Corrélation entre beauté et salaire

Des études surprenantes tendent à prouver que les employeurs accordent un salaire plus élevé aux salariés physiquement attrayants (voir stlouisfed et slate).
L’enquête de Daniel Hamermesh et Jeff Biddle consiste à rassembler les résultats d’auto-évaluation des salariés sur leur apparence physique. Ceux qui se notent plus attrayants gagnent plus que ceux qui se notent peu attrayants. Si la beauté récompense, la laideur pénalise. Mais pas de façon homogène. La laideur (below average looking) diminue le salaire horaire de 9% alors que la beauté (above average looking) augmente le salaire horaire de 5%, même après contrôle des variables comme l’éducation et l’expérience. En outre, les femmes souffriraient plus d’être grosse que d’être laide, puisque la pénalité est une diminution de 17% du salaire par rapport aux femmes à l’Indice de Masse Corporelle recommandée; néanmoins, l’échantillon révèle que la laideur n’affecte que le salaire des femmes blanches, mais pas le salaire des femmes noires et hispaniques (il n’y avait pas de femmes asiatiques dans l’échantillon étudiée de Susan Averett et Sanders Korenman ou de John Cawley). Et s’il existe une prime à la beauté, il existe aussi une prime à la hauteur. D’autres groupes d’économistes ont mené une étude dont le résultat estime que chaque pouce de hauteur supplémentaire accompagne 1,8% d’augmentation de salaire. Cette étude prenait en compte les variables comme le niveau d’éducation et l’emploi des parents, ainsi que le nombre de frères et sœurs.
Si l’on y regarde de plus près, on peut être surpris de trouver que les hommes moches gagnent 10% moins que les autres hommes, alors que les femmes laides gagnent 5% moins que les autres femmes. Pourquoi la pénalité est-elle plus forte pour les hommes ? Steven E. Landsburg pense que l’explication serait que les femmes les plus laides se retirent du marché du travail. Les femmes mariées les plus laides seraient 8% moins susceptibles de chercher un emploi que les femmes mariées en général.

Il reste que ces études sont parfois critiquées pour leur manque de sérieux. On pourra dire que les sondages ne veulent rien dire, qu’une personne qui se désigne très belle ne sera pas forcément considérée très belle par ses semblables. Mais la beauté et la laideur ne se décrètent pas. Un enfant qui entend dire de ses camarades, filles ou garçons, qu’il est beau, grandira en étant persuadé qu’il est effectivement très beau. À l’inverse, l’enfant qui entend dire de ses camarades qu’il est moche, grandira avec la conviction qu’il n’est pas très beau. Une fille qui sait que les garçons la regardent en permanence ne doit pas ignorer qu’elle a du charme. Ce sont des signes qui ne trompent pas.
Si les standards de beauté peuvent évoluer dans une même culture, elles varient assez lentement. Le fait que les hommes blancs et les hommes asiatiques refusent farouchement de s’accoupler avec les femmes noires est un signe qui ne trompe pas. Dans pratiquement toutes les cultures, les hommes ont une préférence marquée pour les femmes à peau claire (Peter Frost, “Femmes Claires, Hommes Foncés: Les Racines Oubliées Du Colorisme”). De la même façon, les hommes ne sont pas attirés par les femmes grosses, ni par les femmes musclées. Certains traits physiques comme le double menton, la mâchoire proéminente, le menton long et large ou le nez crochu ne paraissent pas très féminins, et ne sont évidemment pas très appréciés par les hommes. Les normes de beauté sont ce qu’elles sont : innées.
Un autre argument, disons intuitif, consiste à dire que l’argent achète la beauté. Effectivement, un homme riche peut dépenser davantage en soins de santé, en cosmétique et en chirurgie plastique, en plus d’avoir un meilleur régime alimentaire. Cela voudrait dire qu’un revenu élevé peut embellir l’apparence physique. Mais Hamermesh, Biddle, et Cawley pensent qu’il y a une limite sur les effets de la cosmétique. En outre, la corrélation entre beauté et salaire est la plus forte parmi les jeunes, ceux-là mêmes qui sont peu susceptibles d’avoir dépensé en cosmétique et chirurgie plastique.
Mais l’interrogation qui vient la plus naturellement à l’esprit est de savoir quels sont les métiers où l’attrait physique augmente le salaire. Les critiques diront que les belles serveuses sont mieux payées que les plus laides parce qu’elles ont le ‘pouvoir’ d’attirer les clients. Même chose pour les belles coiffeuses. Vraisemblablement, les métiers qui demandent à communiquer avec le client exigeraient un physique irréprochable; pour l’homme, il doit être grand, beau et en bonne santé. Pour la femme, elle ne doit pas être grosse, et belle si possible. Le problème vient du fait que la prime à la beauté s’applique pour tous les métiers, même celui de mécanicien automobile.

