L’Etat providence : une illustration de la loi des conséquences inattendues

Comme on le sait, l’Etat providence a pour objectif de promouvoir ce qu’on appelle la justice sociale, et ceci, par le biais de la taxation et des impôts. Bien que moralement louable, la mission a bien peu de chance d’atteindre son but dans la mesure où la doctrine de “l’égalité des chances” présuppose l’égalité biologique entre individus qui, elle, ne saurait exister.

D’un point de vue évolutionniste, il est facile de comprendre pourquoi (Kanazawa & Savage, 2009). Mais c’est un outil que les économistes en général n’intègrent pas dans leurs analyses, ce pourquoi ils échouent à expliquer de nombreux phénomènes et se voient contraints à invoquer des explications ad hoc.

Une autre dimension omise par les politiques publiques est le domaine des capacités cognitives. Mise à part quelques exceptions (Jones, 2008) les économistes ne prennent jamais en compte cette variable importante que représente le QI, ce qui explique pourquoi bon nombre de leurs analyses soient totalement erronées.

L’idéologie égalitariste présuppose qu’il n’existe rien de tel comme les différences génétiques entre sexes et entre races, et entre individus plus généralement, si ce n’est que l’apparence. C’est la raison pour laquelle de nombreuses initiatives publiques, quelque soit le domaine, seront vouées à l’échec et auront des effets exactement contraires à ce qui est attendu, à savoir, réduire les inégalités sociales.

Pour comprendre pourquoi, voyons déjà comment Linda Gottfredson (2003) explique en quoi l’égalisation à l’accessibilité aux soins de santé ne réduira pas les inégalités sociales en matières de soins de santé :

The introduction of Medicaid and Medicare in the United States during the 1960s soon led to the poor making as many physician visits per year as the non-poor, but large class differentials in health remained — even when the poor began to visit physicians at a higher rate than the non-poor (Rundall & Wheeler, 1979, p. 397). Great Britain and other countries that had expected to break the link between class and health by providing universal health care were dismayed when the disparities in health not only failed to shrink but even grew (see The Black Report by Townsend & Davidson, 1982; also Link & Phelan, 1995, p. 86; Marmot, Kogevinas, & Elston, 1987, p. 132; Susser, Watson, & Hopper, 1985, p. 237).

… equalizing the availability of health care does not equalize its use. Perhaps most importantly, less educated and lower income individuals seek preventive health care (as distinct from curative care) less often than do better educated or higher income persons, even when care is free (Adler, Boyce, Chesney, Folkman, & Syme, 1993; Goldenberg, Patterson, & Freese, 1992; Rundall & Wheeler, 1979; Susser et al., 1985, p. 253; Townsend & Davidson, 1982, ch. 4).

Second, greater use of medical care does not necessarily improve health (Marmot et al., 1987, p. 132; Valdez, Rogers, Keeler, Lohr, & Newhouse, 1985). To illustrate, when a large federally-funded RAND-conducted randomized controlled experiment tested the effects of subsidizing health care costs at different levels in six cities across the United States, participants with free care used more medical care than those with only partly subsidized care, but their health was no better after two years. Participants with free care had indiscriminately increased their use of inappropriate as well as appropriate care (Lohr et al., 1986, p. 72).

The “paradox,” Susser et al. (1985, p. 254) note, is that increased public health efforts at “prevention in many instances ha[ve] widened the disparity in health between the social classes,” perhaps because “new preventive techniques have turned on personal behavior [e.g., not smoking] rather than on social engineering [e.g., controlling infectious disease by providing clean water and requiring immunizations for school entry].”

Ceci est d’autant plus vrai que la société devient plus complexe. La santé reposant davantage sur les soins auto-administrés, les habitudes de vie et la prévoyance (Gottfredson, 2003, pp. 18-19, 43-44), des éléments qui reposent essentiellement sur la cognition, soit le QI. La littératie en santé étant elle-même dépendante du QI (pp. 37-38) et le QI à son tour améliore l’accumulation des connaissances (p. 16) : “Not all individuals learn equally well when exposed to the same instruction, because higher g promotes faster, more extensive, and more complete learning of what is being taught (Schmidt & Hunter, in press; Sticht, 1975)”. Puisque les différences en “g” traduisent des différences en rapidité d’apprentissage et de compréhension, les différences en soins de santé deviennent de plus en larges, car les avantages d’un “g” élevé traduisent des effets qui s’accumulent sans cesse chez un même individu.

