George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (9/11)

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9: Stability and Efficiency

Debtor-Creditor Injustice

Les variations de prix peuvent créer des distorsions dans la distribution des revenus. Si les prix montent les banquiers sont spoliés, si les prix baissent les emprunteurs sont spoliés. Tout ceci en supposant que l’inflation et la déflation n’ont pas pu être anticipées ni par les uns ni par les autres. Dans le cas contraire, les parties contractantes se seraient accordées sur un autre taux.
En vérité, lorsque les chutes de prix sont occasionnées par une hausse de productivité, c’est le revenu de tout le monde qui augmente. Il serait même étonnant que les créanciers ne voient pas eux aussi leur revenu augmenter comme tout le monde. Une baisse des prix non anticipée est compensée par une hausse du revenu réel non anticipée. Personne n’est spoliée. Même chose pour ce qui est d’une perte de productivité où tout le monde perd.
Lors d’une récession, les taux d’intérêts réels augmentent tandis que la production stagne ou baisse. Dans ce cas, les emprunteurs sont perdants.
Au final, l’argument qui veut que les variations imprévues des prix sont la cause des redistributions inégales de revenus s’applique uniquement aux variations de prix causées par une masse monétaire en inadéquation avec la demande de monnaie (épargne forcée, déséquilibre monétaire…).

Commodity-Money Supply Shocks

Une des premières critiques adressées à la monnaie-marchandise (or, argent, cuivre…) c’est qu’elle est soumise à des “chocs” d’offre, et donc à d’importantes fluctuations.
Si on pose pour hypothèse qu’une augmentation de la production d’or puisse faire monter les prix, il faut se rappeler que l’inflation générée reflète une chute du prix de l’or. Il devient donc de moins en moins rentable d’en produire au fur et à mesure que les prix montent. En revanche, si une technologie particulière fait baisser son coût de production, cela pourrait justifier une hausse de la production d’or.
Comme l’explique Michael Bordo :

A rapid increase in the output of gold due to gold discoveries or technological improvements in gold mining would raise the prices of all other goods in terms of gold, making them more profitable to produce than gold and thus ultimately leading to a reduction in gold output. Moreover, the initial reduction in the purchasing power of gold would lead to a shift in the demand for gold for nonmonetary use, thus reinforcing the output effects.

Le tableau 9.1 montre que depuis 200 ans, et plus particulièrement au début du siècle dernier, la courbe d’offre forme une série de “u”. Reste à savoir quelles en sont les raisons. L’histoire semble confirmer la théorie : ces chocs d’offre sont essentiellement le reflet des fluctuations de la demande.
Une récente étude sur les grandes découvertes d’or du 19ème siècle arrive à la conclusion que seul le Gold Rush de Californie en 1849 a été “accidentel”. Pour les autres découvertes amorcées en Sibérie (1814, 1829), dans l’Australie de l’Est (1851), Australie de l’Ouest (1889), et en Afrique du Sud (1886), elles sont essentiellement le résultat de recherches plus ou moins méthodiques stimulées par les prix élevés de l’or. Même dans le cas de la Californie, la plupart des récits suggère que l’or aurait été découvert tôt ou tard par des fouilles méthodiques puisque les recherches se déroulaient déjà, ailleurs dans l’Etat. Au 20ème siècle, la seule découverte majeure “accidentelle” est celle qui a eu lieu dans les rivières amazoniennes du début des années 1980. Le coût de production dans les rivières aurifères est plus faible que celui des extractions d’or dans les mines.
Aujourd’hui, le nombre de rivières inexplorées diminuent. Les réserves d’or sont davantage protégées contre les chocs d’offre.
La source principale de ces chocs trouve sa raison dans l’ingérence politique. Le “golden avalanche” des années 30 et la récente augmentation de la production aurifère (le livre ayant été écrit en 1988) résultent de l’inflation générée par les banques centrales. La dévaluation des monnaies fait ainsi monter le prix de l’or.
De la même façon, la Guerre des Boers (1899-1902) en Afrique du Sud et la Seconde Guerre mondiale ont stimulé la production d’or. Aussi, les réserves obligatoires et l’interdiction des petites coupures stimulèrent considérablement la production d’or. En fait, les récents progrès techniques dans l’extraction minière, comme ceux du siècle précédent, semblent avoir été stimulés par l’augmentation du prix de l’or.