La question demeure. Pourquoi les gens beaux sont-ils mieux payés ? Ces économistes semblent émettre la conclusion suivante : les employeurs aiment les salariés très agréables à regarder, et détestent les salariés peu agréables à regarder. Nul besoin d’être économiste pour comprendre que cette théorie est grotesque. Aucun employeur n’a intérêt à agir ainsi : le salaire étant déterminé par la productivité. Autrement, il n’aurait rien à gagner. Cette hypothèse peut donc être d’ores et déjà écartée. Les chercheurs semblent même surpris par leurs propres recherches, comme s’ils n’y avaient jamais cru. Si, au départ, ils croyaient réellement que l’attrait physique déterminait le salaire, ils n’auraient pas été bluffés en premier lieu. Et pourtant, ils en concluent qu’il existe une causalité. Ils ont trouvé la corrélation, mais pas la causalité. Avoir échouer à déterminer un lien entre beauté et productivité n’implique pas que ce lien n’existe pas. La question qu’il faut se poser est la suivante : “Si j’étais employeur, ferais-je la même chose ? Est-ce que je paie en fonction de l’attrait physique ?”. Si l’on croit néanmoins à une causalité, il est nécessaire d’être cohérent avec soi-même en appliquant cette logique à soi-même en déclarant “oui, je paie en fonction de l’attrait physique”. À moins de mener un sondage de ce genre à grande échelle, il est difficile de trouver cette causalité.
Reste à déterminer la corrélation entre beauté et productivité. Théoriquement, il n’est pas difficile d’imaginer que les gens qui s’estiment très beau ont plus d’estime et de confiance en soi, ce qui tend à accroitre la productivité. Markus Mobius et Tanya Rosenblat ont étudié cette hypothèse pour arriver à la conclusion que l’estime de soi n’explique que 20% de la prime à la beauté. D’où proviennent les 80% ?

D’après Satoshi Kanazawa, psychologue évolutionniste, il existerait une perception largement répandue, et partagée par beaucoup de gens, que les gens physiquement attrayants sont intelligents et compétents. Cette perception est véridique “within and between the sexes”. Les hommes croient qu’une femme plus jolie est plus intelligente, et les femmes croient qu’un plus bel homme est plus intelligent. Les hommes croient qu’un plus bel homme est aussi plus intelligent, et les femmes croient qu’une plus belle femme est plus intelligente. Bien que des exceptions existent néanmoins, pratiquement tous les stéréotypes sont empiriquement vrais sauf … 1. qu’est-ce qu’un stéréotype ? 2. la beauté est dans l’oeil du spectateur 3. la beauté n’est que superficielle.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les gens croient que les belles personnes sont intelligentes car c’est effectivement le cas. Le National Longitudinal Study of Adolescent Health (Add Health) relève une corrélation linéaire entre QI et beauté.

Lorsque l’on étudie les hommes et les femmes séparément, la corrélation n’est plus linéaire, mais reste tout de même positive.

Si l’on peut facilement en conclure que les employeurs augmentent le salaire des gens beaux parce qu’ils sont plus productifs, QI oblige, il reste à comprendre pourquoi beauté et QI sont corrélés. La réponse, pas forcément intuitive, est pourtant très simple. L’homogamie.
Comme le rappelle Satoshi Kanazawa, les hommes tendent à se marier avec les plus jolies femmes, et les jolies femmes tendent à se marier avec des hommes riches, intelligents, et grands. Or, il se trouve que l’intelligence est fortement héréditaire. Mais il se trouve aussi que la beauté est héréditaire. Même la taille est héréditaire: “How much of human height is genetic and how much is due to nutrition ?” …

… about 60 to 80 percent of the difference in height between individuals is determined by genetic factors […] For example, Peter M. Visscher of the Queensland Institute of Medical Research in Australia recently reported that the heritability of height is 80 percent, based on 3,375 pairs of Australian twins and siblings. […] In the US, the heritability of height was estimated as 80 percent for white men. These estimates are well supported by another study of 8,798 pairs of Finnish twins, in which the heritability was 78 percent for men and 75 percent for women. […] In contrast, in developing countries, nutrition deficits lead to a lower heritability.

