Why night owls are more intelligent

Benjamin Franklin a dit un jour : “Se coucher tôt, se lever tôt fait un homme sain, riche et sage”. Mais il semblerait que cette assertion ne soit pas vérifiée par la preuve scientifique.

Satoshi Kanazawa & Kaja Perina, Why night owls are more intelligent, Personality and Individual Differences 47 (2009) 685–690.

L’origine des valeurs et des préférences constitue un problème théorique non résolu en sciences sociales et comportementales. L’hypothèse de l’interaction “Savanna-IQ” suggère que les individus les plus intelligents sont plus susceptibles d’acquérir et d’adopter des valeurs et des préférences évolutives nouvelles, inédites, que les individus moins intelligents. Mais l’intelligence générale n’a aucun effet sur l’acquisition et l’adoption des valeurs et préférences évolutives familières. Les individus peuvent souvent choisir leurs valeurs et leurs préférences, même en dépit d’une prédisposition génétique.
Un exemple d’un tel choix en vertu d’une contrainte génétique, ce sont les rythmes circadiens. Une enquête sur les ethnographies des sociétés traditionnelles suggère que les activités nocturnes étaient probablement rares dans l’environnement ancestral, alors l’hypothèse prédirait que les individus plus intelligents sont plus susceptibles d’être nocturnes que les individus moins intelligents. L’analyse du National Longitudinal Study of Adolescent Health (Add Health) confirme la prédiction.

Les récents développements théoriques en psychologie évolutionniste peuvent suggérer une explication possible. D’abord, la psychologie évolutionniste (Crawford, 1993; Symons, 1990; Tooby & Cosmides, 1990) postule que le cerveau humain, comme n’importe quel autre organe de toutes autres espèces, est conçu et adapté pour les conditions de l’environnement ancestral (grossièrement, la savane africaine au cours du Pléistocène) mais pas nécessairement à l’environnement actuel. Il peut donc subsister des difficultés à comprendre et à traiter avec des entités et des situations qui n’existaient pas dans l’environnement ancestral (Kanazawa, “Bowling with our imaginary friends” et “The Savanna Principle”).
Ensuite, une théorie de l’évolution psychologique de l’évolution de l’intelligence générale propose que l’intelligence générale peut avoir évolué comme une adaptation spécifique à un domaine pour résoudre des problèmes évolutifs nouveaux et inédits pour lesquels il n’existe pas d’adaptations psychologiques prédéfinies (Kanazawa, “General intelligence as a domain-specific adaptation” et “Temperature and evolutionary novelty as forces behind the evolution of general intelligence”).

Pratiquement toutes les espèces dans la nature, des organismes unicellulaires aux mammifères, y compris les humains, présentent un cycle quotidien d’activité appelé rythme circadien. “Ce système de chronométrage, ou horloge biologique, permet à l’organisme d’anticiper et de se préparer aux changements dans l’environnement physique qui sont associés avec le jour et la nuit, assurant ainsi que l’organisme fera la bonne chose au bon moment de la journée” (Vitaterna, Takahashi, & Turek, 2001, p. 85). Le rythme circadien chez les mammifères est régi par deux groupes de cellules nerveuses appelées les noyaux suprachiasmatiques (SCN) dans l’hypothalamus antérieur (Klein, Moore, & Reppert, 1991).
Les généticiens ont désormais identifié un ensemble de gènes qui régulent le SCN et donc le rythme circadien chez les mammifères (King & Takahashi, 2000). Une étude de jumeaux sur le comportement génétique en Corée du Sud (n = 977 paires) montre que l’héritabilité en “morningness-eveningness” s’élève à 45% et que l’environnement non partagé compte pour 55% de la variance (Hur, 2007). L’environnement partagé n’explique ainsi aucune de cette variance. En d’autres termes, l’influence de l’éducation parentale est quasi-nulle.

“Pour la plupart des animaux, l’horaire de sommeil et d’éveil sous les conditions naturelles est en synchronie avec le contrôle du rythme circadien du cycle du sommeil et de tous les autres rythmes circadiens-contrôlés. Les êtres humains, cependant, ont la capacité unique d’outrepasser cognitivement leur horloge biologique interne et leurs productions rythmiques” (Vitaterna et al., 2001, p. 90).

