Herbert Hoover et la Grande Dépression

S’il est désormais prouvé que la structure de la crise de 1929 confirme la théorie autrichienne des cycles économiques, il reste à comprendre pourquoi la crise a duré si longtemps. Une bonne partie de l’explication réside dans la rigidité institutionnalisée des salaires nominaux.

La plupart des historiens s’accordent à dire que Herbert Hoover avait adopté une politique économique de laissez-faire suite au krach boursier de 1929. En réalité Hoover avait exhorté les entrepreneurs à maintenir des salaires nominaux constants. Puisque les salaires nominaux ne pouvaient pas diminuer en toute liberté, la baisse des prix a provoqué une hausse des salaires réels, créant un chômage de masse. Tout le contraire de la crise de 1921 où une baisse significative des salaires nominaux a aidé l’économie à se redresser.

Selon Douglas W. MacKenzie, Hoover visait à maintenir des salaires nominaux élevés durant les dépressions industrielles, possédait une réelle influence sur les industries qu’il ciblait, pouvait surveiller les salaires dans ces secteurs, appliquait une pression réelle sur les industries ciblées, et a donc poussé les salaires industriels au-dessus de l’équilibre.

Hoover possédait-il une réelle influence sur l’industrie ? Stone, “Wage Policies in Depression”, suggère que Hoover a impressionné ses idées par l’intermédiaire de son pouvoir de réglementation sur certaines entreprises, alors que d’autres entreprises peuvent tout simplement s’être méfiées de son opinion défavorable. En tant que Secrétaire du Commerce, Hoover a insisté pour avoir une journée de travail de huit heures dans l’industrie sidérurgique. Le succès dans la réduction des heures signifie que la journée de douze heures était révolue dans l’industrie américaine. La capacité de Hoover à réduire les heures de travail indique qu’il pouvait influencer l’industrie.

L’influence de Hoover en tant que Secrétaire du Commerce fut limitée. Le Secrétaire Hoover avait l’intention de maintenir de hauts salaires industriels durant la dépression de 1920-1922, blâmant cette crise sur les difficultés liées aux réajustements qui suivirent la Première Guerre mondiale. En Septembre 1921, Hoover a invité environ 300 chefs d’entreprise et dirigeants syndicaux à une conférence, dont les objectifs étaient de réduire le chômage, d’éliminer les gaspillages, d’accroître le commerce extérieur, et d’étudier les cycles économiques. Sous son influence, les directeurs des syndicats iront maintenir les salaires pour les travailleurs du charbon en 1923.

Hoover a affecté l’industrie du charbon encore plus tôt. Le passage de la “Railway Labor Act” de 1926 semble avoir donné à Hoover une influence sur cette industrie également. L’influence du secrétaire Hoover semble faible. Vedder et Gallaway observent que les salaires et le chômage ne sont restés élevés que brièvement, bien que salaires et chômage élevés étaient plus persistants durant la présidence de Hoover. L’idée que Hoover détient une influence sur l’industrie, en particulier en tant que président, semble raisonnable.

Hoover a réagi à l’effondrement du marché boursier en 1929 par la tenue de nouvelles conférences avec des chefs d’entreprise. Son objectif était de maintenir les salaires, de stimuler les investissements contra-cycliques, et de fournir des secours d’urgence. Son programme comportait trois étapes: mobiliser le crédit, maintenir les salaires, construire et maintenir les usines et équipements.

Lors de ces conférences, il a obtenu l’engagement de nombreux chefs d’entreprise de s’abstenir à réduire les salaires. En ce qui concerne la capacité de surveiller l’industrie, le département du Commerce a enregistré des données sur les salaires et l’emploi pendant cette période. Hoover avait accès à ces données, en tant que secrétaire au Commerce et aussi en tant que président.

L’évidence suggère que le secrétaire Hoover avait peu d’influence sur les salaires pendant la crise de 1920-1922. Avec le début de cette crise, les salaires nominaux ont chuté, mais les prix à la consommation ont chuté davantage, de sorte que les salaires réels (à productivité ajustée) ont d’abord augmenté de 17% tandis que le chômage a augmenté jusqu’à 11,7%.
Vedder et Gallaway ont trouvé une corrélation de 86% entre les salaires réels (à productivité ajustée) et le chômage pendant la crise de 1920-1922. Les baisses ultérieures des salaires réels (à productivité ajustée) ont coïncidé avec une baisse du chômage au cours des années 1920.

