Sur le travail des enfants – l’Angleterre du 19ème siècle

Tout le monde semble convenir que depuis 1750 jusqu’à 1850, la Grande-Bretagne a connu des progrès économiques remarques, imputables à la Révolution industrielle. Un point sur lequel les marxistes semblent souvent insister est le travail des enfants en ce début de 19ème siècle.

Beaucoup d’historiens semblent d’un commun accord sur le fait que la pauvreté de l’époque poussait parfois les parents à envoyer leurs enfants travailler, pour gagner un peu d’argent.
Mais l’empire britannique, pourtant si puissante, était au bord de la ruine économique au début du 19e siècle, suite aux guerres menées contre Napoléon. Le pays alors, pour financer les coûts de la guerre, abandonna l’étalon-or afin de s’embarquer dans une gigantesque expansion de crédit avec pour conséquence une inflation démesurée, érodant le pouvoir d’achat de la monnaie. Et ceci, couplé, avec des dépenses publiques extravagantes. Toutes les conditions étaient réunies pour rediriger les ressources productives vers le secteur militaire.
Après la guerre, s’ensuit la période d’après-guerre accompagnée d’une récession (contraction monétaire et chute des prix se conjuguant). Selon Manuel Llamas :

Le crédit total de la Banque d’Angleterre chuta de 44,9 millions de livres le 31 août 1815 à 34,4 millions en 1816, une réduction de 24%. Cette contraction monétaire provoqua la faillite de beaucoup de banques régionales entre 1814 et 1816.

Lord Liverpool opta pour la restauration de l’étalon-or, alors que la dette plafonnait à 250% du PIB. Et la Révolution industrielle put alors se développer librement. En 1900, la dette était retombée à 30% du PIB.

Ce que nous apprend donc cette histoire est que la pauvreté relative dans laquelle était plongée l’Angleterre du 19ème siècle était principalement l’oeuvre du gouvernement.
Cependant, nous dira-t-on, le cas de la maltraitance des enfants au travail est souvent rapporté comme étant le crime ultime du capitalisme. C’est la version la plus commune. Mais elle est fausse.

Il y avait en réalité deux catégories d’enfants.
D’abord, les “travailleurs libres”, à savoir, ceux qui vivaient à la maison, et travaillaient durant des jours dans des usines sur l’insistance de leurs parents ou tuteurs, et à des salaires qui leur étaient agréables. Mais les propriétaires d’usines privées ne pouvaient certainement pas subjuguer par la force ces enfants libres, ni les obliger à travailler dans des conditions que leurs parents jugeaient inacceptables.
Ensuite, les enfants “apprentis” ou “enfants de la paroisse civile” (dit aussi “parish children”), à savoir, les enfants qui étaient sous la surveillance, la responsabilité des fonctionnaires du gouvernement. Les enfants maltraités furent ces enfants de la paroisse, pas les enfants libres. Nombreux étaient des orphelins, et certains ont été victimes de parents négligeant. Tous étaient sous la garde des “autorités de la paroisse”.
L’historien Robert Hessen note que les enfants de la paroisse avaient été …

“sent into virtual slavery by the parish authorities, a government body: they were deserted or orphaned pauper children who were legally under the custody of the poor-law officials in the parish, and who were bound by these officials into long terms of unpaid apprenticeship in return for a bare subsistence.”

Presque toutes les paroisses en Grande-Bretagne avaient leur stock d’enfants abandonnés qu’ils ont vendu aux usines, où ces enfants ont vécu les plus profondes horreurs du travail des enfants. Ainsi, Hessen indique que la 1ère loi en Grande-Bretagne appliquée aux enfants d’usine a été adoptée pour justement protéger les “parish apprentices” et non les “free-labour”.

D’après ce que nous en dit Wendy McElroy, les workhouses paroissiaux existaient depuis des siècles mais la “sympathie” pour les opprimés a été amoindrie à cause des taxes sur l’assistance aux pauvres. Ces taxes étaient effectivement 5 fois plus élevées que ce qu’elles étaient en 1760.

En 1857, Alfred Kydd a publié un ouvrage en deux volumes intitulé “The History of the Factory Movement”. Il fait référence à “des corps vivants pris dans l’étau de fer des machines en mouvement rapide, tournoyés dans l’air, les os broyés, et le sang répandu abondamment sur le sol, à cause de l’épuisement physique”. Puis, dans une déclaration plus révélatrice, dans laquelle il se réfère aux “propriétaires” des enfants, Kydd déclare que “les apprentis d’usine ont été vendus aux enchères dû aux effets de la faillite”.

Durant le régime féodal, hommes, femmes et enfants étaient vendus aux enchères, forcés de travailler de longues heures dans des tâches manuelles pénibles, sous n’importe quelle condition et quelle qu’en soit la rémunération versée par leurs maîtres. C’était le système de servage, et le déplorable système d’apprentissage paroissial est un vestige du passé féodal de la Grande-Bretagne.

The evidence in favor of capitalism is thus compellingly suggestive: From 1750 to 1850, when the population of Great Britain nearly tripled, the exclusive choice of those flocking to the country for jobs was to work for private capitalists.

Si la première législation des usines fut un acte de miséricorde pour les enfants apprentis asservis, des lois successives entre 1819 et 1846 ont toutefois imposé des restrictions de plus en plus grandes sur l’emploi des enfants libres. Etait-ce nécessaire ? L’évidence suggère fortement que tous les avantages que la législation peut avoir produit en empêchant les enfants d’aller travailler (ou en augmentant le coût de les employer) ont été marginaux, et ont été compensés par le préjudice que ces lois ont causé. Gaskell admettait que le licenciement des enfants libres n’a fait qu’accroître les maux que ces législations étaient censées guérir, et doivent par conséquent être abrogées.
À ce propos, je recommande de lire un article de Jeffrey A. Tucker aux commentaires très pertinents : “What’s a Job Good For?”.

La conséquence de ces lois interdisant le travail des enfants est un classique de la loi des conséquences inattendues. En fait, les propriétaires de grands établissements, qui furent plus facilement et plus fréquemment l’objet de visites et de contrôle par les inspecteurs, ont commencé à rejeter les enfants dans leurs effectifs. Le résultat fut prévisible. Ces enfants, qui avaient besoin de travailler pour survivre, ont dû chercher des emplois dans des endroits délabrés et lieux impropres où le système sanitaire, l’éclairage et la sécurité étaient nettement inférieurs. Ceux qui ne réussissent même pas à en trouver étaient condamnés au travail épuisant et irrégulier de l’agriculture, où les conditions furent encore plus difficiles.

Finalement, le travail des enfants fut pratiquement éliminé lorsque, pour la première fois dans l’histoire, la productivité des parents sur le marché du travail a augmenté jusqu’au point où il n’était plus économiquement nécessaire d’envoyer leurs enfants travailler pour survivre.

Sources :
Child Labor and the British Industrial Revolution, Lawrence W. Reed
Legal Child Abuse, Wendy McElroy
La leçon britannique de 1815, Manuel Llamas

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