La mobilité des revenus aux USA : l’évidence empirique

Sur le web, on lit souvent que l’Amérique est la terre des inégalités. Les pauvres restent pauvres et les riches restent riches: 1) il n’y a pas de mobilité sociale 2) le rêve américain est un mythe qui a la vie dure. Il y a du vrai et du faux : 1) il existe une certaine mobilité aux USA 2) selon ce qu’on entend, le degré de mobilité peut y être fort. Ou faible.

Auten et Gee fournissent une étude assez complète sur le sujet.
Income Mobility In The U.S.: Evidence From Income Tax Returns For 1987 And 1996

Ils trouvent que la mobilité est très forte. Plus de 56 ou 57% (selon les mesures utilisées) des ménages gagnent ou perdent un (ou plusieurs) quintile(s) entre 1987 et 1996. Une bonne moitié (61% à 45% selon les mesures utilisées) des ménages du quintile inférieur (bottom quintile), c’est-à-dire les 20% les plus pauvres, parvient à s’échapper du quintile en 1996. Approximativement 30 à 40% du quintile supérieur (top quintile) en 1987, c’est-à-dire 20% les plus riches, tombent dans des quintiles inférieurs en 1996.
De façon générale, les plus fortes croissances du revenu réel surviennent dans les groupes ayant les plus faibles revenus.

Two 1992 Treasury studies (1992a and 1992b) examined mobility during the period 1979-1988 using a panel of 14,351 income tax returns and measuring income using constant-law measure of income as reported on income tax returns. The Treasury data showed that 86 percent of taxpayers in the lowest income quintile in 1979 had moved to a higher quintile by 1988 and 15 percent of them had moved all the way to the top quintile. Among those who were in the top quintile in 1979, 65 percent were still there in 1988, and only 1 percent had dropped to the lowest quintile.

Bradbury et Katz (2002) constatent que 46,7% des familles appartenant au bottom quintile en 1988 s’échappent du quintile dix ans plus tard. Plus de 4% se sont retrouvés dans le top quintile. Enfin, 46,8% des familles du top quintile ne s’y trouvaient pas là 10 ans plus tôt.
Sawhill et Condon (1992) rapportent que 50% des familles du top quintile en 1986 se trouvaient dans un quintile plus bas en 1977. Bradbury et Katz rapportent, eux, que 46,8% des familles du top quintile en 1998 se trouvaient dans un quintile inférieur en 1988. Ils ont également constaté que la mobilité ascendante du bottom quintile s’élève à 51% pour la période 1969-1979, à 50% pour 1979-1989, et à 47% pour 1988-1998. D’après Sawhill et Condon, le top quintile a connu une mobilité descendante durant les périodes 1967-1976 (47%) et 1977-1986 (50%).

Carroll, Joulfaian and Rider (2006) examined the relative mobility of taxpayers initially age 30 to 50 over the period 1979 to 1995 using a panel of income tax returns. They found that 54 percent of tax households in the lowest quintile in 1979 had moved to a higher quintile in 1995 and about 4 percent reached the top quintile. Of those in the top income quintile in 1979, 47 percent had moved to a lower quintile by 1995. Only 30 percent of those in the top 1 percent in 1979 remained in the top 1 percent by 1995. They also found that mobility is greater in the middle three income quintiles than for those initially in the top or bottom quintile.

Lorsque ces mêmes chercheurs ont morcelé la période en cinq ou huit sous-périodes, ils ont constaté une chute de la mobilité dans la dernière partie de la période, sans doute à cause des effets de la récession à double creux (double-dip recession) du début des années 1980.

Le tableau 3 (p.12) indique que le revenu médian du groupe ‘bottom’ a connu une hausse de 80,6% entre 1987 et 1996, avec un accroissement du revenu réel de 5% pour au moins 77% du groupe. La moitié du groupe a vu son revenu réel doubler. Le revenu médian du groupe ‘top’ a connu une chute de 1,8% tandis que la tranche des 1% les plus riches a régressé de 23,8%. Le revenu du top quintile a augmenté d’au moins 5% pour 40,5% du groupe; il a doublé pour 7,5% du groupe.
Comme on peut le voir dans les tableaux 1 et 6 (p.15), le revenu des jeunes (25-34 ans) constaté entre 1987 et 1996 est celui dont la croissance est la plus forte (43,9%). Et comme on pouvait s’y attendre, les personnages âgées sont celles qui voient leur revenu décliner le plus; une chute de 16,3% pour les 55-64 ans et de 8,8% pour les 65 ans et plus.

Une étude très similaire a été menée sur les périodes 1996-2005. On peut noter que le degré de mobilité est resté inchangé par rapport à la période précédemment étudiée (1987-1996). Voir tableau 7 (p.14) et 8 (p.15) pour une comparaison des deux périodes.