Et il existe effectivement une corrélation entre hauteur et QI. Chaque pouce de hauteur s’accompagne d’une hausse de 0,4 point de QI. Si les femmes préfèrent les hommes grands, et les hommes préférant des femmes petites, ce n’est peut-être pas sans rapport avec le fait que les femmes ont tendance à pencher instinctivement la tête en avant en levant les yeux pour mettre en avant leur front et leurs yeux proéminents et paraître séduisantes tandis que les hommes penchent instinctivement la tête en arrière pour mettre en avant leur menton et leur mâchoire.

Une enquête de Mobius et Rosenblat suggère que la prime à la beauté diminue fortement lorsqu’on empêche l’interaction orale (entretien téléphonique) entre l’employé et l’employeur, certainement parce que les belles personnes ont de meilleures compétences orales, sans doute liées à un meilleur QI.

… perhaps more surprisingly, our results suggest that the beauty premium would decline even more strongly by preventing oral interaction between employer and employee.

Les effets stéréotypés visuels et oraux ne semblent pas pouvoir s’additionner : lorsque l’employeur interagit visuellement et oralement, la prime à la beauté n’est que légèrement supérieure. Ce résultat est cohérent avec l’idée que la beauté et l’oral représentent deux façons indépendantes de mesurer l’intelligence, et donc la productivité. Une fois que les effets visuels et oraux s’additionnent, ces deux variables faiblissent logiquement (voir Table 5).

Une ombre au tableau persiste néanmoins. Pourquoi les femmes blanches sont pénalisées par l’obésité, et pas les femmes noires et hispaniques ? Est-ce que la discrimination peut expliquer ce biais ? Encore une fois, il est dommage que les femmes asiatiques ne figuraient pas dans les échantillons étudiées.
Néanmoins, il n’est pas difficile d’expliquer pourquoi l’obésité pénalise les femmes plus que les hommes. Il est normal que les femmes veulent être belles, c’est même le contraire qui serait curieux. La beauté, on l’a ou on ne l’a pas. Une femme n’y peut rien si elle n’a pas été gâtée par la nature. En revanche, elle est entièrement responsable de son obésité dans la mesure où elle est incapable de prendre soin d’elle-même, ce qui envoie un signal à l’employeur. Ceci implique qu’elle néglige au moins une partie de sa beauté. L’employeur goûte bien peu à cette attitude. Reste la dernière interrogation : pourquoi les femmes noires et hispaniques ne sont pas pénalisées par l’obésité ? Une possible explication serait que les hommes blancs s’accouplent bien plus souvent avec une femme blanche qu’avec une femme d’une autre race. L’employeur serait sensible à l’apparence physique de la femme blanche, mais pas à l’apparence des femmes d’une autre race car il ne s’y intéresse pas. Dans tous les cas, la pénalité pour l’obésité ne s’explique pas par l’obésité en elle-même. Autrement, les hommes et les femmes, quelque soit le groupe ethnique, seraient largement pénalisés.

12 comments on “Corrélation entre beauté et salaire

  1. gdm says:

    C’est courageux de tenter d’explorer la relation beauté-revenu. Mais Les écueils sont nombreux. Talleyrand, grand séducteur, intelligent et laid, disait que la beauté fait gagner 5 minutes dans le processus de séduction.

    Une femme qui vous sourit semblera plus charmante qu’une femme qui serait plus belle et qui vous ignore. C’est un autre écueil de mesurer la beauté. Ensuite, le sentiment qu’on a d’être “beau” dépend de facteurs psychologiques. Le fait que votre entourage vous trouverait beau est bien difficile à définir.

