La fraude comptable : et si Enron n’était pas coupable ?

Dans la connaissance populaire que nous avons, Enron fait l’objet de deux accusations : la crise californienne et la manipulation comptable qui a conduit à sa faillite. La sagesse populaire fait d’Enron (et du capitalisme) le vilain coupable. Il y a cependant de sombres nuages qui planent sur ces accusations.

Sur la crise californienne, ça va être rapide. Les prix de gros ont explosé alors que les prix de détails ont été plafonnés par l’État. Les distributeurs, acculés, ont ainsi arrêté de produire. C’est comme cela qu’est survenue la pénurie d’électricité en Californie.
La hausse des prix de gros, quant à elle, peut être attribuée à :
-la sécheresse qui s’est abattue dans les états du nord-ouest en été 2000, réduisant finalement l’importation d’électricité.
-la dépendance des centrales électriques à gaz qui, elles seules, ont été autorisées à être construites alors que le prix du gaz naturel a flambé, suite à un hiver exceptionnellement froid en 2000.
-l’interdiction des contrats à terme qui a rendu les distributeurs extrêmement dépendants d’un marché au comptant très volatile.
-le refus d’implantation de centrales supplémentaires par les élus municipaux du fait d’une politique de protection drastique de l’environnement.
-l’augmentation du prix des “permis de polluer”.

Lire l’étude de Raphaël hadas-lebel :
“La crise californienne : du bon usage de la dérégulation du marché de l’électricité”

Où l’on y apprend qu’il n’existe aucune preuve manifeste de manipulation de prix. The California Electricity Crisis: Causes and Policy Options raconte la même histoire.

On en arrive maintenant au coeur du sujet : la fraude comptable. Le problème est éminemment complexe. Les principaux responsables désignés sont : le conflit d’intérêt des agences de notations, celui des cabinets d’audit et la défaillance de la gouvernance d’entreprise.

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Aléa moral en soins de santé : mythe ou réalité ?

La théorie de l’aléa moral est parfois invoquée pour expliquer la hausse des coûts de la santé. L’idée est la suivante : lorsque les soins sont gratuits ou quasi-gratuits, les consommateurs sont peu regardant sur les quantités demandées. Comme le décrit la célèbre fable de la tragédie des biens communs, lorsque le coût de l’utilisation d’un bien n’est pas internalisé, il n’existe plus de limite à l’usage de ce bien dont la quantité se tarit inexorablement. Selon toute vraisemblance, la gratuité des soins devrait provoquer à terme une pénurie des services de santé. Les gens vont se mettre à surconsommer des soins, consulter des médecins quand cela n’est pas nécessaire, ingurgiter des médicaments quand on est en bonne santé, ou encore flâner dans les couloirs des hôpitaux. Les fournisseurs de soins font gonfler les tarifs sous l’effet de la demande, de sorte que l’état va finalement restreindre l’offre de soins. Émergent ainsi des files d’attentes et des cadavres entassés devant les portes d’hôpitaux.

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La crise de 1921 : les chiffres

La récession de 1921 est utilisée autant par les autrichiens que les keynésiens pour faire valoir la supériorité de leurs prescriptions. Les premiers disent que les salaires sont flexibles et que Harding a mené une politique libérale qui s’est avérée payante, les deuxièmes disent que les salaires sont rigides à la baisse et que la sortie de crise s’explique par la chute des taux d’intérêts.
Tout le monde semble d’accord sur le fait que l’expansion monétaire ayant servi à financer la guerre a eu tôt fait d’augmenter les prix à la consommation, et qu’il fallait augmenter les taux directeurs pour contenir l’inflation. C’est là que commence la récession (début 1920 – milieu 1921). Et les disputes quant au remède approprié.

Wages and hours in American industry, July 1914-July 1921

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Récession et hétérogénéité du capital humain

S’il y a bien une chose qui distingue la crise de 1929 et la crise de 2008 dans le redéploiement des ressources “idles”, c’est bien l’hétérogénéité du capital. Selon Roger Garrison, la raison qui explique le succès des make-work programs des années 1930 dans la réduction du chômage (mais pas forcément celle de la période de reprise) tient au fait que le capital humain était alors nettement plus homogène qu’aujourd’hui.
Sur le blog Coordination Problem, Steven Horwitz rappelle que depuis ces 75 dernières années l’accroissement de la spécialisation et de la division du travail a rendu le capital humain plus hétérogène. C’est pourquoi il est plus difficile aujourd’hui pour le gouvernement de savoir quel type de programme de création d’emploi correspond à la structure du capital humain. Il ne fait dès lors aucun doute que ce “recalculation problem” comme l’appelle Arnold Kling serait mieux résolu par le marché qui se chargera de lui-même de trier les ressources mal réparties pour les rediriger vers les secteurs les plus appropriés.

Puisque le travail est plus spécialisé, la mobilité du capital est amoindrie. Le temps de correction des ressources mal allouées suite au boom économique s’allonge. Le gouvernement complique encore la tâche avec l’extension des dépenses publiques et de l’assurance-chômage.

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