Les salaires nominaux sont restés stables en 1930 et n’ont diminué que légèrement en 1931. La déflation des prix pendant cette période a entraîné une hausse des salaires réels de 12% en 1930. Cette tendance s’est poursuivie jusqu’à la dernière partie de 1932. Le taux de chômage en 1929 avait commencé par un faible chiffre mais avait grimpé à 9% en Décembre. Le taux de chômage variait entre 6-8% à travers 1930, mais est monté jusqu’à 14% à la fin de l’année. Durant l’année 1931, le taux de chômage a finalement atteint les 20%, et a culminé en 1932 jusqu’à un quart de la population active.

Il y avait un boom de l’emploi dans les industries du fer et de l’acier entre Juillet 1927 et Juin 1929, et une corrélation positive entre les salaires réels et l’emploi peut être détectée dans ces industries à ce moment là, avec un coefficient de corrélation (R²) de 0,728. Étant donné que ce boom est survenu au moment où la Réserve fédérale s’était engagée dans un taux d’intérêt faible, il est indiqué que ce boom a été induit par le crédit bancaire. Après que le président Hoover ait tenu ses conférences à la Maison Blanche en 1929, les salaires réels pour les travailleurs du fer et de l’acier ont augmenté et l’emploi a diminué, et il y avait une corrélation négative entre les salaires réels et l’emploi dans ces industries entre Décembre 1929 et Août 1931 (R² = 0,823).

En revanche, entre Octobre 1929 et Août 1931, l’emploi pour le fer et l’acier a chuté de plus de 50% tandis que les salaires réels sur l’indice NICB sont passés de 109,3 à un niveau record de 126. Les salaires réels sont restés élevés en 1932 malgré une diminution globale de l’emploi dans cette industrie de plus de 70%.
D’autres industries ont connu un boom jusqu’en 1929 ainsi que des salaires réels et pertes d’emplois plus élevés après les conférences de Hoover. L’industrie de la fonderie et de l’équipement lourd a vu l’emploi et les salaires réels augmenter entre la fin de 1927 et mi 1929, avec une corrélation modérée mais positive (R² = 0,495). Après les conférences de Hoover, les salaires nominaux ont augmenté et l’emploi a diminué (corrélation négative : R² = 0,652).

Entre Décembre 1929 et Janvier 1933, les salaires réels dans l’industrie des machines-outils ont augmenté et l’emploi a chuté, avec une très forte corrélation (R² = 0,887). Ces données s’étendent évidemment au-delà de la présidence de Hoover. La plupart des pertes d’emploi et des augmentations salariales ont eu lieu entre les conférences de Hoover et l’Eté 1932 (durant la campagne pour la réélection de Hoover), et il y avait une forte corrélation négative entre les salaires et l’emploi durant cette période (R² = 0,860).

L’indice du National Industrial Conference Board pour les salaires réels concernant les travailleurs automobiles a augmenté de 108,2 en Décembre 1929 à 125,5 en mai 1932. Cette hausse des salaires réels a entraîné une réduction de l’indice de l’emploi automobile de près de 60 points. Il y a une corrélation négative dans l’ensemble, mais la corrélation statistique est faible (R² = 0,422). Les salaires nominaux ont une plus forte corrélation avec l’emploi automobile (R² = 0,600) tout simplement parce que Henry Ford a non seulement assisté aux conférences de Hoover, mais il était aussi un ardent défenseur de la théorie des salaires élevés. Son influence peut fournir une explication partielle de l’importance des salaires nominaux dans cette industrie.

Durant la première moitié de 1929, les salaires nominaux pour l’automobile ont diminué de 2% par rapport aux niveaux de 1928. Au cours de la seconde moitié de 1929, les salaires ont encore baissé (de 11%) et l’emploi a augmenté de 5%. Il apparaît donc que les salaires étaient flexibles à l’approche des conférences de Hoover. L’emploi dans l’industrie automobile a chuté de 25% en 1930, au cours de laquelle les salaires au temps pour les travailleurs automobiles ont chuté de 3% seulement. Une légère baisse du niveau des prix en 1930 signifiait que les salaires (réels) des travailleurs automobiles demeuraient pratiquement inchangés. Il semblerait que l’industrie ait suivi les instructions de Hoover en essayant de maintenir les salaires nominaux. Puisque le chômage global a augmenté d’environ dix points de pourcentage durant cette période, il est clair que l’industrie automobile représentait une part disproportionnée de l’augmentation nationale du chômage.

