Le Japon et le mythe de la décennie perdue, par Kel Kelly

Les économistes (keynésiens ou non) se plaisent à citer la décennie perdue du Japon comme une preuve de la nocivité de la déflation des prix. L’économie japonaise aurait stagné pendant près de deux décennies après l’éclatement de la bulle immobilière. D’après l’opinion courante, le Japon aurait connu une terrible déflation.

Kel Kelly a publié récemment un article (The Myth of Japan’s Lost Decades) sur le Mises Daily pour mettre tout ça au clair. Le graphique 2

nous permet de voir que l’IPC est resté aux alentours de zéro. Quand les économistes mainstream et la presse financière constatent 2% ou 3% d’inflation par an, ils disent que les prix sont stables. Quand ces mêmes experts constatent 1% de déflation par an, ils crient à l’apocalypse économique. Ce n’est pas comme s’ils sont à une contradiction près.

All in all, consumer prices have seen a slight increase , not decrease over the last two decades.

Ce graphique a le mérite d’être clair. Où voit-on de la déflation ? Mis à part les économistes de l’inflation ?
Selon eux, la ‘déflation’ serait responsable de la croissance poussive du Japon depuis le début des années 90.
Kel Kelly pense que le PIB n’est pas une mesure de la croissance réelle de l’économie en terme de biens et de services. Le PIB serait une mesure de l’inflation.
Lorsque l’offre de monnaie augmente plus vite que l’offre de biens et de services, les prix augmentent simultanément, bien qu’à des rythmes différents.

Therefore, GDP, which measures money prices, does not necessarily tell us much about the number of actual goods and services being produced; it only tells us that if GDP is rising the money supply must be rising, because a rise in GDP is mathematically possible only if the money price of individual goods produced is increasing to some degree.

Le PIB augmente parce que les dépenses nominales sont poussées vers le haut; cela n’étant possible qu’avec le recours à la création monétaire. A quantité constante de monnaie, une croissance de la productivité tend à faire diminuer les prix. Bien qu’une même unité monétaire permet d’acheter plus de marchandises, le montant total des ventes demeure constant. Le PIB devrait donc demeurer constant d’année en année.
En comparant le graphique 3

et le graphique 4,

on constate une forte corrélation entre la croissante monétaire et la croissance du Nominal GDP. La même évolution est présentée dans le graphique 5.

On y retrouve la même corrélation dans les variations annuelles du Nominal GDP et de M2.

It should be noted that, because it takes time for new money to multiply and be disseminated in the fractional-reserve system, money supply has a delayed effect of about one to two years on GDP growth.

Si les prix à la consommation n’ont pas beaucoup augmenté durant les années fastes, c’est parce que la nouvelle monnaie a été canalisée dans les marchés financiers, qui ont connu les plus fortes hausses et logiquement les plus fortes baisses. Ce qui monte le plus descend le plus : c’est le boom-bust.
On peut voir sur le graphique 7

que le marché boursier japonais est resté ‘mort’ pendant les deux dernières décennies. Ceci s’explique par le fait que la croissance monétaire a été beaucoup plus modérée. Et ce n’est pas parce que les marchés boursiers ne sont pas dynamiques que l’économie japonaise souffre, bien au contraire.

Si la croissance du PIB a été poussive, la croissance économique “réelle” était pourtant forte, approchant la croissance réelle des autres pays développés. Pour le démontrer, Kel Kelly compare le PIB par tête du Japon avec celui des USA. Si l’économie japonaise a connu une stagnation, alors l’évolution de son PIB par habitant en dollar à Parité de Pouvoir d’Achat doit refléter cette stagnation. Et dans ce cas, son PIB par habitant devrait plutôt ressembler à celui de Sierra Leone (graphique 8)

ou de Haïti (graphique 9).

Largely free-floating currencies, such as those of Japan and the United States, are adjusted by the markets so as to maintain relative prices between the two countries in order to keep purchasing power at parity. This (largely) cancels out inflation-induced changes. In similar fashion, adjusting GDP per capita by a calculated purchasing-power-parity (PPP) figure should also compensate for changing inflation rates between Japan and the United States.

For example, if the United States expands the money supply at twice the rate of Japan, America’s consumer prices and GDP should rise at approximately twice the rate of Japan (though relative stated GDP changes in various countries — as well as their price deflators — are quite questionable due to their being subjected to different levels of calculation manipulation by the respective authorities). Because there is then twice the excess amount of dollars relative to yen and double the prices in the United States relative to Japan, the dollar should fall by half against the yen. This adjustment for money and prices keeps respective GDP values adjusted in real terms.

Comme en témoigne le graphique 10,

le PIB par habitant du Japon a augmenté de façon constante. Le graphique 11

fournit même une preuve encore plus solide de la croissance japonaise : on peut y voir que le PIB par tête du Japon a gardé les mêmes proportions par rapport à l’Allemagne et la France. Si le Japon a traversé une récession de deux décennies, son PIB par tête ne pouvait pas garder la même proportion relative à l’Allemagne et la France en 2007 qu’en 1987. Le Japon a connu la même croissance que les deux pays précités.

In fact, Japan, after all its supposed lack of growth, still ranks above the OECD average.

Voici deux intéressants témoignages qui de toute façon n’encourageront pas certains économistes à descendre de leur tour d’ivoire.
The Myth of Japan’s ‘Lost Decades’
Japan lands on its feet after bubble burst

One comment on “Le Japon et le mythe de la décennie perdue, par Kel Kelly

  1. Le cas japonais pose le problème de la mesure de la croissance. Nous avons l’habitude de prendre un indicateur corrigé de l’inflation. Mais, quand les prix baissent, cet indicateur est amplifié, alors qu’il est diminué quand les prix augmentent. La baisse des prix au Japon ayant ainsi pu augmenter le PIB. Cependant, nous partons du principe que l’inflation est inéluctable, et la déflation néfaste. D’où nos construction statistiques.
    (Je voulais agrémenter mon commentaire de quelques graphiques, mais je ne puis les insérer.)

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s