Bank Runs and Panics

Il y a deux types de paniques bancaires. La première est le “currency run” qui consiste à convertir les dépôts en billets. La deuxième est le “redemption run” qui consiste à à convertir la monnaie interne en monnaie externe (comme la monnaie-marchandise).
Un currency run peut être déclenché par un événement qui vient à réduire l’acceptabilité des chèques. Un exemple relevé dans le chapitre 8 est le climat des affaires. Quand ce climat est délétère, on peut craindre les chèques sans provisions.
Un redemption run affecte la confiance de la banque et entraîne un retrait massif de la base monétaire. Si la banque visée est la banque ayant le monopole d’émission, il s’agira plutôt d’un “run for commodity money”. Une pénurie de billets provoque un currency run qui lui-même risque de provoquer un redemption run. Si la banque ne peut convertir ses dépôts en billets à cause d’une restriction d’émission de billets, elle devra se fournir auprès du monopole. Si elle ne le peut, elle devra puiser dans ses propres réserves, augmentant son risque de défaut.
Un retournement économique peut être un motif de redemption run. Historiquement, les guerres, les récessions et les faillites de grandes entreprises envoient des signaux d’alertes aux banques. Et quand bien même certaines banques font faillite, il vaut mieux les laisser céder leur part de marché à des entreprises plus fiables.

Responsibility for these liabilities could be assumed by other banks, as when an insolvent bank is liquidated by a merger with one of its rivals. This was how many Scottish and Canadian free banks, aided by the absence of restrictions on branch banking, wound up their affairs.

D’autre part, les déposants des banques écossaises furent protégés par les actionnaires des banques, étant soumis à une responsabilité illimitée.
En outre, les assurances privées des dépôts pourraient protéger les déposants. Les primes des banques adhérentes variant en fonction du risque des actifs détenus. Et si les primes ne reflètent pas les risques ex ante, elles peuvent être ajustées ex post, comme cela fonctionne pour n’importe quelle société d’assurance.
Un autre système possible est le système de garantie croisée, proposé par Bert Ely (1985). Une banque défaillante serait prise en charge par un autre groupe de banque à hauteur de ses pertes. Bien entendu, les garanties seraient disposées de telle sorte qu’aucune banque n’est à la fois fournisseur et bénéficiaire de garanties d’une autre banque. En outre, les banques garantes ont également le droit de surveiller les activités et la santé financière des banques dont elles sont garantes.

Les options clauses permettent également repousser un peu les échéances, évitant aux banques d’avoir à vendre leurs actifs dans la précipitation et leur donnant le temps de liquider les prêts et investissements. Cependant, dans l’Écosse d’avant 1765 (lorsque la clause optionnelle a été interdite) des lois d’usure ont placé un plafond de 5% sur les paiements d’intérêt pour ​​les billets non remboursés. Ce fut sans doute trop faible pour décourager les banques d’abuser de la possibilité de suspendre. Sans les lois d’usure, la concurrence aurait poussé le taux d’intérêt de l’option clause à un niveau punitif. Enfin, l’interdiction des succursales fragilise le système tout entier.

Mais notre plus grande préoccupation est la panique bancaire, c’est-à-dire lorsque le bank run se propage dans de très nombreuses banques. Les banques restantes seraient sans doute trop peu nombreuses pour leur fournir ou prêter des fonds propres. On peut être tenté de penser qu’une certaine banque centrale endossant le rôle de prêteur en dernier ressort puisse seule sauver le système. Certaines théories (Diamond-Dybvig) avancent l’idée que les paniques peuvent être dues à des asymétries d’information. Lorsque des grandes firmes s’écroulent ou qu’un événement malencontreux survient, les individus ignorent précisément quelles banques sont touchées. Une panique peut être provoquée par le besoin de tester la solidité des banques. Évidemment, si les individus savent que leurs dépôts sont assurés, ils ne prendront pas le risque de retirer leurs dépôts.

En vérité, il n’est pas nécessaire de garantir les dépôts. Sous un système bancaire totalement libre, les paniques ne se produiraient pas, même sans l’assurance des dépôts, quelle que soit sa forme. Comme expliqué au chapitre 2, l’information peut être révélée par les prix grâce au “note brokerage”.

Note and deposit exchange rates would reflect potentials for capital losses depending on the soundness of underlying bank loans and investments. Chapter 2 showed how note brokerage systematically eliminates note-discounting except when it is based on risk-default generally acknowledged by professional note dealers, including banks themselves. In short, note brokerage produces information on bank-specific risk. […] After confirming through the newspaper that there is no discount on the notes he holds, a bank customer would feel no urge to redeem them in a hurry.

Tiré de “A Lesson From the Free Banking Era” :

During this era, many different bank notes were circulating, making the ability to determine which notes were valid and sound, and which were risky, necessary for transactions to occur. As a result, bank note reporters–newspapers that, like today’s financial pages, listed which bank notes were valid and what their market values were–were published and used as guides for bank note acceptance.

Once a note was determined to be valid, merchants had to know at what price it was trading: Was the note trading at par or at some other value? Evidence suggests that bank notes backed by creditworthy securities circulated at or near par. Those notes backed by risky securities, however, were accepted only at a discount, which compensated for the additional risk.