Les salaires nominaux automobiles ont en fait augmenté de 1% en 1931. Avec 9% de déflation au cours de cette année, les salaires réels ont augmenté de 10% et l’emploi a chuté de plus de trois points, à 28% sous son pic de 1929. Les salaires nominaux dans l’industrie automobile ont augmenté par 8% supplémentaires en 1932. Une déflation supplémentaire de 10,5% durant cette année a poussé les salaires réels de 30%. L’emploi a ensuite chuté de 17 points, à 55% de son pic de 1929. Cette baisse drastique de l’emploi dépasse largement ce que nous devrions attendre de l’augmentation de 6% du taux de chômage national durant l’année 1932.

L’emploi dans l’industrie des machines-outils a augmenté de 20% en 1929, tandis que les salaires nominaux ont augmenté de 2% en 1930. La déflation a provoqué une hausse des salaires réels de 4%; et l’emploi a chuté de 17%. En 1931, les salaires nominaux ont baissé de 1% de leur pic de 1929, mais les salaires réels ont augmenté de 8% et l’emploi a chuté de plus de 21 points, soit une baisse totale de 38%. Les salaires nominaux ont baissé de 9% en 1932, mais une déflation de 11,5% a plus que compensé cette baisse des salaires, et l’emploi a chuté de nouveau (17%) pour un déclin total de 55% sur 3 ans.

Cette perte de 55% a dépassé les pertes d’emplois de l’industrie automobile, malgré une baisse des salaires de l’atelier d’usinage par rapport aux salaires automobiles. L’augmentation rapide de l’emploi des machines-outils en 1929 est compatible avec le boom induit par le crédit. L’effondrement ultérieur de l’emploi dans l’industrie des machines-outils s’intègre également avec l’idée d’un boom insoutenable induit par le crédit. L’abandon des projets d’investissement durant un bust devrait entraîner des pertes d’emploi disproportionnés dans les industries des biens d’équipement.

Les salaires nominaux de l’industrie du fer et de l’acier ont été stables en 1929, et l’emploi a augmenté de 6%. En 1930, les salaires nominaux ont chuté de 1% et les salaires réels ont augmenté de 1,5%, tandis que l’emploi a diminué de 13% depuis son pic de 1929. En 1931, les salaires réels ont augmenté de 7,5% et l’emploi a chuté à 68% de son pic. En 1932, les salaires réels sont tombés à 4% de leur pic, mais l’emploi a chuté encore de 16 points, à 52% de son pic.

L’industrie du cuir a connu moins de rigidité salariale et moins de pertes d’emplois. En 1929, il y avait une augmentation de 1% de l’emploi mais pas de changement dans les salaires. En 1930, les salaires nominaux ont baissé de 1%, et les salaires réels ont augmenté de 1,5%. En 1931, les salaires nominaux furent de 8% en dessous de leur pic de 1929, mais après ajustement pour la déflation, les salaires réels étaient encore 2% au-dessus de leur niveau de 1929. L’emploi a chuté de 17% de son pic, beaucoup moins que dans les industries lourdes sur lesquelles Hoover avait tellement porté son attention. En 1932, les salaires nominaux sont tombés à 22% de leur pic antérieur, mais cette baisse a été presque entièrement compensée par la déflation.

Dans l’industrie de la viande, les salaires nominaux ont légèrement diminué en 1929 et l’emploi a augmenté de 2%. En 1930, les salaires réels ont augmenté de 2,5% et l’emploi a diminué de 4%. En 1931, les salaires réels ont augmenté de 8% au-dessus de leur pic, et l’emploi a chuté à 10% de son pic. En 1932, les salaires réels étaient 6% moins que le pic, et l’emploi a chuté de 20%.

L’industrie du papier a affiché une diminution du salaire nominale de 2% et une augmentation de l’emploi de 6% en 1929. Les salaires ont baissé de 2% en 1930 et la déflation a provoqué une légère augmentation des salaires réels, mais l’emploi dans cette industrie a en fait augmenté de 3%. En 1931, la déflation a poussé les salaires réels à 7% au-dessus du niveau de 1928, et l’emploi a perdu tous ses gains précédents, baissant de 8% sous son pic. En 1932, la déflation a poussé les salaires réels de 3% au-dessus de leur pic, et l’emploi a diminué de 19% de son pic.

Une objection commune contre la flexibilité à la baisse des salaires nominaux est la résistance des salariés aux baisses de salaires. Les économistes néoclassiques (comme O’Brien) ajoutent qu’ils perdraient en motivation (et donc en productivité) à mesure que leur revenu réel s’effrite. Mais cette théorie du salaire d’efficience échoue sur le papier. Si les salariés résistent aux coupes de salaires, l’augmentation du nombre de chômeurs désireux de travailler à n’importe quel prix pour subvenir à leurs besoins les plus primaires forcera les salaires nominaux à la baisse.

