George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (3/11)

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3: Credit Expansion With Constant Money Demand

The Rule of Excess Reserves

Dans un système bancaire où l’approvisionnement de billets est monopolisé, une banque ne peut augmenter son volume de prêts à moins d’avoir des excédents de réserves au-delà de ce qu’il est nécessaire pour satisfaire la demande de monnaie mais aussi pour régler son solde de compensation envers les autres banques. La règle des excédents de réserves estime que les banques ne peuvent prêter plus que ce qu’elles ont en excédent.
Considérons un système à 5 banques, chacune ayant des parts égales de marché. On suppose que la banque A accorde un prêt de 50 000 dollars à John Smith. En moyenne, 80% des chèques de Smith seront versés à des personnes disposant d’un compte de dépôt dans les banques B, C, D et E. La banque A subit une fuite de réserves de 40 000 dollars. Les 10 000 dollars restant sont versés à des personnes disposant d’un dépôt chez la banque A. On suppose que les déposants de la banque A n’augmentent pas leurs désirs d’encaisses monétaires, et par conséquent, ces 10 000 dollars sont dépensés pour les désirs de consommation (c’est-à-dire, au-delà de leur niveau habituel de dépenses) durant le prochain cycle de dépenses, pour maintenir leur solde à leur niveau d’origine. À ce moment là, la banque A se verra drainée de 80% de la somme dépensée, soit 8 000 dollars. Et ainsi de suite. Au bout du cinquième cycle de dépenses, il restera 16 dollars à la banque A. En estimant que chaque cycle s’enchaîne tous les 5 jours, cette perte de 49 984 dollars n’est subie qu’au bout d’une période de 25 jours, laps de temps estimé trop court pour que le prêt puisse arriver à maturation, à échéance. En tout état de cause, la plus grande partie des fuites survient dès les premiers cycles de dépenses, bien avant que les crédits aient porté leurs fruits et que les banques expansionnistes puissent récupérer une partie de leurs prêts et investissements.

La règle des excédents de réserves estime également que les banques sont confrontées à une courbe de demande bien déterminée pour les dépôts, de sorte qu’elles ne peuvent pratiquer une politique d’expansion sans augmentation correspondante de la demande du public de tenir un passif (autrement dit, un changement dans la préférence temporelle). Quand bien même une banque pourrait compenser ses pertes de réserves par une hausse du taux d’intérêt des dépôts, elle ne peut augmenter son encours de crédit qu’en baissant les taux des prêts. Au final, la banque ne souffre pas d’une fuite de réserves, mais ses revenues sont en baisse.
On pourra faire remarquer à juste titre que les banques peuvent payer les intérêts des dépôts par des prêts plus porteurs d’intérêts et donc plus risqués. Ce n’est pas possible à long terme, à plus forte raison si les banques supportent à 100% le coût des pertes. C’est là que l’assurance-dépôt étatique et les injections de liquidités des banques centrales rendent l’opération moins risquée.

Qu’arriverait-il si les banques décident de former un cartel en alignant leurs taux de réserves bancaires les uns sur les autres ? Comme tout cartel, l’équilibre est extrêmement fragile. Il suffit qu’une banque trahisse les autres pour que le processus s’effondre.
Contrairement aux suppositions de Carilli et Dempster, les banques libres n’ont aucun intérêt à exercer une pratique sauvage de la réserve fractionnaire en alignant leur taux de réserves les uns sur les autres par concertation. Comme expliqué dans le chapitre précédent, les banques écossaises durant le note-dueling era accumulaient les billets pour procéder à des raids bancaires, asséchant complètement les banques illiquides. Non seulement leur théorie est complètement fausse, mais en plus, elle n’est pas confirmée par les faits.
Sur l’expansion monétaire concertée, Selgin apporte de plus amples précisions au chapitre 6.

The Principle of Adverse Clearings

Est-ce que le principe des réserves excédentaires s’applique pour les transferts de paiements en billets ? Comme pour l’exemple des dépôts, l’émission excédentaire des billets au-delà de la demande entraîne un excès d’offre. Logiquement, le surplus devrait parvenir aux banques rivales. On pourrait penser que l’hypothèse n’est pas aussi évidente qu’il paraît : contrairement aux chèques, les billets ne sont pas nécessairement déposés après réception. Ils pourraient tout à fait être utilisés pour effectuer des achats supplémentaires, ce qui implique que les billets resteront en circulation pendant une période assez prolongée. Dans ce cas, ils seront très probablement utilisés pour acheter des biens de consommations auprès d’un commerçant au détail, lesquels commerçants recevront plus de billets qu’il n’en est nécessaire pour rendre la monnaie, effectuer leurs transactions. Ce surplus de billets sera apporté aux banques en échange d’un dépôt, une forme de monnaie interne plus commode pour payer les loyers, les assurances et le commerce de gros, et qui, en plus, rapporte des intérêts.
Plus le trajet des billets remonte les stades de production (du commerce de détail aux stades les plus éloignés de la production, les distributeurs, puis les fabricants de biens d’ordre supérieur), plus grandes sont ses chances d’être échangés contre un dépôt et plus grandes sont ses chances d’entrer dans les flux de compensations interbancaires.