Chronic diseases are the major illnesses in developed nations today, and their major risk factors are health habits and lifestyle.

“[T]he most striking finding is the practically unitary character of knowledge: those who are best informed about one subject are likely to be best informed about any other” (Feldman, 1966, p. 166).

… the association of knowledge with social class seems to be stronger when the information in question is more widely publicized by the mass media (Tichenor et al., 1970).

… health literacy researchers suggest that literacy is a highly general “learning ability” — an “ability to acquire new information and complete complex cognitive tasks” — and that “limited problem-solving abilities” make low-literacy patients “less likely to change behavior on the basis of new information” (Baker et al., 1998, pp. 796-797).

Patients cannot be passive recipients of medical recommendations with which they merely “comply.” Rather, many illnesses require the active participation of patients for proper diagnosis and treatment. We are our own “primary providers” of health care. This is especially true for chronic illnesses such as asthma, diabetes, and hypertension, because they require extensive “self-regulation,” which includes prevention, attack management, and social skills in maintaining social support (Clark & Starr-Schneidkraut, 1994). With asthma, for example, prevention entails “recognizing early signs of asthma, acting on early signs to ward off an attack, identifying and controlling triggers, and taking prescribed medicines properly and on schedule” (Clark & Starr-Schneidkraut, 1994, p S54). “Patients with asthma must deduce when and how best to use medicines [for example, with peak flow monitoring], because drug use in asthma is not just a matter of adhering to an absolute formula the physician provides” (p. S55).

Diabetes, another condition requiring close daily monitoring and adjustments in self-treatment, is even more demanding in this regard (Jovanovic-Peterson, Peterson, & Stone, 1999), especially for insulin-dependent patients, and yet more so for ones using the new forms of “tight control” (Juliano, 1998). These chronic conditions are similar to jobs that require considerable knowledge for good performance but, because conditions keep changing, the jobs cannot be routinized. Like such jobs, chronic diseases therefore require constant judgment in applying old knowledge and the need to spot and solve new problems.

The explosive growth in new treatments and technologies has created “tremendous learning demands” for anyone with a chronic disease. It therefore portends increasing relative risk for low-g patients.

“Today most illnesses are chronic diseases — slow-acting, long-term killers that can be treated but not cured” (Strauss, 1998, p. 108). They begin developing long before any symptoms appear, which puts a premium on foresight and prevention.

De la même façon, si le gouvernement augmente les dépenses dans l’éducation, en fournissant aux écoles davantage de matériel, avec des livres, il est tout à fait prévisible que ce seront les individus à fort intellectuel qui consulteront les bibliothèques, et non les individus à faible intellect. Encore une fois, la disponibilité accrue des ressources ne signifie pas l’égalisation quant à leur usage. Dans ce contexte, fournir du matériel aux écoles peut effectivement pousser les inégalités de résultats scolaires au-dessus de ce qui aurait prévalu autrement.

Maintenant, on peut faire valoir que la réduction des inégalités sociales pourrait être achevé par une réduction des différences de QI. Le coeur du problème est que les données actuelles montrent très clairement qu’il est extrêmement difficile de stimuler durablement le QI, qui est essentiellement héritable. Le QI est associé à de très nombreuses variables socio-économiques. Un QI élevé est directement associé à une plus faible incidence d’accident de route et une plus forte probabilité d’arrêter de fumer une fois que l’on a commencé (Gottfredson & Deary, 2004). Un QI élevé est associé à une incidence moins élevé de VIH-SIDA aux USA (Templer & Rushton, 2011, pp. 439-441), à un horizon temporel plus éloigné dans le temps (Frederick, 2005; Dohmen, 2007), à risque plus faible d’obésité (Yu et al., 2009) même si les auteurs prétendent que l’association QI-obésité disparaît après contrôle du statut socio-économique, ils négligent le fait que le QI prédit le statut socio-économique (contrôler cette variable revient donc à contrôler le QI). Dans la mesure, donc, où les individus diffèrent en termes de capacités cognitives, et compte tenu de ses divers corrélats, les mesures de préventions initiées par le gouvernement seront reçues et interprétées différemment selon les individus. Plus les attitudes sont cognitivement exigeantes, et plus cette observation sera vraie.