Maintenant, que se passe-t-il si l’on compare la mobilité des USA à la mobilité des pays européens ? Quelques pistes :
Tom Hertz note une plus faible mobilité intergénérationnelle aux USA comparativement aux autres pays industrialisés. La France n’est pas loin derrière les USA. Voir tableau 2 (p.7).
Rolf Aaberge, Björklund et Jäntti ont comparé la mobilité des USA à celle des pays scandinaves sur la période 1980-1990. Malgré les disparités entre les politiques gouvernementales et les marchés du travail, la mobilité des USA ne semble pas plus élevée. Les auteurs reconnaissent toutefois que leur méthodologie n’est peut-être pas parfaite.
– Burkhauser aurait comparé les taux de mobilité en Allemagne et aux USA, sur la période 1983-1988. À 1% près, ils sont parfaitement identiques. Sur la période constatée, la probabilité de gagner 3 à 4 quintiles est légèrement plus élevée en Allemagne qu’aux USA. Voir Economic Mobility in the United States.

En fait, il est peu probable que la hausse des inégalités aux USA soit compensée par une hausse de la mobilité économique. Quoi qu’il en soit, il reste encore à expliquer les facteurs de mobilité économique.
L’EMP fournit quelques explications au phénomène.

Le capital social apparaît être le fondement de la mobilité économique parce qu’il est la source du capital humain et financier. Le capital social comme ressource non-financière à la disposition des individus à travers leurs relations avec les personnes et institutions ouvre les opportunités d’un individu à prendre avantage (ou non) des possibilités qui sont liées à la mobilité. La première source de capital social, c’est la famille.

Le mariage semble fournir aux conjoints des incitations à travailler plus dur. Les enfants qui grandissent dans les familles biparentales sont aussi plus susceptibles d’avoir des parents ayant accès à un plus grand nombre de ressources, comme le revenu, l’éducation et l’expérience. Les femmes présentent moins de mobilité ascendante que les hommes précisément parce qu’elles sont plus susceptibles d’évoluer dans des familles monoparentales.
Les enfants de familles monoparentales sont beaucoup plus susceptibles de grandir dans la pauvreté que les enfants ayant deux parents, comme en atteste le tableau 1 (p.8). On remarquera que les familles noires de même structure que les familles blanches sont comparativement plus pauvres. La proportion de familles monoparentales a fortement augmenté ces dernières décennies particulièrement au sein de la communauté afro-américaine.
De même, des études ont montré que les enfants élevés dans des familles biparentales sont moins susceptibles d’adopter des comportements pouvant nuire à leur réussite scolaire, comme la délinquance et le décrochage.

À partir du milieu des années 1950, le pourcentage d’enfants nés de mères célibataires a commencé à augmenter. En 1970, le pourcentage d’enfants issus de famille monoparentale s’élève à 11,8%. En 2005, 38% des naissances l’ont été de mères célibataires et 28% des enfants évoluaient dans des familles monoparentales. Le pourcentage de naissances chez les mères célibataires dans la communauté noire atteint désormais les 70% (tableau 2 p.8). Pourtant, un enfant d’une famille noire biparentale aurait seulement une probabilité très légèrement supérieure de sortir du bottom quintile que celle d’une famille noire monoparentale.

Comme constaté dans le tableau 4 (p.12), les conjoints mariés tendent à présenter le même niveau d’étude. Le degré d’homogamie assez prononcé ne favorise pas la mobilité. Le fait de vivre dans un quartier violent ne favoriserait pas non plus la mobilité sociale.

In particular, one study that examined low-income Boston neighborhoods found that living in a neighborhood where other youths are involved in crime, using drugs, unemployed or not in school increases a youth’s probability of being involved in the same activity even after controlling for family and personal characteristics.

On apprend aussi que la religion peut avoir des effets positifs sur la mobilité des revenus. Selon toute vraisemblance, elle traduirait une plus grande interaction sociale entre voisins.

One study reveals that if Catholics, for instance, live in a metropolitan area that is 40 percent Catholic rather than 30 percent Catholic, Catholics’ incomes will be about 1 percent higher where Catholic density is greater (see Figure 6 – p.16).

Cette même étude aurait démontré que la densité ethnique n’influence pas positivement la mobilité des revenus comme constatée pour la densité religieuse. Toutefois, il peut arriver un seuil où cette même densité religieuse impliquerait une ségrégation religieuse.

Si le niveau d’étude est étroitement corrélé à la prime salariale et donc à la mobilité sociale, le tableau 2 (p.21) montre que le niveau d’étude des parents est étroitement corrélé avec le niveau d’étude de leur progéniture.

Despite the higher earnings obtained by getting a college degree, relatively few people are going on to take advantage of the high college wage premium by graduating.

