George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (2/11)

Disponible en PDF.
2: The Evolution of a Free Banking System

Commodity Money

La monnaie n’est pas née de l’idée d’un dirigeant ô combien éclairé, mais plutôt par la nécessité de réduire les coûts de transaction. En Ruritanie, les bovins étaient la commodité la plus fréquemment échangée. Mais ils s’avéraient vite trop encombrants, peu transportables et peu discrets. L’usage des moyens de paiement évolue; les évolutions du travail des métaux permet l’usage des monnaies métalliques. Les coûts de transactions ne disparaissaient pas pour autant : il fallait peser et évaluer la monnaie-marchandise (or, argent) reçu en échange. Les pièces étaient estampillées, de sorte que l’on distinguait les marques de fabrique. Le “bien” ou “commodité” (ça aurait pu être des coquillages, des briques de thé, des cigarettes…) utilisé dépend de la confiance que lui accorde la communauté, ce qui explique pourquoi le bien utilisé est celui qui est le plus largement accepté. Plus un bien est vendable, plus il est liquide. Par effet boule de neige, ce moyen de paiement se généralise pour être accepté à grande échelle. Si ce bien  devient trop versatile et voit sa valeur baisser, on l’abandonne et on change de support. C’est là que réside l’intérêt d’une concurrence des monnaies, car en l’absence d’un cours légal, qui peut être renforcé par le monopole d’émission, les individus refusent les mauvaises monnaies. Les bonnes monnaies chassent les mauvaises, contredisant la loi de Gresham, laquelle ne s’applique que lorsque la monnaie ne peut être refusée ‘au pair’ pour effectuer les transactions.

Benefits of Fiduciary Substitution

L’utilisation généralisée de la monnaie sous forme scripturale ou sous forme de billets de banque réduit le demande de pièces d’or en circulation alors qu’elle génère seulement une toute petite hausse de demande de pièces pour les réserves bancaires. Cela signifie que cette baisse nette de demande de pièces d’or génère un surplus de pièces et de lingots que la Ruritanie peut exporter ou employer à des usages non-monétaires. Les désirs non-monétaires ont été satisfaits sans aucun sacrifice des besoins monétaires. Il en résulte une chute de la valeur de la monnaie qui agit à son tour comme un frein à la production de monnaie-marchandise, dirigeant les facteurs de production à des fins plus utiles.

En Ruritanie, on suppose que la monnaie-marchandise a été remplacée par de la monnaie interne (billets, dépôts) non couverte par des réserves. Les banques peuvent continuer à émettre de nouveaux crédits en réponse à l’accroissement de la demande réelle de monnaie, puisque celle-ci devient une source de fonds prêtables investis par les banques. Dans un régime de monnaie-marchandise, une hausse de la demande de monnaie conduit soit à de nouveaux investissements dans la production de monnaie-marchandises ou, si l’offre est inélastique, à une baisse générale du niveau des prix.

Regular Note-Exchange

En Ruritanie, les utilisateurs de monnaie accordent plus de confiance aux banques locales qu’aux banques “étrangères” (ie, lointaines) car ils en savent plus sur leur probabilité à honorer les paiements, mais aussi parce qu’ils sont plus familiers avec ces billets (ils ont plus de facilité à reconnaître les faux billets), d’où l’utilité des succursales.
Peuvent-elles augmenter l’acceptabilité des banknotes par la construction d’un large réseau de succursales ? Ce réseau sera relativement limité en raison des coûts de transport et de communication. Ainsi, dans les premiers stades de développement du système de free banking ruritanien, la circulation des billets de banque est peu étendue. Ceux qui détiennent de la monnaie locale (dépôt ou billet) et qui souhaitent effectuer des transactions sur de longues distances doivent 1) convertir leurs avoirs en or et supporter le coût de son transport ou 2) choisir de payer avec une monnaie locale dont l’acceptabilité est réduite à l’étranger, résultant en un discount de la monnaie en question. L’utilisation continue des pièces d’or pour les transactions longues distances oblige les banques à tenir plus de réserves de monnaie-marchandise que ce qui aurait été en cas de transfert de monnaie interne (billets,  dépôts) plutôt que de pièces d’or, tout simplement parce que les retraits en or augmentent la volatilité des sorties de réserves.