Les détracteurs du modèle “Free Banking” s’appuient sur l’exemple du Free Banking Era amorcée en 1837 aux États-Unis. C’est on ne peut plus faux. Les billets devaient être adossés à des titres obligataires spécifiques fonctionnant comme des garanties. Avec ça, non seulement les primes de risques attachées aux billets ne révèlent plus le niveau de risque, mais en plus, de nombreux états avaient forcé les banques à acheter des actifs qui finalement se sont révélés illiquides. Enfin, les banques devaient obtenir de l’état une charte qui l’autorise à recevoir des dépôts et à accorder des prêts, de sorte que l’entrée était très restreinte.

Obviously the secondary market for notes in this case failed to be a useful indicator of bank-specific risk. There were at least three reasons for this, all of them connected to legislative restrictions: (a) the requirement of special asset backing for note issues, (b) the consequent non-price rationed deficiency of the note supply relative to the demand for currency, and (c) the requirement, after 1866, of mandatory par note acceptance by all nationally chartered banks, which were at the time the only banks able to issue notes.

The Efficiency of Free Banking

Les adversaires de l’étalon-or accusent le gaspillage qu’il entraîne. Il serait tout à fait inutile d’allouer des ressources dans l’extraction d’or car ces ressources auraient pu être utilisées pour satisfaire d’autres besoins plus utiles. Cela aurait été le cas si le support monétaire avait été la monnaie fiat. Il est clair que de ce point de vue là, il serait difficile de leur donner tort. Pourquoi l’or ne serait pas utilisé pour fabriquer des bijoux par exemple ? Ça serait certainement beaucoup plus utile que de le laisser moisir dans un coffre-fort. D’ailleurs, quelle est cette idée saugrenue que d’avoir déterré de l’or en Afrique du Sud pour l’enterrer ensuite à Fort Knox ? Doit-on forcément détourner ces matériaux de leur usage naturel ?

L’auteur nous dit que le coût de la production d’or diminue avec la pratique de la réserve fractionnaire. Le coût de maintien du matériau serait beaucoup plus lourd dans le cas du 100% réserves. Plus le taux de réserves est bas, plus l’or sera utilisé à bon escient (pour des usages non-monétaires, donc). Historiquement, les banques écossaises étaient pratiquement sans or et tournaient autour des 2% de réserves, car la demande de conversion a baissé (Free Banking in Britain). Un système mature de banque libre ne nécessite pas de détourner des ressources dans la production de monnaie-marchandise.

The extent to which commodity money is economized also tends to increase as the banking system develops over time. This happens because of the economies of scale in reserve holding (especially marked in systems with branch banking) and because of improvements in clearing arrangements and practices. The latter improvements are made so long as their marginal contribution to bank revenues, through their incremental effects on the size of the loan fund, exceed their marginal costs, including costs associated with any increased risk of non-payment of clearing balances.

Si les banques ne sont pas entravées par quelque réglementation que ce soit, l’or circulerait encore moins.
Alors certes, on peut pratiquer la réserve fractionnaire, mais il y a toujours de l’or dans les coffres. Et les détracteurs diront que ça représentera toujours un certain gaspillage; un système de monnaie fiat inconvertible serait bien plus économique. Au fond, l’argent n’est qu’un moyen de paiement qu’on se refile tour à tour. Alors autant que le support soit de la plus mauvaise qualité qui soit. À priori, l’argument a du sens.
Cependant, l’histoire nous enseigne que le régime de monnaie fiat implique des coûts énormes, principalement sous la forme d’une inadaptation de ce système aux fluctuations dans la demande de monnaie interne. Économiser des ressources en forçant les gens à adopter la monnaie fiat au détriment de la monnaie-marchandise, c’est comme tenter d’économiser des ressources en forçant les gens à retirer les verrous sur leurs portes pour ensuite les vendre à des ferrailleurs. Ici, le coût de fabrication des serrures est moindre que la perte du bien en question. Il en va de même pour les détenteurs de créances convertibles en monnaie-marchandise.
Si les individus se sentent prêts à accepter le modèle fiat inconvertible, les banques pourraient très facilement les y inciter en offrant des taux d’intérêts plus avantageux sur les dépôts que ne le feraient les banques basées sur le modèle des monnaies-marchandises. Si les banques du modèle fiat ne parviennent pas à attirer davantage de déposants, nous devons en conclure que les gens trouvent le modèle de monnaie convertible plus avantageux.
Ça peut paraître étrange, mais c’est pourtant évident : si les gens préfèrent entreposer leur or et le détourner de son usage naturel, c’est que cela leur convient. Après tout, on peut dire aussi que l’or est une monnaie refuge, et c’est une bonne raison de l’entreposer. Ça veut simplement dire qu’ils n’accordent aucune confiance aux monnaies non convertibles. À moins que les monnaies ne soient à cours légal, les monnaies non convertibles n’ont à priori aucune raison de voir le jour.

Enfin, il n’y a aucune raison de penser que la liberté bancaire stimulerait la production d’or puisque cela ne fera pas augmenter son prix relatif. Tout le contraire d’un régime centralisé, où les individus vont se mettre à spéculer par anticipation d’une potentielle baisse de valeur de la monnaie fiat.

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