De la crise du mariage

Alors que les institutions sociales ont peu ou presque pas changé durant des milliers d’années, certains chercheurs soutiennent l’idée que depuis la moitié du 20ème siècle, l’architecture de base de ces institutions séculaires a été bouleversée comme jamais elle ne l’a été durant toute l’histoire humaine. Le rapport du Pew Research Center met en évidence le changement de l’institution du mariage aux Etats-Unis.

The Decline of Marriage And Rise of New Families (2010)

En 1960, 72% des adultes américains étaient mariés. En 2008, ils étaient 52% à être mariés.
Une partie de cette baisse s’explique par le fait que l’âge moyen du premier mariage pour les hommes et les femmes atteint désormais un record encore jamais enregistré, une hausse de 5 ans depuis le dernier demi-siècle. Et une partie de la baisse est attribuable à la part des couples séparés ou divorcés – 14% en 2008 contre 5% en 1960.

À la question de savoir si le mariage est devenue obsolète, 39% des américains pensent que c’est le cas. Dans un sondage d’électeurs mené par le magazine Time en 1978, lorsque le taux de divorce dans ce pays était proche du niveau le plus élevé de tous les temps, seulement 28% s’accordaient sur le fait que le mariage devenait obsolète.

Le mariage n’est plus considéré comme une condition préalable à la parentalité. Au cours des 50 dernières années, la part des enfants nés de mères célibataires a augmenté de façon spectaculaire – de 5% en 1960 à 41% en 2008. Cette tendance a contribué à la diminution de la part des enfants de moins de 18 ans vivant avec deux parents mariés – 64% en 2008 contre 87% en 1960.

En 2008, le revenu médian des ménages pour les adultes mariés était 41% supérieur à celui pour les adultes célibataires, même après contrôle des différences dans la taille du ménage. En 1960, cet écart n’était que de 12%. L’élargissement de l’écart s’explique en partie par la part accrue des femmes dans la population active (61% en 2008 contre 32% en 1960) et en partie par la différence de l’augmentation du niveau de scolarité entre les mariés et les non mariés.

Près de la moitié des gens âgés de moins de 30 ans (46%) estiment que la diversité croissante des structures familiales est une bonne chose, contre seulement 30% des personnes âgées de 30 ans et plus. En outre, les jeunes adultes sont beaucoup plus susceptibles que leurs homologues plus âgés d’accepter toute une foule de tendances sociétales qui touchent les familles (ex, les personnes vivant ensemble sans être mariées, les couples gais et lesbiens qui élèvent des enfants).

Plus de 62% des personnes interrogées disent aujourd’hui que le meilleur type de mariage est celui où le mari et la femme travaillent tous deux et prennent soin tous deux du ménage et des enfants. En 1977, moins de la moitié (48%) a approuvé ce modèle égalitaire des rôles entre conjoints.

En 1960, les femmes représentaient seulement 33% de la population active aux États-Unis. En 2009, les femmes représentaient 47% de la population active.

En 1960, moins de 6% des femmes avaient un diplôme universitaire. En 2008, cette part avait grimpé à 29%. En outre, pour les deux dernières décennies, les femmes constituaient la majorité des nouveaux diplômés. En conséquence, chez les adultes dans leur vingt et trentaine, aujourd’hui, il y a plus de femmes que d’hommesqui obtiennent leur diplôme. (Ladies First in Education)

Dans les années 1950 et 1960, la plupart des femmes mariées ne travaille pas en dehors de la maison, s’appuyant plutôt sur les revenus de leurs maris pour soutenir la famille. En 1960, 32% des femmes étaient dans la force de travail. En 2008, cette part était passée à 61%.

En plus de leur plus grande participation dans la population active, les femmes ont commencé à retarder le mariage et à avoir moins d’enfants. En outre, les femmes ont été confrontées au défi de l’équilibre entre le mariage, la maternité et le travail. Une grande majorité des mères d’enfants de moins de 18 ans (71%) sont maintenant dans la population active. En 1975, moins de la moitié de toutes les mères travaillaient. Même chez les mères de très jeunes enfants (moins de 3 ans), 60% sont dans la population active, contre 34% en 1975.

Avec l’arrivée de la pilule contraceptive dans les années 1960s, les femmes américaines ont acquis une nouvelle mesure de contrôle sur leur vie reproductive. Les attitudes du public sur le sexe en dehors du mariage ont changé radicalement depuis cette époque. Selon un sondage mené par l’Organisation Gallup en 1969, plus de 68% de la population croyaient qu’il était inacceptable pour un homme et une femme d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, mais seulement 21% estimaient qu’il n’y avait aucun mal. En 1985, l’opinion avait changé de façon significative : 39% ont déclaré que les rapports sexuels avant le mariage étaient inacceptables, tandis qu’une faible majorité (52%) a déclaré qu’il n’y avait aucun mal. Dans un sondage CBS/New York Times de 2009, 32% estimaient que le sexe avant le mariage était inacceptable; 60% ont déclaré le contraire.

Lorsqu’il leur a été demandé en 2009 s’ils étaient d’accord ou en désaccord sur le fait que les femmes devraient retourner à leurs rôles traditionnels dans la société, seulement 19% des adultes ont approuvé, tandis que 75% étaient en désaccord. Dans le même temps, 71% ont déclaré avoir des valeurs “à l’ancienne” sur la famille et le mariage. Seulement 25% étaient en désaccord avec cet énoncé.
En 1987, 30% des adultes (19% en 2009) déclaraient que les femmes devraient retourner à leurs rôles traditionnels dans la société. De même, 87% ont déclaré avoir des valeurs à l’ancienne sur la famille en 1987 (71% en 2009).

