Echec de la relance keynésienne : la théorie et la réalité

Bien que la stagflation des années 1970s a gravement discrédité la théorie keynésienne et par la même occasion l’efficience des politiques de relance, les politiciens persistent à adopter cette mesure coûteuse dans le but de stimuler l’activité économique, en stimulant la demande, et par suite l’investissement, par l’augmentation des déficits publics qui devront être payés dans le futur par les agents économiques. Même dans le cercle des économistes, les politiques keynésiennes continuent à être promues malgré la faille théorique selon laquelle 1) la relance des dépenses de consommation ne déformerait pas la structure de production en détruisant les stades de production éloignés de la consommation 2) il serait possible de stimuler l’investissement en pénalisant l’épargne privé; la combinaison de 1) et 2) provoquant une destruction du capital nécessaire au renouvellement des biens d’équipement permettant de soutenir la pérennité du niveau de consommation.
Non seulement la théorie, mais la preuve empirique également ne parvient pas à valider les prescriptions keynésiennes.

Did stimulus dollars hire the unemployed? Answers to questions about the American Recovery and Reinvestment Act. [PDF]

Dans un effort pour stimuler l’embauche et la création d’emplois et investir dans une variété de programmes d’infrastructure nationaux, le gouvernement U.S. a mis en place l’American Recovery and Reinvestment Act (ARRA), communément connu sous le nom de Plan de relance économique des États-Unis (2009). L’ARRA a représenté l’un des plus importants plans de relance budgétaire en temps de paix dans l’histoire américaine.

Pour mesurer l’impact et les effets du plan de relance keynésien, les chercheurs du Mercatus Center ont interrogé les entreprises ayant reçues des fonds provenant de l’ARRA. Ils ont recueilli plus de 1300 réponses volontaires de la part des gestionnaires et des employés.

Ils ont interrogé les organisations subventionnées par l’ARRA sur la question de savoir s’il était devenu plus facile de trouver des travailleurs de bonne qualité qu’avant la crise financière de 2008.
Sur les 159 organismes sans but lucratif et les 67 firmes qui ont répondu à la question, la moitié de chaque groupe (80 et 34, respectivement) a répondu qu’il était effectivement plus facile d’embaucher qu’avant la crise. Sur l’autre moitié, 11% et 16%, respectivement, pensent que c’est plus difficile, tandis que le reste des répondants ont jugé qu’il était tout aussi difficile d’embaucher qu’avant la crise.
Parmi les 135 organismes gouvernementaux ayant répondu à la question, 41% affirmaient qu’il était actuellement plus facile d’embaucher, 10% ont répondu que c’était plus difficile, et les autres ont indiqué que rien n’a changé.

Une question naturelle est de savoir si les organisations subventionnées qui trouvèrent plus facile d’embaucher de bons employés avaient reçu une part disproportionnée du stimulus. Les Tables 3 et 4 rejettent toute relation positive entre la quantité des fonds provenant de l’ARRA et la facilité d’embaucher.

Il leur a été demandé ensuite si la politique de salaire “Davis-Bacon” leur était appliquée, et lorsque c’était le cas, il leur a été demandé si elles auraient pu embauché des travailleurs équivalents à un salaire inférieur au salaire en vigueur.

Le répondant médian qui avait rapporté que le salaire Davis-Bacon était au-dessus du taux du marché a dit que les salaires Davis-Bacon étaient 13,3% supérieurs aux salaires du marché; la réponse moyenne était 14,9%. Puisque seulement 35% des organisations concernées par Davis-Bacon ont dit que les salaires en vigueur étaient au-dessus des salaires du marché, et 17% disaient qu’ils n’étaient sûrs de rien, on peut conclure que les salaires Davis-Bacon étaient 6% au-dessus du niveau du marché, en moyenne.