Note-Brand Discrimination

Si les banques, les unes par rapport aux autres, ne présentaient au départ aucune sortie nette de réserves, comment un excès de crédit affecterait chacune des banques ? Est-ce que la banque expansionniste est nécessairement punie, ou peut-elle en être la grande gagnante ?
D’abord, tout dépend des préférences des différentes ‘marques’ de billets. En supposant que les banques sont autorisées à émettre leurs propres billets, chaque billet porte le nom de la banque en question. Forcément, une banque expansionniste (causant un excédent global de banknotes dans un contexte où la préférence des billets n’a pas changé) ne peut quand même pas s’attendre à ce que les individus remplacent les billets concurrents par ses propres billets dans leurs avoirs en monnaie. Dans ce cas, la banque expansionniste subit les revers de la compensation.
En revanche, tout est différent si l’on pose pour hypothèse que les individus n’ont pas de préférence, et donc, ne font aucun discernement. Après tout, si les différentes marques ont la même acceptabilité pour les commerçants et les banques, pourquoi les individus seraient-ils portés à faire la moindre distinction ?

Bien qu’il soit raisonnable de penser que les billets aient plus ou moins la même acceptabilité, les individus préfèrent rester fidèle à une marque particulière, un peu comme pour n’importe quelle marque de produit trouvée sur un supermarché.

A bank profits if note holders discriminate in favor of its issues since their holdings of its notes constitute an interest-free loan to it.

Mais supposons quand même que ce ne soit pas le cas, donc ? En l’absence de loyauté, les banknotes ne retourneront pas dans le circuit bancaire en fonction des préférences du consommateur mais relativement aux parts de marché des banques. En d’autres termes, plus une banque est en surexpansion, plus elle augmente ses parts de marché.

Supposons deux banques A et B, chacune émettant $1 million de dollars en billets et chacune détenant $100 000 en réserves. Si A décide d’émettre $100 000 supplémentaires (conduisant à un excès de monnaie) que les utilisateurs ne souhaitent pas détenir, ils s’en séparent pour déposer $11 de billets A pour $10 de billets B (soit $52 381 de billets A et $47 619 de billets B). En supposant que tous les billets retournent dans les banques autre que la banque émettrice, la banque A abandonnera $4 762 de réserves à B lors de la prochaine compensation. Si A disposait de réserves excédentaires, elle pourrait accroitre son volume de prêt d’un montant supérieur à celui de ses réserves excédentaires, en souffrant juste d’un drainage partiel de réserves.

Pour une banque émettrice, en considérant 1) une surexpansion égale 2) que les banques commencent avec la même part de marché, l’expansion sera coûteuse à mesure que la concurrence bancaire augmente. Par exemple, si nous avons 4 banques, avec $500 000 de billets pour chacune, et que l’une d’elle ajoute $100 000, cette banque se verra drainer pour  $5 720 de réserves au profit de ses concurrentes.
Et si une banque expansionniste débute avec une part de marché supérieure à la moyenne, elle subira une plus grande compensation adverse, relativement au surplus de billets.

Supposons un autre cas, où la banque sur-émettrice est plus petite et la concurrence faible. La banque A dispose de $1 million de billets en circulation et $100 000 en réserves, la banque B de $2 millions de billets et $200 000 en réserves, la banque C de $3 millions de billets et $300 000 en réserves. Si A ajoute $100 000, les consommateurs retourneront $11 de billets A pour $20 de billets B et $30 de billets C (soit $18 033 de billets A, $32 787 de billets B, et $49 180 de billets C). La banque A ne subit aucune ponction de réserves alors que les banques B et C non-émettrices subiront une fuite de leurs réserves vers la banque A. Même C perdra des réserves au profit de B.

Ainsi, dans le cas où les banques possèdent des parts de marché inégales, une petite banque qui procède à une émission excédentaire verrait ses réserves gonfler au détriment de ses concurrentes, et ce processus continuera jusqu’à ce que les parts de marché commenceront à s’homogénéiser.
On ne le répétera jamais assez; cela ne veut surtout pas dire que toutes les banques ont intérêt à le faire. Les grandes banques ne pourront pas réagir; elles constateront, impuissantes, les fuites de leurs réserves au profit des plus petites banques.