Bien qu’il existe des différences individuelles dans le rythme circadien, où certaines personnes sont plus nocturnes que d’autres, les humains sont fondamentalement une espèce diurne (par opposition à nocturne). Les êtres humains comptent énormément sur la vision pour la navigation, mais contrairement aux autres espèces véritablement nocturnes, ils ne peuvent pas voir dans l’obscurité avec trop peu d’éclairage, et nos ancêtres n’ont pas eu d’éclairage artificiel pendant la nuit, du moins jusqu’à la domestication du feu. Tout être humain dans l’environnement ancestral éveillé, et se tenant debout, durant la nuit s’exposerait au risque de prédation par les prédateurs nocturnes. Il est donc raisonnable de supposer que nos ancêtres se lèverent à l’aube et se couchèrent au crépuscule, pour profiter pleinement de la lumière naturelle fournie par le soleil, et la “vie nocturne” (càd, les activités soutenues et organisées la nuit après le crépuscule ) est donc susceptible d’être évolutivement inédite et dangereuse.

Afin de déterminer la mesure dans laquelle nos ancêtres auraient pu s’engager dans des activités nocturnes, les chercheurs ont consulté les dossiers ethnographiques des sociétés traditionnelles à travers le monde. Dans le recueil “The Encyclopedia of World Cultures” en 10 volumes (Levinson, 1991-1995) qui décrit longuement toutes les cultures humaines connues par l’anthropologie, il n’y avait aucune mention des activités nocturnes dans n’importe quelle culture traditionnelle. Il n’y avait pas d’entrées d’index pour “nocturnal”, “night”, “evening”, “dark(ness)”, et “all-night”. Les quelques références à la lune sont toutes religieuses : “moon deity”, “Mother Moon (deity)”, et “moon worship”.
La seule exception est “night courting”, qui est une coutume socialement approuvée du sexe avant le mariage observée chez les danois et finlandais, qui sont des cultures entièrement occidentales très éloignées de l’environnement ancestral.

Les chercheurs ont également consulté de larges ethnographies des sociétés traditionnelles à travers le monde. Beaucoup de ces ethnographies contiennent une section où les auteurs décrivent ce qui se passe habituellement et ce que font les gens régulièrement dans une journée typique dans la société tribale à l’étude.
Ces dossiers ethnographiques détaillés montrent que, pour les gens dans ces sociétés traditionnelles, le jour commence peu avant le lever du soleil, et se termine peu après le coucher du soleil. Les seules activités routinières effectuées après la nuit sont des conversations entre personnes et des visites les uns les autres, avant d’aller dormir.

“Daily activities begin early in a Yanomamö village” (Chagnon, 1992, p. 129).
“The day begins about 6 a.m., when the sun is about to rise” (Cronk, 2004, p. 88).
“Despite the inevitable last-minute visiting, things are usually quiet in the village by the time it is dark” (Chagnon, 1992, p. 132).
“Most evenings are spent quietly chatting with family members indoors. If the moon is full then it is possible to see almost as well as during the day, and people take advantage of the light by staying up late and socializing a great deal” (Cronk, 2004, p. 93).
“After cooking and consuming food, evening is often the time of singing and joking. Eventually band members drift off to sleep, with one or two nuclear families around each fire” (Hill & Hurtado, 1996, p. 65).

La preuve ethnographique des sociétés traditionnelles suggère donc que nos ancêtres avaient probablement eu un mode de vie largement diurne, et des activités nocturnes soutenues et routinières peuvent être évolutivement inédites. L’hypothèse de l’interaction “Savanna-IQ” prédirait que les individus les plus intelligents sont plus susceptibles de se lever plus tard le matin et d’aller au lit plus tard dans la nuit que les individus moins intelligents. Jusqu’à présent, une seule étude a examiné l’association entre l’intelligence et le rythme circadien.
Roberts et Kyllonen (1999) constatent que, dans un petit échantillon de recrues des United States Air Force (n = 420), les noctambules sont beaucoup plus intelligents que ceux qui ne le sont pas.

Kanazawa et Perina utilisent un échantillon de 20 745 adolescents interrogés à leur domicile en 1994-1995 (Wave I). Puis de nouveau en 1996 (Wave II, n = 14 738). En 2001-2002, 15 197 des répondants de la Wave I originale, alors âgés de 18-28 ans, ont été interviewés à leur domicile. L’échantillon est constitué des répondants de cette Wave III.

Pour cette étude, de nombreuses variables ont été contrôlées : l’âge, le sexe, la race, l’état matrimonial, le statut parental, l’éducation, le revenu, et la religion.
Et puisque nombre d’études montrent que les élèves sont plus susceptibles d’être nocturnes que des individus comparables ayant un emploi à temps plein (Mecacci & Zani, 1983), les chercheurs vérifient si le répondant est étudiant ou non. Enfin, parce que les exigences de travail peuvent influer sur les habitudes de sommeil, les chercheurs contrôlent le nombre d’heures auquel le répondant travaille généralement dans une semaine.

Sur la Figure ci-dessous, les légendes “Very dull” (IQ < 75); “Dull” (75 < IQ < 90); “Normal” (90 < IQ < 110); “Bright” (110 < IQ < 125); et “Very bright” (IQ > 125) correspondent à une gamme de QI.