Les estimations conventionnelles ont indiqué qu’un pour cent de baisse de salaire conduit à un pour cent supplémentaire d’embauche; autrement dit, 6% supplémentaires en heures de travail ou 6% supplémentaires en force de travail auraient pu être réalisés si Davis-Bacon avait été retiré de l’ARRA. Néanmoins, comme nous allons le voir ci-dessous, l’embauche supplémentaire qui en résulterait enclencherait un effet d’éviction supplémentaire.

Selon la théorie keynésienne, les fonds de relance doivent être ciblés vers les entreprises à faible demande, avec une activité en ralentissement.
Les chercheurs ont par conséquent demandé aux entreprises si, avant d’être subventionnées par l’ARRA, “les affaires étaient creuses”, ou si “les affaires étaient occupées” dans le sens où elles ont refusé d’offrir un autre travail comme compromis pour l’ARRA, ou si “les affaires étaient occupées” dans le sens où les fonds de l’ARRA ont simplement augmenté la charge de travail.

Seulement 14 organisations ont indiqué avoir abandonné d’autres emplois pour entreprendre les projets de l’ARRA, mais par un ratio de 2:1, les répondants (305 organisations) ont indiqué que “les affaires étaient occupées” avant l’ARRA et que le plan de relance a simplement augmenté leur charge de travail. Seulement 152 organisations ont indiqué que “les affaires étaient creuses” avant l’ARRA. Qui plus est, les chercheurs ont découvert que ces 152 organisations n’étaient pas plus susceptibles d’être les mieux subventionnées. Cela indique que, contrairement à l’idéal keynésien, le projet de l’ARRA n’a pas réussi à cibler correctement les fonds injectés. Sans réelle surprise. L’école néoclassique admettait d’ailleurs que le gouvernement était un mauvais allocateur de ressources.

D’après la théorie keynésienne, un plan de relance efficace conduit à l’embauche des travailleurs alors au chômage, et non à l’embauche de travailleurs actuellement engagés dans une autre entreprise. Ainsi, tout effet d’éviction traduit un gaspillage des fonds. Or, selon les enquêtes, sur les 277 répondants recrutés après le 31 Janvier 2009, 42,1% étaient actuellement au chômage, mais 47,3% des répondants venaient directement d’un autre emploi. Parmi les restants, 4,1% étaient hors de la population active, et 6,5% étaient encore à l’école. Le poids de la preuve indique que l’ARRA a davantage procédé à un “job shifting” plutôt qu’un “job creating”.

Jonathan Chait suggère que certains chômeurs peuvent maintenant prendre la place des employés qui ont quitté leur travail initial pour rejoindre les entreprises subventionnées par l’ARRA. Mais les entreprises subventionnées peuvent embaucher des chômeurs et des salariés des entreprises concurrentes seulement dans la mesure où elles ont un avantage sur les entreprises non subventionnées. Si les firmes non subventionnées peuvent facilement embaucher sans aucune aide externe, pourquoi le gouvernement aurait-il besoin d’entreprendre un plan de relance ?

No Such Thing as Shovel Ready: The Supply Side of the Recovery Act [PDF]

Les mêmes chercheurs du Mercatus Center ont interrogé 85 différents organismes commerciaux, sans but lucratif, et gouvernementaux, principalement les plus financés, dans différentes régions métropolitaines pour apprendre leurs expériences de leurs contrats et subventions sous l’ARRA.

De nouveau, l’évidence ne plaide pas en faveur du keynésianisme. Même le meilleur des cas reportés avait son lot de problème. Par exemple, le propriétaire d’une firme d’ingénierie répondait que l’ARRA était la seule raison pour laquelle ses portes restaient encore ouvertes. Il n’avait pas eu à sacrifier la qualité pour répondre aux délais stricts de l’ARRA. Grâce à l’ARRA, son entreprise a gagné 20 employés supplémentaires, dont 6 ont été tirés du chômage. Les 14 autres employés venaient des autres entreprises, alors négativement affectées par l’ARRA.