Family income may play a part in limiting some individuals from taking advantage of the benefits a college degree brings. Children of low-income families tend to have lower levels of college enrollment and graduation.

On remarque que dans les années 70, le taux d’obtention de diplôme universitaire a connu une forte hausse chez les familles du bottom quartile avant de s’effondrer dans les années 80 alors que ce taux a continué à grimper dans les autres quartiles. Tableau 6 page 23. Malheureusement, la période étudiée n’est pas très étendue.
Depuis les années 80, les femmes ont vu leur niveau d’étude grimper plus rapidement que celui des hommes; leur taux d’emploi, leur taux de salaire et heures travaillées ont beaucoup progressé depuis ces quatre dernières décennies; voir ceci. Ce phénomène est également constaté au sein de la communauté afro-américaine; à titre de comparaison, la situation des mâles est alarmante.

Today, only 30 percent of black male high school dropouts between the ages of 22 and 30 are employed; even adding in high school graduates who did not go to college, nearly half are jobless. One reason these figures are so problematic is the high incarceration rate for black males, where one in nine men between the ages of 20 and 34 is in prison.

Si, depuis les années 80, le taux de diplômés universitaires augmente chez les 25-29 ans, le gouffre entre les noirs et les blancs reste encore extrêmement prononcé. Tableau 10 (p.26).

Une déficience de santé peut affecter négativement la productivité et donc limiter la mobilité sociale. Les individus dont le niveau d’étude est faible ont plus de chance d’obtenir un emploi assez physique. Les individus – de 55 à 64 ans – les plus pauvres déclarent plus fréquemment que les riches avoir des problèmes de santé. Voir tableau 12 (p.30). Il semblerait aussi que les familles à faible revenu présentent une plus forte probabilité d’avoir un enfant en mauvaise santé.
En moyenne, les noirs ont tendance à avoir plus de problèmes de santé que les blancs, et ce, même à revenu similaire. Peut-être cela s’explique-t-il par le fait qu’ils résident le plus souvent dans des zones où les prestations de santé sont de moindre qualité (malheureusement, l’étude n’est pas plus explicite que cela).

Une autre étude de l’EMP tend à montrer que la mobilité des familles noires est largement inférieure à la mobilité des familles blanches.
Le tableau 2 (p.6) indique que les écarts de revenus – de 1970 à 2005 – entre blancs et noirs de 30 à 39 ans ne se sont pas corrigés avec le temps. Ils se sont creusés parce que les blancs on vu leur revenu croitre plus vite. Il semblerait que cette inégalité ne s’applique pas seulement à cette tranche d’âge, mais aussi à toutes les tranches d’âge. Si l’on en croit les auteurs, une des causes de cette disparité pourrait provenir du taux de nuptialité plus faible chez les noirs que les blancs. Tableau 3 (p.7). À noter aussi que les enfants noirs vivent le plus souvent dans des familles du bottom quintile. Tableau page 8.
Les tableaux 4 et 5 (p.9) indiquent clairement que les enfants de familles noires n’ont pas la même mobilité ascendante que les enfants de familles blanches.

More than one third (37 percent) of white children born to parents in the middle income group move upward to the fourth or fifth quintile, compared to only 17 percent of black children whose parents have approximately the same levels of income.
Achieving middle-income status — with parental incomes of about $49,000 to $65,000 in 2006 dollars — does not appear to protect black children from future economic adversity the same way it protects white children.
A startling 45 percent of black children whose parents were solidly middle income end up falling to the bottom income quintile, while only 16 percent of white children born to parents in the middle make this descent.
Similar trends are found in other income groups as well. In another disturbing example, 48 percent of black children and 20 percent of white children descend from the second-to-bottom income group to the bottom income group. In addition, black children who start at the bottom are more likely to remain there than white children (54 percent compared to 31 percent).

Lire également :
By Our Own Bootstraps

7 comments on “La mobilité des revenus aux USA : l’évidence empirique

  1. Ces dernières années, il semblerait que la mobilité sociale soit presque à l’arrêt aux Etats Unis, ce qui inquiète le pays. Malheureusement, je n’ai pas gardé les références des articles que j’ai lu sur le sujet.
    Le sort des noirs montre bien que la discrimination positive est un échec, car elle ne s’attache pas à l’éducation. Mais elle pose une question pour les libéraux: l’Etat ne doit-il pas favoriser l’éducation, en la finançant notamment? La réponse d’Hayek, dans Droit, Législation &Liberté est positive, car l’éducation accroît le potentiel de l’individu.

    • J’ignore ce que vous voulez dire par “ces dernières années” étant donné que la mobilité constatée sur 1996-2005 est semblable à celle constatée sur 1987-1996.