    Encore un autre écueil est que les femmes sont plus sensible au fait d’être belle et admirées. Les hommes sont souvent parfaitement indifférents à sembler beaux aux autres. C’est encore un risque dans cette tentative de trouver une relation entre beauté et revenu.

    On nomme souvent beau ce qui nous séduit. Or, à y bien réfléchir, ce n’est pas du tout la même chose. L’attractivité est-elle la beauté?

    Encore un autre écueil est celui de l’auto-évaluation de sa propre beauté. Le résultat dépendra plus du caractère que de l’objectivité. Chaque jour, une femme a besoin d’être admirée pour se sentir belle. ce sentiment est très variable.

    L’article lance plein d’idées intéressantes qui seraient tout aussi bonnes sans les références contestables à des résultats statistiques.

  2. “Une femme qui vous sourit semblera plus charmante qu’une femme qui serait plus belle et qui vous ignore.”

    Ça n’a absolument rien à voir. On parle ici des femmes sur le marché du travail. Les personnes physiquement attrayantes sont mieux payées parce qu’elles sont belles, et non parce qu’elles sourient. Toute une flopée d’économistes qui bien évidemment n’ont jamais étendu leurs recherches à d’autres branches ignorent que les personnes en général pensent que les gens beaux sont plus intelligents. Les stéréotypes sont empiriquement vrais. Beauté et QI sont étroitement corrélés. Vraisemblablement, les employeurs doivent penser que les gens beaux sont intelligents, et donc plus productifs. Le salaire n’a donc rien à voir avec la beauté, qui n’est qu’un ‘signe extérieur’ d’intelligence.

    “Le fait que votre entourage vous trouverait beau est bien difficile à définir.”

    Vous comprenez bien mal. Relisez l’article. Il y a beaucoup de signes extérieurs qui ne trompent pas. J’ai déjà expliqué pourquoi. Parmi les canons de la beauté ne figurent pas les femmes musclées et les femmes grosses. Ça aussi c’est un hasard ?

    “Le résultat dépendra plus du caractère que de l’objectivité.”

    Je me demande si vous avez bien compris. Les normes de beauté ne changent pas beaucoup. Et elles sont innées. Une femme vraiment laide, ça se reconnaît. Un homme vraiment beau, ça se reconnaît. Contrairement à ce que vous prétendez, la beauté ne se décrète pas. Elle est “là”.

    Vous avez aussi le droit de lire les articles en “lien” que j’ai indiqué. Ils expliquent bien des choses.