Même en l’absence totale d’indices des prix officiels, les travailleurs devraient toujours être en mesure de reconnaître la déflation car celle-ci affecte les marchandises qu’ils achètent sur une base régulière. Même si les travailleurs ignorent les prix lorsqu’ils s’engagent dans des achats courants de produits de base, ils remarqueraient immanquablement une accumulatoin du montant de plus en plus élevé de leur budget, en excès de leurs achats, à mesure que leurs salaires réels augmenteraient. Les travailleurs à l’époque de la Dépression ne pouvaient pas être tellement ignorants des prix pour aller jusqu’à penser que les réductions de salaires nominaux réduiraient leur revenu réel.

O’Brien (“A Behavioral Explanation for Nominal Wage Rigidity during the Great Depression”) néglige la forte possibilité que les dirigeants industriels ont adopté la politique de Hoover par peur des représailles du Président, plutôt que par conviction. Ensuite, O’Brien doit expliquer pourquoi les pertes d’emploi ont tendance à être plus élevées dans les industries dont les dirigeants ont assisté aux conférences de Hoover.

O’Brien affirme spécifiquement que la croyance en la théorie “haut salaire-forte demande” était une pratique courante. Il est très peu probable qu’un PDG d’une entreprise d’un fort profile ou qu’un président d’une association commerciale majeure contredirait publiquement avec un Président assis, en particulier pendant la première partie de son mandat. O’Brien fait remarquer que les salaires ont rompu à l’automne 1931 parce que les entreprises peuvent avoir estimé que les réductions de salaire ne seraient pas une nuisance à la productivité. Après tout, la hausse du chômage avait conduit à une diminution de la probabilité de trouver un autre emploi. Cependant, la baisse simultanée des salaires et de l’influence de Hoover en tant que président n’est probablement pas une coïncidence.

Les dirigeants industriels qui ont assisté aux conférences de Hoover à la Maison Blanche avaient tendance à maintenir des salaires élevés de leurs employés jusqu’à sa défaite à l’élection de 1932. Ces industries affichent des pertes d’emplois au-dessus de la moyenne, tandis que les industries qui n’ont pas assisté aux conférences de Hoover affichent des pertes d’emplois en dessous de la moyenne. Telles sont les conclusions de Douglas W. MacKenzie.

[…]

Mais Daniel Peter Kuehn ne semble pas s’accorder sur les affirmations de MacKenzie.

MacKenzie cite la Railway Labor Act de 1926 comme un exemple de l’autorité de Hoover, en dépit du fait que l’acte remédiait aux excès du précédent Railway Labor Board, ce qui rend l’intervention fédérale moins probable. En 1921, le Railway Labor Board et les principaux chemins de fer ont mis en oeuvre une réduction de 12% des salaires. En réponse, les travailleurs du chemin de fer ont menacé de faire une grève nationale, introduisant des interruptions majeures d’approvisionnement et incitant le département de la Justice à intervenir et interdire la grève.

La Railway Labor Act de 1926 représentait une tentative pour éviter cette interaction perturbatrice de l’austérité d’entreprise, des conflits de travail, et des interventions fédérales sévères en exigeant des chemins de fer et du syndicat d’épuiser une série de procédures de médiation avant de procéder à une grève. Certes, la loi était interventionniste en tant que morceau de la législation des relations du travail, mais l’idée qu’elle pourrait fonctionner comme un outil, pour Hoover, à mettre en œuvre des politiques fédérales des salaires n’est pas plausible. La Railway Labor Act de 1926 a réduit la probabilité de l’autorité fédérale de politiques salariales, même si elle a formalisé un modèle particulier pour la conduite des relations de travail.

Une autre controverse, la rareté des données fédérales qui est illustrée en couleur dans une anecdote partagée par Frances Perkins (commissaire industriel gouverneur Roosevelt à New York, et le futur Secrétaire du Travail dans l’administration Roosevelt). Les statistiques préférées de l’emploi par Hoover en 1930 ont été extrapolées à partir des données du U.S. Employment Service (un job d’agence de placement à l’ère de la Première Guerre mondiale), et en 1930 le président a fait une annonce dans la presse sur les conditions améliorées de l’emploi sur la base des rapports du Service de l’Emploi.
Le commissaire Perkins, qui avait accès à des données de meilleure qualité depuis New York contredisant les affirmations du président, a confirmé ses chiffres avec le Bureau of Labor Statistics de Hoover avant d’humilier publiquement Hoover en annonçant qu’il se fondait sur des données inexactes. Duncan et Shelton (1978) notent que la crédibilité de l’administration sur les questions de l’emploi ne s’est jamais remise des révélations de Perkins.
Les données de Hoover sur l’emploi pendant la période post-conférence ont donc été largement considérées comme suspectes, bien qu’elles étaient au moins disponibles dans certaines conditions cohérentes.
Par ailleurs, les données sur les salaires et les échelles salariales n’étaient pas aussi avancées que les données sur l’emploi. Les données disponibles sur les salaires n’ont certainement pas été assez enquêtées pour être utilisées à surveiller les participants à la conférence de la façon dont MacKenzie estime qu’elles étaient. Des données complètes sur les salaires, au niveau des entreprises, ne sont devenues à la disposition du gouvernement fédéral qu’avec l’inauguration de la taxe fédérale de chômage en 1935, et il semble très douteux que ces données auraient été utilisées pour intimider les entreprises.