Que l’hypothèse de déséconomies d’échelle amène à une sorte de concurrence pure et parfaite, ça n’a de toute façon que peu d’importance. L’idée que les déséconomies d’échelle, qui veut que la concurrence et la liberté d’émission monétaire fera émerger une infinité de petites banques, n’a pas d’équivalent empirique.

In Scottish, Canadian, and Swedish experience there was considerable diversity of market shares of circulation of various banks, with no evidence that banks with larger shares were at a disadvantage. Indeed, in the various historical cases of free banking there seems to have been nothing at all that corresponds to the sequence of events one would expect were consumers indiscriminate among note brands. The Scottish, Canadian, Swedish, and Suffolk systems were all remarkably stable; prudent banks did not appear to suffer at all from overexpansion of their rivals, including smaller ones. During the months leading up to the failure of the Ayr Bank, for instance, the larger Scottish banks did not experience abnormal reserve drains. In fact, their reserves increased because they consistently enjoyed favorable net clearing balances with the Ayr Bank thanks to the latter’s overissue.

Monopolized Note Issue

S’il vient d’être démontré que la règle des réserves excédentaires limite l’expansion monétaire au-delà de la demande de monnaie, cette règle ne s’applique que pour un système bancaire débarrassé de toute tutelle. Elle ne s’applique pas pour les banques privilégiées disposant du monopole d’émission monétaire, car dans ce cas précis, la banque émettrice est la seule source d’approvisionnement en billets. Lorsque les détenteurs de dépôts souhaitent convertir une partie de leurs avoirs sous une forme plus commode pour les transactions hand-to-hand où les chèques sont moins facilement acceptés, ils exigeront alors une conversion de leurs dépôts en billets (et peut-être en monnaie-marchandise). Les banques non-émettrices ne peuvent satisfaire ces demandes de conversion qu’en prenant appui sur la banque émettrice, chez laquelle elles disposent d’un compte, ce qui génère une demande globale de son passif.

Commodity money, instead of being held by the deposit banks, may (to a large extent) be deposited with the bank of issue, possibly at interest, in exchange for liabilities of that bank which, besides being useful in settling clearing balances, are at least as useful as commodity money for supplying the public’s currency needs.

Thus as a consequence (perhaps unintended) of monopolized note issue, the liabilities of the privileged bank acquire a special status in the banking system; they become a kind of reserve media, supplementing and even superseding reserves of commodity money. Unlike deposit liabilities of non-note-issuing banks and unlike any of the bank liabilities in a system with competing note-issuers, the liabilities of a monopoly bank of issue are a form of high-powered money. Issues of such liabilities add to the base money of the system. This means, in effect, that a monopoly bank of issue is, in the short run at least, exempt from the principle of adverse clearings. The liabilities it issues not employed as currency in circulation become lodged in the reserves of deposit banks, where they cause a multiplicative expansion of credit. In general (assuming a closed economy) these liabilities will not be returned to their issuer for redemption even though their issue, and the multiplicative expansion of credit caused by it, is not justified by any prior excess demand for inside money.

Illustration: The Post-1910 Australian Inflation

Certaines conclusions de ce chapitre sont remarquablement illustrées par l’expérience de l’Australie dans les années entourant la Première Guerre mondiale. Avant 1910 l’Australie disposait de plusieurs banques émettrices, adhérentes de l’étalon-or. Les compensations étaient réglées en espèces; les prix étaient relativement stables, de sorte que le système se régulait de lui-même. Et si par malheur le système entier divergeait, l’ajustement se fait automatiquement par les fuites d’or à l’étranger.

En 1910, le gouvernement australien autorise le cours légal, privilège qui, un an plus tard, fut alloué à la Commonwealth Bank. Un peu plus tard, une taxe de 10% est imposée sur toutes les émissions de billets de banque. La Commonwealth Bank a obtenu un quasi-monopole sur l’émission de monnaie. Le gouvernement a pu procéder à une expansion générale du crédit; et pour éviter les fuites d’or, il a imposé une interdiction sur la libre circulation de l’or.
En Septembre 1914, les banques privées ont officiellement abandonné le règlement des compensations en espèces, en donnant la priorité dans l’acquisition des billets de la banque privilégiée. La Commonwealth Bank pouvait réguler arbitrairement la quantité de monnaie qui lui plaisait. Les autorités s’en sont servis pour financer les dépenses de la guerre.

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