour la croissance économique; elle empêcherait le taux d’intérêt de monter au-delà du taux naturel.

Dans ses écrits, Selgin suppose que tout l’or est déposé dans le système bancaire et qu’il ne sera pas nécessaire d’y recourir, sauf en cas de sortie nette de réserves lors des compensations interbancaires. En pratique, chaque billet de banque assume le rôle d’une promesse de paiement en or.
Rallo estime qu’une demande d’or est satisfaite par l’augmentation de sa disponibilité (thésaurisation) due à un renoncement pour la consommation présente au profit de la consommation future, tandis qu’une demande de passifs à vue représente un investissement dans les chambres de compensation pour faciliter les échanges et prend la forme  d’un troc entre deux promesses de paiement en or (exemple, billets de banques contre lettres de change) ce qui signifie que la liquidité de la banque dépend de la qualité de ses actifs et du respect de ses obligations contractuelles.
Il conclut que la demande d’or intervient quand il n’y a rien à dépenser, tandis que l’accroissement de la demande de passifs se manifeste par la hausse des échanges, et par extension, des promesses de paiement.
La thésaurisation de l’or traduit une préférence des détenteurs d’or qui choisissent de laisser les prix couler pour satisfaire des besoins plus importants; ce n’est pas une récession : la demande va simplement se déplacer. À l’opposé, l’émission de passifs à vue crée une nouvelle demande de biens avec une même quantité d’or. Dans la mesure où la thésaurisation d’or prend un caractère définitif, les facteurs de production se déplacent vers la production de monnaie (mines d’or), chose qui n’arriverait pas en cas d’augmentation de la demande de passifs bancaires.

Rallo considère que la demande de passifs à vue n’est pas rentable pour l’épargnant. Elle ne sert qu’à améliorer la liquidité de ses avoirs, en améliorant la négociabilité de ses promesses de paiement “discounted”. A contrario, la demande d’encaisses monétaires a un vrai motif de rentabilité, et ce, au détriment de la liquidité.
La demande de passifs à vue n’est simplement qu’un échange de promesses de paiement à différents degrés de valeur marchande. Dans ce contexte, il est impossible d’influencer la structure de production. En revanche, l’épargne est une vraie demande de facteurs de production. L’épargnant permet ainsi aux investisseurs de modifier la composition de l’offre de biens.
Rallo estime que personne actuellement ne demande des passifs à vue pour thésauriser, mais bien pour consommer, investir, et imposer leurs préférences sur la structure de production, ce qui déclenche l’inflation et toute une série de mauvais investissements.

À mon avis, Rallo se méprend sur le caractère de l’équilibre monétaire décrit par Selgin. Il ne dit pas qu’il faut absolument créer de la monnaie, mais que la création monétaire doit simplement servir à compenser une chute de la vélocité de la monnaie. En supposant que Rallo ait raison, il n’y aurait pas besoin de créer de la monnaie car, comme il le dit lui-même, les individus demandent un passif bancaire dans l’unique but de consommer et d’investir.
En outre, si on peut penser qu’en vertu de la création monétaire “compensatoire” les banques auraient des incitations à calculer avec précision la demande quotidienne de réserves pour s’accommoder des variations imprévues, Rallo nous dit que ce n’est pas possible et qu’il nous en expliquera les raisons dans un article futur que j’attends toujours.

George Selgin: la irrefrenable iliquidez del descalce de plazos

D’après l’auteur, Selgin estime que les banques, en tant qu’intermédiaires, sont capables de respecter les délais prévus et imprévus de son passif. Les banques reçoivent des prêts à court terme pour les transformer en investissement à long terme. Cela serait possible grâce à la loi des grands nombres. À moins que la banque accroît son offre de passifs au-delà de la demande pour ces mêmes passifs, elle ne subit aucune compensation adverse. Conséquemment, aucune banque n’a besoin de surveiller l’usage spécifique (dépenser ou garder) que fera chaque détenteur d’un passif; au lieu de ça, elle va pouvoir se concentrer sur les variations de la demande globale de passifs. Si cette demande diminue, la banque doit contracter ses engagements, et si cette demande augmente, la banque pourra accroitre ses engagements.

Mais selon Rallo, si la loi des grands nombres permet de négliger la demande individuelle de passifs, elle ne permet pas d’en faire de même pour ce qui est d’une demande globale. Si une banque accroit son volume de prêt au-delà de la demande de passifs, elle subira la loi des compensations adverses.
Bien que la loi des grands nombres permet de gérer la liquidité bancaire par l’émission de passifs pour contrer les “discounts” des crédits commerciaux, l’émission de passifs pour financer les investissements à long terme entrainera une redistribution involontaire de la liquidité ainsi qu’une modification de la structure de production incompatible avec les plans des agents économiques. Cette déformation de la préférence temporelle opérée annule les conditions qui permettaient jusqu’alors d’assurer une certaine volatilité des comportements imprévus des agents; en outre, elle cause une perte de réserves des banques les plus inflationnistes d’abord, puis des banques moins inflationnistes ensuite, avant d’affecter à son tour le pauvre épargnant.