Mais un autre problème avec l’argument de MacKenzie est que Hoover a systématiquement noté trois activités dont il estimait que les entreprises devraient volontairement prendre part à au cours d’une dépression : maintenir les salaires, maintenir l’emploi, et maintenir les investissements.
Kuehn se demande. Si nous acceptons ainsi l’argument selon lequel le maintien du salaire a été mis en œuvre avec succès, pourquoi Hoover est resté les bras croisés alors que ses deux autres objectifs ont failli, trimestre après trimestre, pendant la durée de son mandat?
Si Hoover avait la capacité de maintenir des salaires élevés, pourquoi s’abstiendrait-il de l’utiliser pour réaliser le reste de ses objectifs? Kuehn suggère que même si ces objectifs s’appliquent à contre-courant, il n’y a aucune raison de penser que Hoover poursuivrait l’un des objectifs à l’exclusion complète des autres. Bernanke (1995) note ce problème en s’appuyant sur l’ajustement insuffisant des salaires pour expliquer ainsi la dépression, en soulignant que les deux parties à un contrat de salaire ont une forte incitation à renégocier (càd, abaisser le salaire), chose qui est inexacte pour les contrats de dette.

Kuehn cite une récente étude de Jonathan Rose “Hoover’s Truce: Wage Rigidity in the Onset of the Great Depression”. Rose compare le temps écoulé jusqu’à ce que les réductions de salaires ont été mises en œuvre pour les entreprises ayant participé le 21 Novembre à la Conférence avec le temps qu’il a fallu pour les grandes entreprises n’ayant pas participé à la mise en œuvre de ces réductions.
Bien qu’il note une légère augmentation dans le temps qu’il a fallu pour mettre en œuvre des réductions de salaires parmi les participants, ce différentiel disparaît lorsque les contrôles sont ajoutés pour l’industrie d’une firme et ses actifs.
Rose conclut que les entreprises ayant des caractéristiques qui les prédisposaient à retarder les réductions de salaires étaient représentées de façon disproportionnée à la conférence de Hoover, de sorte que lorsque ces caractéristiques sont prises en compte, il n’y avait pas de différence perceptible entre les participants et les non-participants.
L’absence de toute preuve d’un impact dû à la conférence est maintenue lorsque les “premiers initiateurs”, ou les entreprises qui coupent les salaires si précocement dans la dépression qu’elles n’auraient pas été influencées par les efforts de Hoover, ont été exclus de l’échantillon.

La recherche suggère que durant les récessions d’après-guerre, les entreprises maintiennent généralement des contrats d’emploi avec des travailleurs à salaires élevés et mettent fin aux contrats avec les travailleurs à bas salaires. Cela fait augmenter les salaires moyens parce que la composition de la main-d’œuvre évolue au cours du cycle des affaires. Pour remédier à ce biais dans les données agrégées, les macroéconomistes se sont tournés vers les données au niveau individuel pour regarder la cyclicité des salaires concernant les individus ou les groupes de travailleurs plus homogènes.

