George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (4/11)

Disponible en PDF.
4: Monetary Equilibrium

The Demand for Money

La plupart des journalistes économiques et certains économistes emploient le terme “demande de monnaie” pour désigner une demande de crédit, qui s’explique par la nécessité de faire des transactions. Il n’y a rien de plus faux. Si l’on part de cette logique, alors toute transaction équivaut à une demande de monnaie (vente d’un produit) et à une offre de monnaie (achat d’un produit), si bien que offre et demande s’annulent, ce qui n’a guère de sens. Pour Selgin, on traduirait plutôt la demande de monnaie par “demand for money-to-hold”. La demande de monnaie, c’est par exemple le fait de tenir un dépôt.

A bank borrower contributes no more to the demand for money than a ticket agent contributes to the demand for plays and concerts; only holders of money or actual occupants of concert seats contribute to demand.

It is only when people who receive money income elect to hold it rather than spend it on other assets or consumer goods that they may properly be said to have a demand for money.

The demand which is important for our purposes is the demand for money, not to pay away again immediately, but to hold.

C’est pourquoi on distingue deux types de demande de monnaie : “demand for money-to-spend” et “demand for money-to-hold”. Lorsque Selgin parle de “demand for money”, c’est de cette dernière dont il s’agit.
Lorsque les prix fluctuent, c’est le pouvoir d’achat de l’unité monétaire qui fluctue. Ce sont justement ces fluctuations qui éliminent les excès de demande ou d’offre de monnaie de court terme. Quand il y a un excès d’offre de monnaie, les individus se mettent à dépenser ce surplus. Si la productivité est insuffisante pour absorber cette afflux de monnaie fraîche, la hausse des prix fait baisser la valeur de la monnaie, ce qui augmente la demande d’encaisses monétaires.
De façon générale, la demande de monnaie “to-spend” et la demande de monnaie “to-hold” correspondent à ce que les gens désirent vraiment.

The Market for Inside Money and the Market for Loanable Funds

“Inside money” peut se traduire ici par “bank note” ou “deposit demand”. Si l’on transpose le terme en français, ça donne quelque chose comme “monnaie locale” ou “monnaie interne” : ce sont les billets et dépôts créés par la banque.

La notion d’équilibre monétaire est utilisée ici pour faire état d’une situation où il n’y a ni excès de demande de monnaie, ni excès d’offre. Lorsque des fluctuations de la demande de monnaie permet des changements dans l’offre, il est nécessaire que cela se traduise par des changements dans le montant de fonds prêtés. Le volume de fonds prêtables dépend donc de la demande de monnaie. Une augmentation de la demande de monnaie entraîne une augmentation des prêts et des investissements, tandis qu’une diminution de la demande de monnaie entraîne une réduction des prêts et des investissements. Bien que les banques créent de la monnaie, elles ne font que de l’intermédiation de crédit.
Est-ce qu’en vertu de ces fluctuations de la masse monétaire visant à préserver l’équilibre monétaire, l’épargne (volontaire) est-elle toujours égale à l’investissement ? Oui. Pour faire gonfler les réserves bancaires, il faut s’engager dans une épargne volontaire et donc rogner sur la consommation. Ce principe de base ne change pas. Les détenteurs de dépôts qui sont les prêteurs ultimes; ce que les banques prêtent, ce sont des ressources réelles. Chaque abstention ou ralentissement des dépenses permet à d’autres personnes de consommer.
Ainsi, toute expansion monétaire doit forcément s’accompagner d’une demande correspondante de monnaie.

Mais que se passerait-il si les banques bloquent leur volume de prêt au niveau des réserves ? Si la demande de monnaie est excessive et si l’offre de monnaie est inélastique au point de ne pas pouvoir répondre à cette augmentation, les individus vont tout simplement accroître leur demande d’encaisse monétaire au détriment de la consommation, toute chose égale. Les stocks de production s’accumulent, les revenus deviennent insuffisants compte tenu des coûts de production. Les entrepreneurs perçoivent ce signal comme étant une baisse durable de la rentabilité de leur activité, sans se douter que partout ailleurs, les prix ont également chuté, y compris les facteurs de production. La conséquence ultime sera une baisse générale de la production.

If all entrepreneurs reduce their output, the result is a general downturn, which ends only once a general fall in prices raises the real supply of money to its desired level.