Il ajoute ensuite que la loi des compensations adverses n’empêche pas forcément les banques d’augmenter l’offre de passifs au-delà de la demande. Non seulement les billets ne sont pas forcément remboursés et peuvent rester en circulation pendant un temps très prolongé, mais en plus, les utilisateurs peuvent ne pas discriminer les billets de banques et en faire usage sans distinction les unes par rapport aux autres. Deuxièmement, cette loi ne fonctionne pas si les banques pratiquent l’expansion concertée. Selgin affirme que les réserves de précaution empêchent ce genre de situation d’émerger tout simplement parce que la volatilité des transferts interbancaires a augmenté. D’après Rallo, la négociabilité des actifs à long terme augmente durant l’expansion de crédit si bien que la banque peut les liquider à moindre coût (le bénéfice marginal de la détention des réserves de précaution est réduit).

Sur la critique qui porte sur la déformation de la structure de production, comme je l’ai expliqué précédemment, la création monétaire ne déforme les prix et les signaux qu’à la condition qu’elle n’est pas justifiée par des variations de la vélocité.
Sur la critique qui porte sur les compensations adverses, Selgin a pourtant expliqué que les individus discriminent justement les billets de banques en fonction de leurs préférences, donnant quelques références sur le système écossais (voir chapitre 3 de Theory of Free Banking). Par ailleurs, on peut se demander pour quelle raison les billets restent en circulation et ne font pas jouer le système de compensation. Si certains billets avaient cours légal, ça pourrait s’expliquer, mais ce n’est donc pas un défaut propre à la banque libre. Enfin, si un billet de banque reste en circulation sur une période prolongée, c’est sans doute aussi parce que les individus ont une préférence pour ce billet et qu’il est très côté sur le marché. Un billet “discounted” est un billet qui subit une décote sur le marché (voir le chapitre 2 et chapitre 9 de Theory of Free Banking).

Sur la critique qui porte sur l’expansion concertée, j’ai de sérieux doutes sur la validité de cette théorie. Après tout, si la majorité des banques pratique l’expansion concertée, une banque quelconque qui aurait l’idée d’être très conservatrice pourrait, au moins sur le court terme, absorber une grande quantité de réserves des banques inflationnistes. Plus il y a de banques concertées, plus l’opportunité s’accroit. C’est du moins une possibilité. Par ailleurs, on peut se demander pourquoi les banques s’amuseraient à jouer avec l’inflation. Quand bien même elles ne perdent pas de réserves, ne craignent-elles pas les paniques bancaires ? Les banquiers ne calculent donc pas ce risque dans leurs opérations ? À moins peut-être que les bailouts ne les en dissuadent ? Ou alors que le cours légal oblige les individus à accepter le billet à sa valeur faciale ?

Enfin, l’énorme “flaw” de cette théorie est de supposer que le comportement de l’ensemble des banques est parfaitement similaire et que les demandes de compensations entre banques concurrentes sont 1) de même ampleur et 2) de même périodicité. L’épisode du “note-dueling” est là pour nous le rappeler. Que faisaient les banques écossaises ? Elles s’amusaient à accumuler les billets d’une banque cible pour les présenter toute à la fois en signe de remboursement, provoquant l’équivalent d’une ruée bancaire. À cette époque, une petite banque provinciale, selon Charles Munn, avait tellement peur de ces raids bancaires qu’elle a choisi de bloquer ses réserves à 60% tandis que toutes les autres tournaient autour de 10%. En d’autres termes, les banques ne sont pas obligées de convertir les billets immédiatement après réception. Elles peuvent tout à fait adopter des stratégies. Et face à cela, la meilleure stratégie d’une banque est encore de détenir plus de réserves. Parce que plus ses réserves sont bas, plus elle est vulnérable aux raids, et plus les opportunités augmentent.

One comment on “The Theory of Free Banking : Juan Ramón Rallo versus George Selgin

  1. […] La solution «autrichienne», c’est «la banque libre» («free banking»). Le terme est né en 1984 avec l’ouvrage de Lawrence White. La «banque libre» signifie d’abord la fin du monopole des banques centrales sur l’émission de monnaie. Elles pourraient émettre de la monnaie mais en situation de concurrence. L’idée est intellectuellement attractive, mais elle n’est pas gratuite. Elle nécessite l’accélération du remboursement des crédits et du désendettement. […]

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