  3. Aristide says:

    Bonjour,

    Intéressante étude. Je vous suis sur certains points, un peu moins sur d’autres. Quelques réflexions un peu en vrac donc :
    Je suis d’accord sur le fait que la beauté a en grande partie un caractère objectif : il est certaines caractéristiques physiques qui sont universellement jugées attirantes. Bien sûr cela n’empêche pas certains goûts d’évoluer – il y a des modes pour la beauté comme pour le reste – mais ces évolutions sont moins importantes qu’on le croit généralement. Par exemple, et pour rester en Occident, il est des époques où l’on préférait les femmes un peu plus plantureuses que maintenant (pensez aux tableaux de Rubens), mais d’une époque à l’autre et d’un continent à l’autre le rapport taille/hanches qui est jugé attractif chez une femme est toujours de l’ordre de 0,7. De la même manière les individus qui ont un corps et un visage hautement symétriques sont universellement jugés plus attirants que ceux qui sont dissymétriques.
    Or, et c’est le second point sur lequel je vous suis, il semble effectivement exister une certaine corrélation entre le QI et certaines caractéristiques physiques universellement jugées comme attractives, notamment la symétrie du corps et du visage.
    Là où j’apporterais quelques nuances à votre propos :
    Je crois qu’il faut différencier les hommes et les femmes : les femmes sont moins sensibles que les hommes à la beauté physique et plus sensibles au statut social. C’est un stéréotype je le sais bien, mais il très largement vérifié – comme la plupart des stéréotypes. Disons, pour simplifier un peu, que les femmes tendent à juger « sexy » la réussite et le statut social, ce qui n’est guère le cas des hommes.
    Secondement vous dites : « Ces économistes semblent émettre la conclusion suivante : les employeurs aiment les salariés très agréables à regarder, et détestent les salariés peu agréables à regarder. Nul besoin d’être économiste pour comprendre que cette théorie est grotesque. Aucun employeur n’a intérêt à agir ainsi : le salaire étant déterminé par la productivité. Autrement, il n’aurait rien à gagner. Cette hypothèse peut donc être d’ores et déjà écartée. »
    Cela me semble une conclusion un peu rapide. Vous présupposez que les employeurs agissent toujours en fonction de leur intérêt économique : seule la productivité les intéresse. Je crois au contraire qu’il y a très peu de gens qui agissent ainsi. Les employeurs sont certes préoccupés de rentabilité, mais ils n’en sont pas moins hommes, ce qui veut dire, entre autres, qu’ils sont sensibles à la beauté : il y a un plaisir à contempler les gens beaux contre lequel nous ne pouvons pas nous défendre. Les employeurs comme les autres (je mets évidemment de côté les cas exceptionnels, genre Ebenezer Scrooge).
    Plus spécifiquement je veux dire deux choses :
    1) Il me semble que nous avons une tendance spontanée à supposer que les gens beaux ont des qualités qui vont au-delà de leur beauté. Vous suggérez qu’il ne s’agit pas d’une illusion et que les gens beaux seraient réellement plus productifs car plus intelligents. Mais sur les graphiques que vous donnez la différence de QI entre les « very attractive » et les « about average » n’est que de l’ordre de trois points, ce qui est très faible. Je ne suis pas sûr du tout que cela fasse une différence significative en termes de productivité. Arthur Jensen disait qu’il ne paierait pas cinq cents pour voir son QI augmenter de cinq points (ce qui me semble un peu excessif : moi je serais prêt à payer cinq cents). Lorsque l’on situe autour de la moyenne du QI, trois points en plus ne font guère de différence.
    Bref, il me semble que cette tendance à penser que les gens beaux sont aussi intelligents, sympathiques, compétents, productifs etc. est largement une illusion, mais une illusion dont il n’est pas facile de se déprendre. Ce pourquoi Aristote disait que la beauté est un appui préférable à toutes les lettres de recommandation, et que Socrate la comparait à une tyrannie de courte durée. Cela me semble des observations très justes.

    2) Les hommes cherchent spontanément à plaire à une jolie femme. Quand je dis plaire je ne veux pas dire qu’ils cherchent nécessairement à coucher avec elle, mais plus simplement qu’ils recherchent son approbation, sa sympathie, un sourire. Ce genre de choses. Bref il me semble que l’on ne peut pas du tout exclure que les employeurs se montrent inconsciemment moins exigeants avec leurs belles employées : qu’ils accordent un peu plus facilement des augmentations, des promotions, qu’ils les mettent à des postes plus faciles etc.
    Dans le livre de Warren Farrell dont j’ai fait un compte-rendu (vous pouvez le trouver sur mon site à la rubrique « féminisme ») celui-ci consacre un chapitre à ce qu’il appelle « The genetic celebrity pay gap », c’est à dire à la différence que fait la seule beauté (indépendamment de toute productivité) pour une femme du point de vue du salaire. Et cette différence est grande.
    Vous évoquez par exemple les jolies serveuses qui seraient davantage payées que les laides parce qu’elles auraient le pouvoir d’attirer les clients. Cela peut se concevoir. Mais il est aussi prouvé que les jolies serveuses touchent de plus gros pourboires. Pourtant le service qu’elles rendent au client n’est pas supérieur à celui d’une serveuse laide, et le client ne peut pas raisonnablement espérer retirer quoique ce soit de ce gros pourboire. Sauf un sourire. Mais cela suffit pour payer un peu plus.

    Je mets ce commentaire (un peu décousu, désolé) également sur mon site.

  4. Je suis d’accord avec la 1ère partie de votre commentaire, Aristide. Kanazawa explique d’ailleurs très bien pourquoi il vaut mieux qu’un homme soit moins attrayant que sa femme, et que celle-ci soit plus petite et moins riche : “Why handsome men make bad husbands” (partie 1 et partie 2). C’est bien pour ça que je dis que l’homogamie conduit à ce que les générations futures soient grands, beaux et intelligents. La même homogamie qui fait que les femmes laides se marient à des gens moins riches et dans une certaine mesure plus petits, conduisant à ce que les générations futures soient petits, laids, et peu intelligents.