Why night owls are more intelligent - (Figure 1)

Le panneau (a) montre qu’il existe une association monotone entre le QI et l’heure à laquelle les répondants de l’Add Health vont au lit les soirs de semaine. Les “Very dull” vont au lit vers 23:41 en moyenne, les “Dull” vers 00:03, les “Normal” vers 00:10, les “Bright” vers 00:21, et les “Very Bright” vers 00:29.
Le panneau (b) montre que même si les individus, quel que soit leur QI, vont au lit à peu près une heure plus tard le week-end qu’ils ne le font les soirs de semaine, il existe encore une association monotone entre le QI et l’heure à laquelle les répondants de l’Add Health vont au lit le week-end.
Le panneau (c) montre qu’il existe une association monotone entre le QI et l’heure à laquelle les répondants se réveillent le matin de la semaine.
Le panneau (d) montre que même si les individus, quel que soit leur QI, se réveillent à peu près trois heures plus tard le week-end qu’ils ne le font les jours de semaine, il existe encore une association monotone entre le QI et l’heure à laquelle les répondants se réveillent le matin du week-end.

Why night owls are more intelligent (Table 1)

La Table 1 présente les résultats des analyses de régression OLS sur les rythmes circadiens des répondants Add Health (la variable dépendante est ici convertie du temps sexagésimal normal de base 60 au temps décimal de base 10). La première colonne montre que, déduction faite de l’âge, du sexe, de la race, de l’état matrimonial, du statut parental, de l’éducation, du revenu, de la religion, du statut d’étudiant et du nombre d’heures travaillées, le QI (mesuré à l’enfance) retarde considérablement l’heure où les répondants vont généralement au lit le soir de la semaine.
Les répondants plus âgés vont au lit plus tôt que les plus jeunes, et les hommes se couchent plus tard que les femmes. Conformément aux attentes, les personnes mariées et les parents se couchent plus tôt. Les chrétiens (catholiques et protestants) se couchent plus tôt, et conformément à une conclusion précédente (Mecacci & Zani, 1983) les étudiants actuels vont au lit plus tard que les non-étudiants. Et comme prévu, les personnes qui ont plus d’heures de travail vont au lit plus tôt. L’intérêt d’avoir contrôlé toutes ces variables pour tester la solidité de l’association QI-nocturnalité était donc parfaitement justifié.

On pourrait suggérer que l’hypothèse d’interaction “Savanna-IQ” peut également impliquer que les individus les plus intelligents ont une plus grande variance dans leur chronobiologie que les individus moins intelligents. Selon les données de l’Add Health, cela ne semble pas être le cas. Le test d’homogénéité des variances montre que les variances sont hétérogènes par gamme de QI (mesuré à l’enfance) pour l’heure d’aller au lit les jours de semaine (statistique de Levene = 14.590, df = 4, 14317, p < .001), l’heure d’aller au lit le week-end (Levene = 15.295, df = 4, 14372, p < .001), et l’heure de se réveiller les jours de semaine (Levene = 3.182, df = 4, 14305, p < .05), mais pas pour l’heure de se réveiller le week-end (Levene = 2.084, df = 4, 14371, p > .05). Toutefois, pour l’heure d’aller au lit le jour de semaine et le week-end, la variance diminue avec l’intelligence (mesurée à l’enfance). Pour l’heure de se réveiller le jour de semaine, il y a une distribution en forme de U inversé, avec la plus grande variance parmi la catégorie “normal” du QI (mesuré à l’enfance).

Finalement, tous ces résultats montrent que le QI mesuré à l’enfance accroit sensiblement la probabilité de devenir un adulte nocturne qui va au lit tard et se lève tard les jours de semaine et les jours du week-end.

Une autre étude menée par Philippe Peigneux (de l’Université de Liège en Belgique) confirme ce résultat : les gens qui se couchent tard et qui se lèvent tard sont plus susceptibles d’être riches et intelligents. Ils affichent un esprit plus vif et une meilleure mémoire. Dans son étude, les lève-tôt ont montré une activité réduite dans les zones du cerveau liées à la durée d’attention, comparés aux noctambules. Et lorsque leur niveau de vigilance a été mesuré, les lève-tôt se sont montrés être plus somnolents et ont tendance à effectuer des tâches plus lentement, par rapport aux noctambules. L’étude a mesuré la partie du cerveau qui est le foyer de l’horloge circadienne principale fonctionnant selon un cycle jour-nuit. La pression de sommeil atténue le signal circadien, et l’activité dans cette zone s’amenuise à mesure que la personne reste éveillée. L’étude conclut que les “night owls” restent éveillés plus longtemps parce qu’ils se sentent moins mentalement fatigués, affichant plus de résistance à la pression du sommeil.