Une campagne publicitaire par l’intermédiaire des médias visant à sensibiliser les gens sur les effets du tabac (ex, le tabagisme passif), sur les accidents routiers (ex, distance de sécurité), sur les carences alimentaires (ex, la malbouffe), sur l’hygiène (ex, se laver les mains), sur le SIDA (ex, le préservatif), ou sur la préservation de l’environnement (ex, les déchets et recyclages), encouragera certainement les individus de l’élite cognitive à adopter des comportements plus responsables. Mais les individus à faible QI seront beaucoup moins réceptifs aux campagnes de prévoyance orchestrées par l’Etat. Cela signifie que les individus adopteront des comportements et valeurs de plus en plus opposés au fur et à mesure que les politiques publiques s’efforceront sensibiliser les groupes d’individus aux problèmes sociaux. Les disparités sociales, économiques et culturelles vont diverger au lieu de converger.

À titre d’exemple, Kanazawa explique (2010, p. 36) parfaitement pourquoi la justice est peu susceptible de réduire sensiblement la criminalité parmi les individus à faible QI. C’est parce qu’ils ont un faible horizon temporel, un QI élevé étant effectivement associé à un horizon temporel plus éloigné. Il est difficile pour les individus à faible QI d’assimiler des règles institutionnelles évolutivement inédites et inhabituelles qui n’ont jamais prévalu dans l’histoire de l’évolution humaine. Ainsi, renforcer les pénalités réduira beaucoup plus la tendance au crime chez les individus à fort QI, et moins chez les individus à faible QI.

La légalisation de l’avortement offre une excellente illustration de la situation présente. Les données (Kanazawa, 2005, pp. 255-256) indiquent que les personnes intelligentes sont plus susceptibles d’avorter. Comme l’a expliqué Gottfredson, la disponibilité accrue des ressources ne signifie pas l’égalisation quant à leur usage. Si, comme l’a avancé Steven Levitt (voir aussi Steve Sailer, “Did Legalizing Abortion Cut Crime?”), l’avortement diminue la criminalité dans la mesure où les enfants non désirés ne naissent pas grâce à ce moyen, cette hypothèse n’est vraie que parmi les femmes à QI élevé. La planification familiale est une stratégie évolutivement inhabituelle, un moyen évolutivement peu familier d’avorter (Kanazawa, 2005), ce pourquoi elle est peu pratiquée par les femmes à QI faible. C’est pourquoi elles ont tendance à laisser venir au lieu d’avorter ou d’utiliser la pilule. Ces enfants seront nés de mères célibataires à faible QI, et donc, faiblement compétente. Il est bien connu aussi que la monoparentalité n’assure pas le bon développement des enfants. Sans l’autorité et l’investissement du père, ces enfants seront encore plus susceptibles de devenir des criminels, de prendre le mauvais chemin.

De même, la réduction du coût du divorce, grâce au mouvement féministe et à l’Etat-providence, explique aisément l’augmentation très marquée de la monoparentalité (et de ses conséquences pour les enfants). Cette hausse de la monoparentalité est plus marquée chez les afro-américains, tout simplement parce que les femmes africaines diminueraient leur succès reproducteur si elles abandonnaient les prestations d’aide publique (Kanazawa & Savage, 2009, p. 122).

L’avortement est également susceptible d’accroître les disparités de santé. Selon Klick et Stratmann (2002, pp. 6, 18), la légalisation de l’avortement conduirait à une hausse des maladies sexuellement transmissibles par le simple fait que les femmes qui refusent l’avortement sont en compétition avec les femmes qui l’acceptent, et c’est pourquoi elles acceptent finalement le sexe non protégé. L’avortement augmente la probabilité des pratiques sexuelles risquées dans la mesure où les filles exigent le préservatif pour deux raisons : éviter (1) la grossesse et (2) les MSTs. Alors, la contraception conduit à une diminution de (1) mais pas nécessairement (2).

Tout ceci ne veut pas dire qu’en l’absence d’intervention publique, les inégalités sociales vont se réduire. Au contraire, elles continueront tout de même à augmenter pour la simple et bonne raison qu’une économie de plus en plus complexe repose de plus en plus sur des capacités cognitives élevées (Gottfredson, 2004, pp. 31-32), ce pourquoi un faible QI devient de plus en plus handicapant à mesure que la société se complexifie (Gottfredson, 1997, pp. 121-122). L’action de l’Etat-providence accentuera simplement ces inégalités. Au final, l’Etat-providence désunira les groupes d’individus plutôt que de les unir, comme tel était son but.

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