En général, les organismes interrogés ne révélaient pas (ou ne savaient pas) si les nouveaux employés étaient préalablement au chômage, mais dans certains cas, ils ont souligné avoir embauché des travailleurs du secteur privé ou ont réintégré les retraités dans le marché du travail. Le plus souvent, les entreprises rapportent qu’ils n’avaient pas créé d’emplois, et qu’ils ont simplement augmenté la charge de travail des employés actuels, et embauchant juste quelques intérimaires pour quelques jours ou quelques semaines. Dans leurs entretiens, les enquêteurs ont constaté que l’embauche de main d’oeuvre actuellement au chômage était l’exception plutôt que la règle.

De plus amples preuves indiquent que l’ARRA a souvent créé du travail sans créé d’emplois. Durant les interviews, les répondants disaient parfois “les affaires étaient creuses jusqu’à ce que les fonds de relance nous sont parvenus; l’ARRA a donné à nos employés quelque chose à faire”. En d’autres termes, ces entreprises accumulaient de la main d’oeuvre mais en l’économisant (elle était moins utilisée). Les keynésiens parlent de “labor hoarding” dont voici la définition :

Not laying off redundant workers during a recession to ensure that skilled and experienced workers are available after the recession.

Il a également été montré qu’il existait un compromis entre vitesse et qualité. Au moins 12 des répondants se montraient préoccupés en ce qui concerne la qualité des projets de l’ARRA. Certains disaient que les efforts poussés du gouvernement à dépenser l’argent réduit la qualité du projet, que les fonds de relance finançaient les projets situés tout au fond de la liste des besoins, et quelques-uns ont exprimé l’inquiétude générale que, même s’ils faisaient du bon travail, ils pensaient que les employés du gouvernement qui supervisent l’ARRA étaient tellement surchargés de travail que cela conduisait à altérer la qualité.

Six des organismes interrogés, principalement les entreprises d’ingénierie, disent qu’il y avait peu ou pas de changement dans leur niveau de travail sous l’effet de la relance. C’était des entreprises de niche avec des services en forte demande. Quand ils ont accepté un travail de l’ARRA, ils ont abandonné un autre travail. Il n’y avait pas de “repas gratuit” comme ce qui était annoncé. Le compromis était important, les entreprises et les travailleurs qualifiés étaient rares, même avec 10% de chômage.

Le tableau 2 résume quelques statistiques descriptives de base de l’échantillon d’entrevues. Certains entrepreneurs fédéraux, peut-être la plupart, ont pris les fonds du stimulus dans la foulée, et ont embauché au moins quelques travailleurs alors sans emploi, en accroissant les salaires et les profits. Mais pour au moins un tiers d’entre eux, le stimulus échoue à valider les théories keynésiennes.

Selon la théorie keynésienne, la politique de relance (“fiscal stimulus”) doit avoir un effet immédiat sur le plan économique. En pratique, les fonds injectés ne sont pas immédiatement dépensés, car cela nécessite plusieurs années pour consommer tous ces fonds. Les projets en eux-mêmes ne peuvent pas être prêts à démarrer immédiatement. Veronique de Rugy rappelle qu’en 3 ans, les fonds de relance sont loin d’avoir été entièrement dépensés.

Furthermore, the spending wasn’t timely: Three years after the law was adopted, some programs still have managed to spend only 60 percent of the appropriated funds. Not only was the spending poorly timed, it also wasn’t targeted. The data show that stimulus money wasn’t targeted to those areas with the highest rate of unemployment.

Et comme Barack Obama reconnaît lui-même “there’s no such thing as shovel-ready projects” :

When the president campaigned for the stimulus package at the start of his presidency, he and others in his administration repeatedly insisted the investments would go to “shovel-ready” projects — projects that would put people to work right away. As recently as August, however, local governments were still facing delays spending the money they were allocated from the stimulus, CBS News Correspondent Nancy Cordes reported.

Cette déclaration souligne de fort belle manière le gouffre entre l’idéal keynésien et la réalité. Cela n’empêche pas les politiciens d’adopter les prescriptions keynésiennes même en connaissance de cause.

Lecture complémentaire :
Evidence empirique : et si les politiques de relance keynésienne ne marchaient pas ?

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