Cette littérature sur la cyclicité du salaire réel dans les données ventilées, pour laquelle Abraham et Haltiwanger (1995) décrivent comme étant “une petite explosion de la recherche”, commence par les travaux de Stockman (1983), Raisian (1983), et Coleman (1984). Ces auteurs utilisent la Panel Study of Income Dynamics (PSID) pour comparer les modèles agrégés et désagrégés d’ajustement des salaires. Des travaux ultérieurs, y compris un article célèbre de Bils, “Real Wages Over the Business Cycle: Evidence From Panel Data” (1985), utilisent les National Longitudinal Surveys (NLS) pour explorer la cyclicité des salaires ventilés. Après Bils (1985), la plupart des études de cyclicité des salaires réels a utilisé un de ces deux ensembles de données : la PSID ou la NLS. Des exemples de la littérature après Bils (1985) incluent Mather (1987), Keane, Moffit, et Runkle (1988), Blank (1990), Tremblay (1990), Beaudry et DiNardo (1991) Solon, Barksy, et Parker (1994), et Shin (1994), bien que cette liste n’est pas exhaustive.
Contrairement aux études utilisant des données agrégées, la recherche qui s’appuie sur des données ventilées suggère une modeste pro-cyclicité des salaires réels. Dit autrement, les études ventilées démontrent que l’agrégation introduit un biais contra-cyclique provoqué principalement par les changements dans la composition de la main-d’œuvre au cours du cycle d’affaires. Les études qui utilisent les données PSID trouvent généralement un plus grand degré de biais d’agrégation que les études utilisant des données NLS. D’autres différences existent aussi; Shin et Solon (2007) constatent que les données du PSID suggèrent que les salaires des travailleurs salariés sont moins cycliques que les salaires des travailleurs horaires, alors que cette différence ne ressort pas dans les données NLS.

Les études classiques du PSID et NLS constituent l’épine dorsale de la littérature sur la cyclicité des salaires réels ventilés, mais d’autres enquêtes ont été menées également. Levy et Newman (1989) trouvent que le biais de la composition impacte la cyclicité du salaire agrégé dans les économies en développement également. Messine, Strozzi, et Turunen (2009) fournissent une preuve du biais de composition dans les statistiques agrégées dans de nombreux pays de l’OCDE en dehors des États-Unis. Martins, Solon, et Thomas (2010) examinent spécifiquement la cyclicité des salaires des travailleurs nouvellement embauchés. Ils notent la fiabilité de la recherche récente et des modèles d’appariement sur la rigidité des salaires des travailleurs nouvellement embauchés, et démontrent que même cette sous-population montre une cyclicité des salaires lorsque les données sont ventilées.

[…]

Vedder et Gallaway, les auteurs de “Out of Work”, répondent aux remarques de Daniel Kuehn dans un papier qui suit immédiatement le sien.

Kuehn cite des études utilisant plus de données ventilées montrant une pro-cyclicité des salaires, ce qui signifie dans ce contexte que les taux de salaire chuteraient avec la dégradation des conditions économiques. Il est fait état que les changements de composition de la population active ne sont pas pris en charge dans les données agrégées.
Plus précisément, les entreprises licencient, se débarrassent des juniors (moins bien rémunérés), pour maintenir une rémunération moyenne pour la force de travail (ainsi diminuée) alors même que la masse salariale totale et les taux de rémunération horaire sont réduits. L’échec des salaires agrégés de chuter agressivement durant le début de la Dépression, opine l’auteur, reflète sans aucun doute ce phénomène.

Plusieurs problèmes sont à relever. Toutes les études démontrant la nature pro-cyclique des salaires proviennent de ces ensembles de données modernes comme le Panel Study of Income Dynamics (PSID) ou la National Longitudinal Survey (NLS). Toutes ces études traitent des marchés du travail de l’après Seconde Guerre mondiale.
Il y avait une révolution dans les marchés du travail entre les années 1930 et le début des années 1960 (ou même au début des années 1940). En 1930 et 1931, les syndicats étaient faibles et essentiellement pas ou peu important dans les vastes industries de la production de masse comme l’acier et l’automobile. C’est avant le Wagner Act de 1935 ou même les caractéristiques d’amélioration de salaire du National Industrial Recovery Act (NIRA) de 1933.

Les syndicats, cependant, sont extrêmement importants dans l’industrie lorsque les données du PSID et NLS ont commencé à être recueillies. La notion de “dernier embauché, premier congédié” incorporée dans les conventions collectives était presque certainement nettement moins répandue en 1930 ou 1931, par exemple. En effet, on peut voir la possibilité que les employeurs en 1930 ou 1931 se séparant des travailleurs vont congédier de façon disproportionnée les travailleurs mieux payés afin de réduire de façon plus agressive les coûts de main-d’œuvre.
Si c’est le cas, le biais d’agrégation fonctionne dans l’autre sens, et la composition changeante de la main-d’œuvre conduirait à des réductions des salaires moyens agrégés déclarés, et non à des augmentations. Mais qui sait ? L’auteur n’a aucune preuve à ce sujet, et il spécule simplement que le monde en 1930 n’était pas très différent du monde en 1970 ou 1980 (par exemple) en ce qui concerne ce phénomène. Fonder un argument basé sur d’autres recherches pour une période éloignée de celle en question est pour ainsi dire très douteux.

Mais il y a trois autres formes d’une preuve circonstancielle qui étaye l’idée que la rigidité des salaires a existé non seulement après l’automne 1929, mais qu’elle était unique par rapport aux autres ralentissements économiques.