    Je ne suis pas d’accord avec la 2ème partie du commentaire, cependant. Oui, j’ai bien dit que les métiers qui demandent à communiquer avec le client rend les belles femmes plus ‘productives’, et le fait qu’elles peuvent recevoir un meilleur pourboire ne me surprend pas. A la limite, je veux même croire que les belles femmes ont plus de chances qu’une laide d’obtenir un poste, un boulot. Le problème est que nous parlons ici du salaire versé chaque mois aux employés. Il ne s’agit pas d’un petit pourboire de rien du tout, le genre de “caprice” qu’on s’accorde une fois sur dix. On parle ici de 5% de prime à la beauté, et de 9% de pénalité pour les gens moches. C’est assez considérable. Qui plus est, pour tous les salariés. Ce petit “caprice” coûte bien trop cher à mon goût. Mais le pire, c’est que la prime à la beauté ne s’applique pas seulement pour les femmes, comme je l’ai dit, elle s’applique aussi pour les hommes. Et c’est là que ça bloque.
    C’est pourquoi l’idée qui veut que les gens croient que les gens beaux sont plus intelligents est de loin la plus crédible pour expliquer la prime à la beauté et la prime à la hauteur. C’est ici que je rejoins Kanazawa à 100%. 3 points de disparité de QI entre ‘about average’ et ‘very attractive’, ce n’est peut-être pas considérable mais d’abord, si on regarde aux deux extrémités, ça fait quand même 6 points de disparité de QI. Qui plus est, Kanazawa a bien dit qu’il s’agit ni plus ni moins d’une “croyance” de l’idée que les gens beaux sont intelligents. Les employeurs ne sont certainement pas au courant des chiffres que j’avance ici : il est possible qu’ils estiment que l’écart de QI est bien plus grand. Il n’empêche que cette croyance est empiriquement vraie. Et puis, personnellement, je crois que 3 points de QI, c’est déjà pas si mal. Après, il est vrai que si vous comparez le QI des noirs et des blancs, 3 points en comparaison, ce n’est que 5 fois moins.

  5. Aristide says:

    Il me semble que notre différent est d’ordre psychologique.
    Il vous semble que la prime est la beauté est trop élevée pour pouvoir s’expliquer par la simple préférence pour les gens beaux, et qu’elle doit donc (si je vous comprend bien) s’expliquer par une productivité réellement supérieure des gens beaux (due à leur plus grande intelligence).
    Moi il ne me semble pas invraisemblable que la simple préférence pour la beauté puisse rendre cette prime aussi élevée. Autrement dit, vous me paraissez surestimer le pouvoir de la rationalité économique sur le comportement des individus.
    Je crois réellement que la plupart des hommes sont capables de faire beaucoup de choses économiquement peu rationnelles (et même peu rationnelles tout court) lorsqu’ils sont en présence d’une jolie jeune femme.
    J’ajoute que les gens réellement beaux sont peu nombreux (il suffit de regarder autour de soi…) : quelle différence cette prime à la beauté fait-elle sur la masse salariale totale d’une entreprise ?
    Là où comme vous le dites ça coince un peu, c’est dans le fait que cette prime s’applique également aux hommes. Cependant je crois aussi qu’il ne faut pas sursexualiser cette question de la beauté : l’appréciation de la beauté déborde largement le cadre du désir sexuel. Nous apprécions les gens beaux, hommes ou femme, et les gens laids nous sont désagréables, hommes ou femmes. C’est injuste peut être, mais c’est ainsi.
    Bref, je n’évacuerai pas aussi rapidement que vous le faites la possibilité que les employeurs paient plus les gens beaux simplement parce que nous préférons la compagnie des gens beaux et/ou parce que nous avons naturellement tendance à attribuer aux gens beaux des qualités qu’ils n’ont pas nécessairement.