      “Le sort des noirs montre bien que la discrimination positive est un échec, car elle ne s’attache pas à l’éducation.”

      Le sort des noirs…
      J’ai ma petite idée sur la question. En écrivant ce texte, j’étais également en train de rédiger un autre texte sur les déterminants de la réussite scolaire. Autrement dit, mon prochain billet est presque déjà terminé. Je le publierai dans quelques jours.

      “l’Etat ne doit-il pas favoriser l’éducation, en la finançant notamment?”

      La réponse de M. Friedman c’est le voucher (chèque éducation). De façon générale, je suis hostile aux dépenses publiques; exceptionnellement pour la santé et l’éducation j’y suis assez favorable, mais à un certain degré seulement. Je vois donc le voucher d’un bon œil. Je n’ai pas lu Droit, Législation et Liberté. J’y jetterais un coup d’œil lorsque j’aurais le temps.
      Pendant que j’y pense. L’une des raisons qui explique la plus faible mobilité de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre comparativement aux pays du Nord européen, c’est peut-être parce que l’éducation y est plus performante là-bas. Très certainement parce que même si les pays du Nord sont connus pour avoir de lourds impôts, ils bénéficient d’une plus faible réglementation à tous les niveaux : c’est ça qui explique leur performance.

    • Natrép says:

      Meng Hu

      Je vois donc le voucher d’un bon œil.

      Je vais vous apprendre quelque chose (il n’y a pas de raison que cela n’aille que dans un sens😉 ) : il existe une argumentation libérale contre le système du chèque-éducation, qui va même jusqu’à conclure qu’il serait potentiellement encore pire que le système public !
      Voir l’article de William L. Anderson intitulé « Le problème du bon scolaire » : http://herve.dequengo.free.fr/Autres/education1.htm.

  2. Je suis en train de me dire quelque chose.
    Si les chiffres avancés par Auten et Gee ou de la Federal Reserve Bank of Dallas donnent l’impression qu’il y a beaucoup de mobilité aux USA alors que les pays européens semblent présenter davantage de mobilité, on est en droit de se demander si les USA doivent nécessairement améliorer leur mobilité. À terme, l’accroissement de la volatilité des revenus s’accompagnera d’une hausse de l’incertitude.
    Je ne sais pas si c’est l’Europe qui est trop mobile ou si les États-Unis ne le sont pas assez. J’ignore précisément quel est le taux de mobilité idéal, à supposer que cela veuille dire quelque chose.
    Et si l’Europe est plus mobile grâce à son système redistributif, il faut se rappeler que l’impôt est le plus souvent destructeur de richesse.

  3. Hayek est favorable au système de voucher de Friedman. Personnellement, je suis plus réservé. Le système libéral suppose un apprentissage inter-générationnel. Dans un monde où plusieurs générations ont vécu dans l’étatisme, le retour brutal au libéralisme sera logiquement un choc. Il faut être plus progressif.

    • Complètement d’accord. Je signalais juste que l’idée d’augmenter la mobilité sociale à travers l’impôt redistributif ne me paraît pas justifiée.

  4. Bel article. Les deux critiques de William L. Anderson :
    1) le bon scolaire accroit le poids bureaucratique
    2) le bon scolaire ne garantit pas un usage libre
    Lorsque je disais être plus ou moins favorable au chèque éducation, c’est à condition que 1) et 2) ne s’y ajoutent pas. Vous pouvez baisser les impôts pour soulager le fardeau du secteur privé, mais si vous ajoutez dans le même temps de nouvelles couches de réglementations, alors les bénéfices du tax cut s’évaporent irrémédiablement. Dans ce cas, autant oublier le voucher, surtout que je ne suis pas obsédé par le voucher. Lorsque j’ai écrit cet article, je savais déjà que le QI était héréditaire, et qu’il conditionnait les chances de réussite. Puisque le QI est un potentiel, il constitue une barrière infranchissable pour ceux qui ont un faible QI. Comme les pauvres ont un faible QI, la redistribution aura une efficacité très limitée. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai écrit “exceptionnellement pour la santé et l’éducation j’y suis assez favorable, mais à un certain degré seulement”. Tenez. Jetez un oeil sur la mobilité sociale des noirs dans les tranches élevées de revenus : elle est régressive. Tout ceci est parfaitement compatible avec ce que les héréditaristes appellent la théorie de régression vers la moyenne. Une famille noire à fort QI aura un enfant dont le QI tend à régresser vers sa moyenne ethnique. S’acharner à vouloir élever les conditions des plus pauvres est une hérésie. Mieux vaut apprendre à accepter les inégalités. Les asiatiques y arrivent mieux que les blancs. Et je n’en suis même pas surpris. Les blancs ont un problème, c’est sûr.

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