Premièrement, beaucoup d’économistes contemporains ont commenté la rigidité des salaires. Par exemple, l’économiste britannique Carter Goodrich (1931, p. 187) a dit : “jusqu’ici … le patient ne semble pas avoir avalé le médicament prescrit [réductions de salaire].” L’emblématique économiste Joseph Schumpeter (1931, p. 180) a noté que la dépression “est beaucoup plus intensifiée par ce facteur” (salaires élevés), un point soulevé par d’autres dans des lieux différents, y compris Robbins (1934).

Deuxièmement, s’il y avait un changement significatif de la composition de travailleurs âgés à mesure que les nouveaux travailleurs ont été congédiés, on s’attendrait à ce que les données agrégées montreraient une hausse de la productivité du travail si l’on suppose raisonnablement que ces travailleurs âgés plus rémunérés étaient mieux payés en raison de leur plus grande productivité du fait de leur expérience, compétences, etc.
Ce bond de productivité ou même la stabilité de la productivité, cependant, n’a même pas eu lieu : Vedder et Gallaway estiment que la productivité a diminué de 5,7% du quatrième trimestre 1929 au quatrième trimestre 1930. Si le biais d’agrégation a impacté la véritable interprétation des salaires, il aurait également eu un impact sur la productivité que les données ne prennent pas en charge. Dans un sens, ce qui est essentiel n’est pas le taux de salaire réel, mais le taux de salaire réel ajusté pour le changement de productivité.

Troisièmement, il n’y a absolument aucun doute que certaines politiques gouvernementales ont eu un impact dramatique sur l’augmentation des salaires au milieu de la Grande Dépression et le prolongement de sa durée. L’augmentation gigantesque des salaires horaires de Juin à Décembre 1933, par exemple, n’est certainement pas un reflet de “biais d’agrégation” mais plutôt des effets des salaires minimums implicites applicables en vertu du National Labor Recovery Act (les salaires dans les industries majeures ont augmenté de quelque chose dans l’ordre de 20%). De même, les importantes augmentations salariales (à deux chiffres) en 1937 étaient le reflet de l’impact retardé du Wagner Act, en particulier après une décision de justice qui rend la loi constitutionnelle.

Qu’il suffit de dire qu’en regardant le comportement des salaires de ces entreprises qui ont assisté à la conférence du président pour l’emploi, disons, de 21 Novembre 1929, par opposition aux entreprises qui n’y ont pas assisté, semble être une approche très douteuse, d’autant plus que personne, semble-t-il, n’a jamais prétendu que l’impact de Hoover était uniquement concentré sur le petit nombre de dirigeants industriels dans la salle de conférence – les exhortations de Hoover et les rapports de la conférence étaient bien connus de tout le monde, depuis qu’ils ont fait les premières pages des grands journaux.

Vedder et Gallaway donnent leur interprétation de l’expérience de la Grande Dépression, déjà élaborée dans “Out of Work: Unem­ployment and Government in Twentieth-Century America” et “The Fraud of Macro­economic Stabilization Policy”. Ils démontrent que tous les grands paradigmes macroéconomiques ont en commun la relation suivante :

(1) E = f(W/(P, O)

… où E désigne l’emploi, W représente le niveau du salaire nominal, O indique une mesure de la productivité par unité de main-d’œuvre, et P désigne le niveau général des prix. Cette formulation englobe la réelle coordination, ou discoordination, entre tous les éléments pertinents pour les marchés du travail.
Une brève description de l’un des ensembles de données primaires qu’ils ont recueilli pour Out of Work est illustrative. Elle commence avec le premier trimestre de 1959 et conclut avec le deuxième trimestre de 1996, une période de 150 trimestres. Toutes les données sont exprimées sous forme de numéro d’index avec l’année 1992 = 100. Bien que les sous-composants (W, P, et O) varient considérablement au fil du temps, le taux du salaire réel (à productivité ajustée) a une valeur maximale de 104.14 (en 1980.2) et un minimum de 96.24 (en 1965.4). Fondamentalement, le taux du salaire réel (à productivité ajustée) constitue des séries temporelles stationnaires avec une plage de variation de 4% de plus ou de moins.
Durant la Grande Dépression, les variations étaient un peu plus grande, mais la plupart des changements dans une variable clé était considérablement (mais pas entièrement) compensée par des mouvements dans une autre. Par exemple, à mesure que la productivité a baissé, les salaires nominaux ont tendance à se déplacer vers le bas (mais pas assez – créant ainsi une hausse massive du chômage).