En 1960, les diplômés universitaires (76%) ne sont que légèrement plus susceptibles que ceux qui n’ont jamais fréquenté l’université (72%) de se marier. En 2008, seulement 48% de ceux ayant un diplôme d’études secondaires ou moins étaient mariés, comparé à 64% des diplômés universitaires.

Suite à ces changements de modèles de nuptialité, les jeunes diplômés sont maintenant beaucoup plus susceptibles que les sans diplôme d’études universitaires de vivre dans un cadre familial traditionnel (style années 1950). En 2008, 35% des diplômés universitaires vivaient avec un conjoint et un ou plusieurs enfants, comparé à 23% de ceux ayant un diplôme d’études secondaires. La baisse au fil du temps dans le pourcentage de personnes vivant dans une famille plus traditionnelle a été la plus spectaculaire parmi ceux ayant un diplôme d’études secondaires. En 1960, les diplômés du secondaire (55%) étaient presque aussi susceptibles que les diplômés universitaires (53%) de vivre dans un ménage avec leur conjoint et leurs enfants.

L’enquête du Pew Research constate aussi que les diplômés universitaires sont parmi les plus enclins à rejeter la notion que le mariage devient obsolète : seulement 27% sont d’accord, tandis que 71% sont en désaccord. Parmi ceux qui ne sont pas allés à l’université, l’opinion est plus également répartie : 44% sont d’accord sur le fait que le mariage devient obsolète, et 52% sont en désaccord.

Parmi les hommes, 67% estiment qu’il est « très important » pour un homme d’être en mesure de soutenir financièrement une famille s’il veut se marier. Mais lorsque la même question est posée à une femme, seulement 33 % considèrent cela comme très important.

Les hommes sont beaucoup plus susceptibles que les femmes de considérer qu’il est plus facile pour une personne mariée de trouver le bonheur (38% contre 22%). Les hommes sont aussi plus susceptibles que les femmes de considérer qu’il est plus facile pour une personne mariée d’élever une famille (80% contre 74%), d’avoir un statut social (25% contre 18%) et d’aller de l’avant dans une carrière (19% contre 10%).

57% des hommes, comparé à 70% des femmes, disent qu’un couple gay ou lesbien ayant des enfants est une famille. En 1960, 87% d’enfants de moins de 18 ans habitaient avec deux parents mariés, en 2008, cette part avait chuté à 64%. Au cours de la même période, le pourcentage d’enfants nés de femmes non mariées a été multiplié par huit, passant de 5% à 41%.

Les hommes sont généralement plus “traditionnels” que les femmes dans leurs points de vue de ce qui est mieux pour les enfants. Deux tiers des hommes sont d’accord sur le fait qu’un enfant a besoin d’une maison avec un père et une mère pour grandir heureux; seulement 29% sont en désaccord. Chez les femmes, les opinions sont plus divisées, et 54% disent ce type d’arrangement est essentiel et 42% disent que ce n’est pas le cas.

En 1960, environ 92% des enfants résidant avec un parent vivaient avec des parents mariés, 5% avaient des parents qui ont divorcé ou se sont séparés, et moins de 1% vivait avec des parents qui n’avaient jamais été mariés. En 2008, 7 enfants mineurs sur 10 résidant avec un parent vivaient avec des parents mariés, alors qu’environ trois sur dix avaient des parents qui ont divorcé ou se sont séparés (15%) ou qui n’avaient jamais été mariés (14%).

Beaucoup de parents mariés ou vivant en concubinage ont eu des enfants avant le mariage. À la question de savoir si l’un de leurs enfants sont nés avant qu’ils se soient mariés à leur conjoint actuel ou vivant avec leur partenaire actuel, près de 29% disent que ce fut le cas, y compris 63% des parents en concubinage affirmant qu’ils avaient des enfants avant qu’ils aient commencé à vivre avec leur partenaire. 25% des parents mariés ont eu au moins un enfant avant de se marier à leur conjoint actuel.

En 2008, 5% des ménages étaient dirigés par un couple vivant en concubinage, contre 3% en 1990. Au cours de cette même période, la part des ménages comptant un couple marié est tombée à 51% en 2008 (57% en 1990).
L’infécondité a augmenté rapidement ces dernières décennies. En 1980, 10% des femmes âgées de 40 à 44 n’avaient pas d’enfants biologiques. En 2008, cette part était passée à 18%. L’infécondité a augmenté chez tous les groupes raciaux et ethniques, mais les femmes blanches sont les plus susceptibles de ne pas avoir leurs propres enfants biologiques.

Les données provenant d’un autre sondage indiquent que les américains sont moins enclins à critiquer les gens qui n’ont pas d’enfants. En 1988, 39% sont en désaccord sur le fait que “les gens qui n’ont jamais eu d’enfants mènent une vie bien vide”, selon le General Social Survey. En 2002, 59% étaient en désaccord.
Toujours selon le GSS, il y a eu une augmentation de la proportion de personnes qui pensent qu’un parent célibataire “peut élever un enfant aussi bien que deux parents”. En 1994, 36% étaient d’accord, 49% étaient en désaccord, et tout le reste étaient neutres ou n’ont pas répondu. En 2002, 42% étaient d’accord, 45% étaient en désaccord, et tout le reste étaient neutres ou n’ont pas répondu.

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