Opinions of Other Writers

La loi de Say, avancent certains économistes, n’est pas effective si 1) l’expansion monétaire fait monter les prix ou 2) la contraction monétaire fait baisser les prix. Donc, pour que la loi de Say soit respectée, il faut impérativement que le niveau général des prix garde toute sa rigidité. C’est ce qu’ils considèrent comme étant l’équilibre monétaire, ce dont la Banque Centrale a la charge d’assurer.
Certains théoriciens pensent que l’équilibre monétaire est atteint lorsque les prix sont stabilisés. Le problème, c’est que les variations de prix peuvent trouver leur cause dans des changements de l’efficience de productivité. (les explications seront fournies au chapitre 7)
Hayek dans “Prices and Production” suppose qu’on devrait compenser les changements de vitesse de circulation de la monnaie par des ajustements correspondants de la masse monétaire si l’on veut éviter des fluctuations de prix.

Finally, in his most explicit statement concerning the importance of adjusting the nominal supply of money, he says (1939b, 165) that banks must “create additional credits for investment purposes to the same extent that holders of deposits have ceased to use them for current expenditure.” This serves to avoid the “undesirable deflationary consequences” of unaccommodated saving.

A première vue, cela peut surprendre quand on sait que Hayek est plutôt un partisan des réserves optimales, le 100%.
Le point de vue de Hayek sur la déflation n’a pas toujours très clair en vérité. Hayek défend le processus de déflation durant les récessions, considéré comme étant une étape nécessaire de correction des mauvais investissements initiés par le boom économique; la déflation prix-salaire prévient les crises de chômage dans la mesure où les coûts de production des entreprises augmenteraient si les salaires nominaux stagnent alors que les prix baissent. Et le résultat serait des mises à pied.
Hayek considère que la déflation opérée par la contraction monétaire peut provoquer ce qu’il appelle une “déflation secondaire”, à savoir que lorsque la déflation est plus forte que prévue, (autrement dit, si la déflation n’a pas été anticipée) elle pourrait miner la confiance des entrepreneurs. Implicitement, il semble dire que la déflation non anticipée provoquerait une réduction globale de la production, même si elle n’aurait manifestement pas d’effet sur le chômage.

A lire aussi : Deflation : When Austrians Become Interventionists
Et Philipp Bagus à propos d’Hayek :

He argues that deflation and inflation cause unexpected price changes twice. First, when the prices are (in the case of deflation) lower than expected, and second when the prices stop falling after the expectations have adapted to falling prices.

Transfer Credit, Created Credit, and Forced Savings

Pour comprendre la signification de l’offre “justifiée” et “injustifiée” de monnaie, il faut commencer par faire la distinction entre ce qu’on nomme crédit intermédié et création de crédit. Le crédit intermédié, c’est le crédit soutenu par une abstinence volontaire des dépenses, de la consommation. Pas dans le sens où ils choisissent d’épargner, mais dans le sens où ils dépensent moins vite, dans le sens où ils conservent cet argent plus longtemps. Par contraste, la création de crédit, c’est le crédit qui n’est pas soutenu par une abstinence volontaire des dépenses; autrement dit, lorsqu’il est excessif. On appelle cela l’épargne forcée.
Pour nombre d’économistes autrichiens, toute création monétaire correspond à ce qu’on pourrait appeler de l’épargne forcée. Cette épargne forcée consiste en un crédit sans épargne correspondante, ce qui n’a rien à voir avec la demande de monnaie. Toute création monétaire serait alors injustifiée. Pour Selgin (et White en l’occurrence), ce qui est injustifiée, c’est le crédit qui n’est pas soutenu par la demande de monnaie. C’est le cas lorsque les banques centrales injectent continuellement de la monnaie fraîche.
La création de crédit est à différencier ici de la création monétaire. L’auteur considère que tout crédit soutenu par la demande de monnaie n’est ni plus ni moins qu’un crédit intermédié, création monétaire inclue.
Son point de vue diverge de celui de Mises qui semble insister sur le fait que toute création monétaire conduit à des déséquilibres :

Issuance of fiduciary media, no matter what its quantity may be, always sets in motion those changes in the price structure the description of which is the task of the theory of the trade cycle. Of course, if the additional amount issued is not large, neither are the inevitable effects of the expansion.

La plupart des économistes autrichiens avancent l’idée que la création monétaire devrait automatiquement faire chuter les taux d’intérêts en-dessous du taux naturel. D’après Selgin, cela n’est vrai que si la création monétaire excède la demande de monnaie, ce qui est d’après lui impossible dans un régime de banque libre.

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