Le taux de salaire réel (à productivité ajustée) est le produit d’un ensemble d’interactions systématiques entre le niveau des prix, les taux de salaires nominaux, et la productivité du travail. Ce qui est implicite ici est que le taux de salaire réel et la productivité du travail bougent près de lock-étape. Seulement “près de” lock-étape. Il existe des divergences, et ces divergences sont capables de générer des cycles économiques dans l’économie américaine.

Plus important encore est la signification du taux de salaire réel (à productivité ajustée) pour les détails de ce débat. Cela vicie largement la critique du biais d’agrégation. Il va de soi que si les employeurs rejettent les travailleurs à bas salaires nominaux une première fois lors d’un ralentissement conjoncturel, ces travailleurs seront également des individus à faible productivité. Bien que cela puisse ne pas être une parfaite coordination, même une approximative permettra d’alléger considérablement tout biais d’agrégation, ce qui fait du taux de salaire réel (à productivité ajustée) une approximation assez précise de la relation entre le taux de salaire réel et la productivité.

La critique de Jonathan Rose traite du taux des salaires nominaux dans l’isolement. Mais ce qui est réellement important est le comportement des taux de salaires nominaux par rapport aux niveaux généraux de prix et à la productivité du travail. Dans un tel contexte, Vedder et Gallaway ont effectué un test statistique spécifique (1997, pp 95-96) de la doctrine des hauts salaires de Hoover.
Ce qu’ils ont fait est d’utiliser les données annuelles pour les années 1901-1929 décrivant les niveaux de salaires nominaux, de prix, et de productivité pour estimer une fonction expliquant les taux de salaires nominaux, avec les prix et la productivité comme étant les principales variables indépendantes expliquant les mouvements des taux de salaires nominaux. Ils notent que tous biais d’agrégation dans les variables du salaire nominal et de la productivité devraient être d’une magnitude à peu près similaire et donc n’affecteront que le terme constant dans toute régression linéaire. En plus de ces variables indépendantes, étant donné l’importance de l’immigration à cette époque et l’adoption du Smoot-Hawley Tariff en 1930, ils ont aussi inclus des variables indépendantes mesurant la quantité de l’immigration et le niveau des droits de douanes dans la fonction de salaire nominal. La relation complète estimée est :

(2)     WAGES = – 3.486 + 0.225•CPI + 0.145•PRDTY
.                           (20.485)    (16.650)          (13.797)
.                            – 0.008•TARIFF – 0.014•IMM/POP
.                                     (2.614)               (0.224)
.         R² =.9964, D-W:1.978, F-stat.:1585.358

… où WAGES est une mesure du salaire horaire, CPI représente l’indice des prix à la consommation, PRDTY indique la productivité horaire du travail, TARIFF représente le droit de douane en pourcentage perçu sur les biens durables, et IMM/POP est l’immigration en tant que proportion de la population. Les valeurs entre parenthèses sous les coefficients sont les t-statistiques.

Vedder et Gallaway ont ensuite utilisé les valeurs de 1930 et 1931 des variables indépendantes pour calculer le niveau des taux de salaires nominaux qui seraient susceptibles de se produire dans ces années. Elles ont été ensuite comparés aux valeurs réelles des taux de salaires nominaux. Les résultats sont frappants. En 1930, les niveaux réels des salaires nominaux ont dépassé ce qui est attendu par 8,3%. En 1931, l’excédent est de 10,5%. Entre les quatrièmes trimestres de 1929 et 1930, les niveaux de salaires nominaux ont baissé de seulement 1,7%. Dans le même temps, les prix ont baissé de 7% et la productivité du travail a chuté de 5,7%. En conséquence, le taux de salaire réel (à productivité ajustée) a augmenté de 12% et le taux de chômage estimé a éclaté à 10,7%.

Quatre trimestres plus tard, à la fin de 1931, les salaires nominaux ont été de 7,9% en dessous de leur niveau de 1929 (quatrième trimestre). Cependant, les prix sont maintenant 16,6% moins qu’en 1929.4 et la productivité du travail a diminué de 7,5%. Et pour le salaire réel à productivité ajustée ? Jusqu’à 19,3% sur 1929.4. Et le taux de chômage ? 18,4%.

Le scénario le plus probable est que Hoover ait réussi à mettre en œuvre la “doctrine des hauts salaires”. Exactement ce que de nombreux observateurs contemporains opinaient.

Sources :
Industrial Employment and the Policies of Herbert C. Hoover
Hoover and Wages in the Depression: A Comment on Douglas MacKenzie
Hoover and Wages in the Depression: A Comment on Douglas MacKenzie: A Rejoinder

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