    Pour ce qui concerne l’importance d’une différence de QI de 3 points. Pour un individu, trois points en plus ou en moins à son QI ne font, je crois, guère de différence dans ses performances professionnelles. Pour ce qui concerne la population d’un pays tout entier, trois points en plus ou en moins de moyenne font une grosse différence, car cela signifie une grosse augmentation/diminution de la proportion des très bêtes et des très intelligents. Mais il n’est pas du tout évident que la répartition du QI au sein d’une profession donnée soit identique à celle de la population dans son ensemble. Au contraire, il existe de bonnes raisons de penser que cette répartition est très différente.
    Prenons par exemple la population des avocats. On peut supposer que le QI moyen de cette population tourne autour de 120 et que le QI minimum (celui en deçà duquel il devient presque impossible d’être avocat) est de l’ordre de 110. Donc une répartition très concentrée autour de 120. Les chiffres sont un peu arbitraires mais vous voyez l’idée. Supposons maintenant que les beaux avocats ont un QI moyen un peu plus élevé. Mettons trois points de plus que la moyenne. Quel différence cela fait-il à la productivité d’un avocat d’avoir un QI de 123 (ou même de 126) plutôt que de 120 ? Très faible à mon avis.
    On pourrait je crois transposer cet exemple (s’il est correct, je vous laisse juger) à presque toutes les professions, dont les répartitions en termes de QI doivent être relativement étroites.

  6. Si encore il n’y avait pas d’explication alternative à la prime à la beauté et à la hauteur, je serais peut-être un chouïa plus hésitant. Ce n’est pas le cas parce que comme je le soupçonne effectivement, les gens ont tendance à croire que les gens beaux sont plus intelligents. Et même en admettant que 3 points de QI n’est pas considérable sur la productivité (même sur un avocat disons), ce sont des chiffres que les entrepreneurs ne sont pas censés savoir. Ils doivent penser que les gens beaux sont intelligents, et les gens moches peu intelligents, mais ils n’ont pas les chiffres exacts. Combien plus intelligents ? Ils ne savent pas. Peut-être qu’ils sur-estiment l’intelligence des gens beaux. Mais ils estiment néanmoins qu’un lien existe entre beauté et intelligence, et à priori cela suffirait à expliquer les disparités salariales. Entre cette explication “rationnelle” et celle disons, émotionnelle, ou psychologique, comme on veut, je penche pour la première.
    Vous dites très justement qu’il n’y a pas beaucoup de gens beaux. Mais le problème c’est que s’il existe une prime à la beauté, il existe aussi une pénalité pour la laideur. Et là, ce n’est plus du tout pareil. Selon qu’on soit très laid, laid, moyen, beau ou très beau, on y applique un salaire spécifique. Tant qu’on y est, pourquoi ne pas employer uniquement des gens laids et très laids puisqu’ils coûtent moins chers que des gens moyens, beau et très beau ? Ça doit leur faire de sacrées économies. Pourquoi ils ne le font pas ? Juste parce qu’ils préfèrent s’entourer de gens beaux ? Tout ça fait assez cher.
    Je ne dis pas que les agents économiques sont exclusivement rationnels. On peut faire des choses sur le moment qu’on finit par regretter plus tard. Petit, j’avais un ami qui était allé à une foire aux livres, il avait croisé une fille qu’il trouvait vraiment jolie. Comme ça, sur le coup, il avait envie de lui faire plaisir, en lui achetant quelque chose. Apparemment, rien ne l’intéressait dans le lot. Mais il a quand même sorti ses sous. Il a acheté un gros livre, bien crade d’ailleurs (ils l’étaient tous) qu’il a regretté ensuite. Oui, parfois, on fait des choses qu’on ne comprend pas.
    Mais ça n’explique pas pourquoi ça devrait arriver tout le temps.
    Les gens beaux démarrent avec un meilleur salaire de départ, et ont les meilleures augmentations. Je veux bien que les gens soient parfois irrationnels, mais à ce point …

    • René de Sévérac says:

      C’est peut-être un peu tard, mais permettez-moi une remarque :
      Je souscris à l’argument d’Aristide pour admettre que la beauté n’est pas fréquente (quoique cela est tout à fait relatif). Le point que vous ne notez pas est la “conscience de la beauté” et de son effet sur le personnage. Jeune, j’avais remarqué le “culot” de garçons relativement laids face aux jolies filles dans les bals populaires et le succès qui semblait en résulter du fait de leur assurance.
      Dans l’exemple cité par Aristide, il est aisé de constater que l’avocat “beau” donne à sa plaidoirie un meilleur résultat.

