Critique de la théorie du monopole naturel – histoire

Une théorie célèbrement connue sous le nom de “monopole naturel” est souvent formulée pour justifier les lois antitrust et la régulation des services publics. L’idée se présente comme suit : du fait de la concurrence imparfaite, les firmes n’ont pas la même taille. La plus grande firme bénéficie d’un certain avantage sur les autres; elle peut tirer sur les économies d’échelle (effet volume, coûts fixes…). Puisque les coûts fixes ne varient pas dans les coûts de production, augmenter la production permet de faire baisser les prix sans que la firme ne souffre de sa rentabilité; sa taille amortissant les coûts. Ses prix diminuant, elle vend plus, accroit ses parts de marché, et ses coûts totaux diminuent. La firme grandit encore, ses prix peuvent baisser davantage de même que ses coûts, et davantage de concurrents sont chassés du marché. La firme grandit encore… etc. etc.
Au final, un tel scénario ne peut que déboucher sur un monopole, dit naturel. A partir du moment où une telle taille est atteinte, la firme ne craint plus une concurrence potentielle incapable de survivre à la guerre des prix. Sans contestation potentielle du monopole, celui-ci a tout le loisir de charger des prix de plus en plus élevés.

De ce fait, les économistes du mainstream considèrent que les monopoles doivent être interdits. On oublie parfois de faire intervenir l’élasticité-prix. La plupart des biens et services qu’on peut trouver sur le marché sont tous plus ou moins assez élastiques. Les craintes d’un tel monopole sont très souvent exagérées. En vérité, un monopole n’est vraiment dangereux que dans le cas où la demande du bien est incompressible : par exemple l’eau, la santé et dans une certaine mesure l’électricité. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas des services impliquant la construction et l’installation d’un vaste réseau extrêmement coûteux; c’est le genre de contexte où la concurrence peut difficilement émerger. C’est uniquement sur ce genre de monopole que le débat doit porter pour que celui-ci ait un sens.

D’après Thomas J. DiLorenzo (“The Myth of Natural Monopoly”), il semblerait que d’un point de vue historique les monopoles ont été créés des décennies avant que la théorie ne soient formulée. Au moment où les premières franchises gouvernementales ont été accordées, une majorité d’économistes avait reconnu que les économies d’échelles ne débouchaient pas sur un monopole. Ainsi, lors de la fin du 19ème siècle, lorsque les gouvernements ont commencé à distribuer des franchises, l’interprétation économique fut que les monopoles ont été créés par les gouvernements (franchise, protectionnisme, etc). Après les années 1920, les économistes ont redéfini le monopole en terme de parts de marché et non plus en terme de rivalité concurrentielle et d’esprit d’entreprise. Comme le démontre Demsetz :

Six electric light companies were organized in the one year of 1887 in New York City. Forty-five electric light enterprises had the legal right to operate in Chicago in 1907. Prior to 1895, Duluth, Minnesota, was served by five electric lighting companies, and Scranton, Pennsylvania, had four in 1906. […] Before 1884, six competing companies were operating in New York City …

On peut nourrir le doute quant au fait que les économies d’échelles caractérisent les services publics à l’aube où la régulation a remplacé le marché.
George T. Brown qui publia en 1936 “Gas Light Company of Baltimore” y raconte que depuis sa création en 1816, Gas Light n’a jamais cessé de lutter contre des concurrents bien qu’elle exploitait fortement les économies d’échelle. La société aurait même fait pression sur le gouvernement pour que celui-ci cesse de distribuer des franchises aux concurrents. DiLorenzo fait remarquer que si la théorie du monopole naturel est exacte, les concurrents potentiels n’émergeraient pas, sachant que la compétition serait perdue d’avance. S’ils avaient tellement de difficultés à entrer sur le marché, Gas Light n’aurait pas dépensé le moindre dollar en lobby.
En 1880, les trois compagnies de gaz à Baltimore rivalisèrent entre elles avant de tenter de fusionner en 1888. C’est alors qu’un nouveau compétiteur vient déjouer leur plan : “Thomas Alva Edison introduced the electric light which threatened the existence of all gas companies.”.
Comme pour enfoncer le clou, une des premières études statistiques sur la régulation des tarifs dans le secteur de l’électricité publiée en 1962 par George Stigler et Claire Friedland ne montre aucune différence significative dans les prix et bénéfices des firmes régulées et non régulées aux USA entre 1917 et 1932.

Le cas des services d’électricité ne semble pas non plus confirmer la théorie. Walter J. Primeaux, dans son livre “Direct Utility Competition : The Natural Monopoly Myth”, fait constater que la concurrence directe entre firmes a persisté pendant plus de 80 ans. Il ajoute que les consommateurs gagnent des avantages substantiels là où il y avait concurrence, comparé aux villes où le service est monopolisé. Contrairement à ce que dit la théorie du monopole naturel, les coûts étaient moins élevés là où il y avait deux firmes en compétition et la concurrence n’aurait pas fait émerger des capacités excédentaires.

Thus, just as the problem with “natural” monopolies is actually caused by government intervention, so is the “duplication of facilities” problem. It is created by the failure of governments to put a price on scarce urban resources. More precisely, the problem is really caused by the fact that governments own the streets under which utility lines are placed, and that the impossibility of rational economic calculation within socialistic institutions precludes them from pricing these resources appropriately, as they would under a private-property competitive-market regime.

Under private ownership of streets and sidewalks, individual owners are offered a tradeoff of lower utility prices for the temporary inconvenience of having a utility company run a trench through their property.

Les économistes “mainstream” considèrent que la concurrence est mauvaise dans le cas où il faudrait “dupliquer” les lignes électriques et les réseaux d’eau. Le gaspillage de ressources qu’il entraîne justifierait la présence d’un monopole légal au prix plafonné. DiLorenzo explique que les duplications excessives résultent de l’appropriation des rues par le gouvernement, incapacitant la communauté à facturer un prix pour l’usage de ces ressources. En l’absence de prix de la ressource convoitée, celle-ci est surexploitée. Ainsi, le propriétaire se retrouve dans l’impossibilité d’exiger un compromis (sous la forme d’un tarif avantageux par exemple) pour les firmes désirant creuser une tranchée dans leur propriété; il perd son pouvoir de négociation. Dans ce contexte, si la duplication doit survenir, cela signifie que les individus préfèrent une réduction des prix aux inconvénients liés à la construction d’un réseau.

Pour lire la suite : Critique de la théorie du monopole naturel – alternative

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