Déterminants de la réussite scolaire : théorie culture seule versus théorie héréditariste

Si certains facteurs de réussite scolaire sont à peu près connus de tous, comme la qualité pédagogique du professeur, la motivation, les fréquentations, le salaire et le niveau d’étude des parents, d’autres facteurs sociaux sont un peu moins discutés. Il s’agit de les passer rapidement en revue avant d’en venir à l’essentiel du sujet que j’apprête à aborder.

Certains économistes comme Piketty et Valdenaire estiment qu’une réduction drastique de la taille des classes dans les zones défavorisées peut produire un effet très bénéfique sur les résultats scolaires. Réduire légèrement la taille de la classe n’a guère d’utilité; il faudrait passer de 20-24 élèves à 10-12 élèves. Ils estiment que l’efficacité du programme se réduit au fur et à mesure que l’on progresse dans les niveaux d’enseignement (chap. 7 p. 91); il faudrait alors cibler cette politique sur les classes primaires (CP, CE1…) en ZEP. La discrimination positive serait plus efficace que la lutte contre la ségrégation pour promouvoir l’égalité des chances. On peut supposer que les enfants ont davantage besoin d’interaction et que la réduction de la taille des classes facilite le rôle du professeur comme intermédiateur et accompagnateur. Cette perspective aurait l’objectif d’empêcher les retards scolaires d’émerger dès l’enfance pour s’accumuler au fil des ans.

Goux et Maurin proposent une thèse intéressante. Les enfants évoluant dans des maisons peu spacieuses redoublent plus souvent et enregistrent un taux d’échec scolaire plus élevé. La raison pourrait provenir du fait que le manque d’intimité et l’excès d’interaction perturbent la concentration. On peut constater ici toute la nocivité des bulles immobilières.

Une hypothèse qui semble rencontrer un certain succès auprès des socialistes est la théorie de l’effet de pairs. L’idée consiste à composer des classes assez hétérogènes avec de bons élèves et des moins bons dans l’espoir que ces derniers soient “émulés” par les élèves intelligents.
Des études menées à Boston (Angrist et Lang) et à Chicago (Lefgren) trouvent que les effets de pairs existent bel et bien, en sachant que les bénéfices sont très modestes.
Angrist et Lang trouvent que les effets du programme Metco en plus d’être modestes sont de courte durée. À noter aussi que la majorité des étudiants Metco sont noirs.
Lars Lefgren, quant à lui, reconnait que le résultat de ces recherches diverge avec celui de certains de ces homologues même s’il converge avec celui d’autres chercheurs. Pourquoi ces résultats présentent des asymétries ? Est-ce dû à l’échantillon ? Ou à la méthodologie ? Dans tous les cas, les auteurs semblent s’accorder sur le fait que certaines conditions sont nécessaires pour optimiser les effets de pairs. Lefgren estime que les effets de pairs peuvent être renforcés par la qualité pédagogique, la rigueur du programme d’étude ou l’estime de soi. En outre, il semble croire que les effets de pairs sont sous-estimés dans son étude, étant donné qu’ils peuvent se manifester à l’extérieur de l’école. Ces variables ne pouvant pas être facilement prises en compte.
Mais le problème des effets de pairs est sans doute ailleurs parce qu’on ne voit pas pourquoi ils doivent nécessairement être vus comme un facteur d’émulation. On ne peut décemment pas exclure l’hypothèse qu’un élève studieux puisse fréquenter un groupe ayant une vision négative de la réussite scolaire et un penchant pour les dérivatifs. Encore une fois, il faut comprendre pourquoi l’élève est en difficulté.

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