  7. René,

    Ceci dit, je ne pense pas que votre témoignage soit représentatif. J’ai tendance à croire qu’une personne qui se “sait” beau parce que son entourage lui souffle cette idée jour après jour lui donne plus de confiance, et plus de “culot” comme vous dites. C’est plutôt l’idée que la conscience de sa beauté n’influe aucunement sur son assurance, notamment auprès des filles, qui me paraît saugrenue. Même s’il est bon de rappeler que les exceptions existent toujours. Quand bien même, ce n’est pas la confiance de soi qui explique la majeure partie de la prime à la beauté.

    • René de Sévérac says:

      Pardon Meng Hu, je n’ai pas compris cette phrase :
      “C’est plutôt l’idée que la conscience de sa beauté n’influe aucunement sur son assurance, notamment auprès des filles, qui me paraît saugrenue”.
      La conscience de son apparence (comme celle de son discours) donne une assurance fondamentale; j’ai connu des individus fats mais capable de discours élégants (mais creux) capable de subjuguer des auditoires (naïfs) … il s’agit encore de séduction.
      Je ne conteste par la “prime à la beauté” mais son rôle majeur.

  8. Je disais qu’avoir conscience de sa beauté extérieure donne un peu de confiance en soi. Et l’idée qu’il n’existe aucune corrélation entre beauté et confiance me paraissait saugrenue.
    Le rôle de la beauté dans le salaire ? Il est prépondérant. Même si vous avez un bon discours, cela n’explique toujours pas pourquoi les gens beaux sont mieux payés que les gens laids. L’explication la plus crédible est sans doute que l’entrepreneur croit que les gens beaux sont plus intelligents. Vous me direz qu’être intelligent facilite un discours cohérent et persuasif, mais s’il y a un lien entre intelligence et beauté, il y a aussi un lien entre beauté et salaire.

  9. Aristide says:

    René :

    Je ne sais pas si vous lirez ceci, mais à tout hasard. L’exemple que vous donnez dans votre premier message me parait tout à fait intéressant car il illustre une différence importante entre les hommes et les femmes : les femmes sont moins sensibles à la “pure” beauté physique (qui est largement objective- cf mon premier message) et plus sensible à certains traits de caractère. Notamment les femmes apprécient (en général bien sûr) les hommes “culottés”, ceux qui paraissent sûrs d’eux-mêmes. Pourvu bien sûr qu’ils ne se conduisent pas comme des mufles – tout est une question de mesure.
    On pourrait dire, les femmes apprécient les hommes virils : ceux qui donnent l’apparence du courage, du calme, de la maitrise de soi, de la force de caractère.
    C’est d’ailleurs je crois ce qui explique le fait qu’elles soient plus attentives que les hommes au statut social de leur “partenaire” (employons ce mot moderne) : pas forcément parce qu’elles sont des chercheuses d’or mais parce que ce statut dénote la réussite, et donc – suppose-t-on – des qualités viriles.
    Entre nous soit dit, c’est sur ce trait de caractère féminin – connu depuis la nuit des temps mais nié aujourd’hui pour cause de féminisme – que reposent le plus souvent les stratégies de drague. Voyez par exemple ceux que l’on appelle aux Etats-Unis les “Pick-up artists”, les champions de la drague si vous voulez – qui en ont fait des livres, des cours, etc..
    Cherchez sur internet si vous avez le temps. C’est à la fois hautement risible, car caricatural, et intéressant à examiner.

  10. René de Sévérac says:

    Aristide, au fond, malgré des formulations différentes il n’y a pas flagrante opposition entre le divers points de vue.
    Permettez-moi de reprendre mon deuxième exemple :
    “conférencier au discours élégant (mais creux) capable de subjuguer des auditoires (naïfs)” n’est-ce pas un art de la séduction sans rapport avec des individus sexués.
    [j’évite la terminologie H/F; et j’ai plaisir à dire aux “dames” que k’aime converser avec les Hommes … préférablement de sexe féminin. Compris]

    Salut à tous deux

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