Cet exemple illustre-t-il l’échec de la banque libre ? En vérité, lorsqu’un billet subit une perte de valeur à l’étranger (ie, ville lointaine) due à des coûts de transactions, ce sont justement ces coûts de transaction qui créent des opportunités. Et c’est là que les brokers entrent en jeu. Les courtiers en billets vont tout simplement acheter au rabais les billets étrangers pour les revendre (notamment à des voyageurs). Involontairement, les courtiers réduisent le discount des banknotes tout en augmentant l’acceptabilité des billets étrangers.

Competition eventually reduces note discounts to the value of transaction and transportation costs, plus an amount reflecting redemption risk. In accepting the notes of unfamiliar banks at minimal commission rates, brokers unintentionally increase the general acceptability of all notes, promoting their use in place of commodity money.

Jusqu’à présent, il a été tenu pour acquis que les banques de Ruritanie refusent d’accepter les billets des concurrentes. De prime abord, l’hypothèse est plutôt crédible; les banques, comme les particuliers, se méfient des billets avec lesquels elles ne sont pas familières. Une autre explication est qu’en procédant ainsi, elles limitent l’acceptabilité des billets concurrents tout en renforçant la demande de leurs propres billets. L’exemple historique prend place à Edinburgh dans les années 1770 lorsque les deux chartered banks Bank of Scotland et Royal Bank of Scotland refusèrent d’accepter les banknotes des banques provinciales ‘unchartered’ durant quelques années.

Compte tenu du fait que les banques peuvent émettre leurs propres billets pour acheter les billets ‘étrangers’, elles peuvent évincer d’autres courtiers. Une autre raison pour laquelle les banques ont tout intérêt à accepter les billets concurrents : ce sont les gains.

If a bank redeems notes it acquires sooner than other banks redeem the first bank’s notes issued in place of theirs, it can, in the interim, purchase and hold interest-earning assets. The resulting profit from “float” can be continually renewed. In other words, a bank’s earnings from replacing other notes with its own may be due, not just to profits from arbitrage, but also to enhanced loans and investments.

Si les coûts de transport et de transaction sont suffisamment faibles, la concurrence pour la circulation réduira les frais de courtage à zéro.

Il n’est pas nécessaire que les banques agissent de concert. Il suffit qu’une seule banque accepte les billets concurrents pour que les rivales s’y mettent également, pour maintenir leur niveau de réserves. Un exemple historique l’illustre bien : la Nouvelle-Angleterre du début du 19ème siècle; les banques de Boston, en initiant cette politique, ont entraîné tout un mouvement de mimétisme qui s’est étendu dans toute la région. En Écosse, les deux banques à charte ont également procédé de la sorte, entre elles, mais la méthode s’assimilait plutôt à une formation d’un cartel. Dans les deux cas, il arrivait parfois que les banques refusèrent d’accepter les billets des nouvelles banques entrantes sur le marché. Mais très rapidement, elles durent changer leur politique : les nouvelles banques acceptant tous les billets drainent les réserves de toutes les autres banques, à moins que celles-ci ne se livrent à la même opération.
À long terme, les banques qui acceptent les billets concurrents augmentent l’acceptabilité de leurs propres billets et involontairement celle des billets concurrents. Ce faisant, la circulation de la monnaie-marchandise se fait plus rare; elle sera plutôt utilisée dans les mouvements de compensation pour les sorties ou entrées nettes de réserves.
En outre, l’histoire nous apprend une chose intéressante : les réglementations semblent favoriser la circulation de l’or. Dans l’Écosse, le Canada et la Nouvelle-Angleterre du 19ème siècle, l’or avait tout simplement disparu de la circulation. En Angleterre et dans le reste des États-Unis, de larges montants en or continuaient à circuler. C’était à prévoir compte tenu du fait que la liberté bancaire aurait permis la circulation ‘au pair’ des billets, et ce, même dans les villes éloignées.

Durant le “note-dueling era” les banques écossaises procédaient à des raids bancaires, qui consistaient à acheter massivement les banknotes d’une banque cible pour les accumuler avant de les présenter toutes à la fois en signe de remboursement, phénomène qui pourrait ressembler à une ruée bancaire. Le résultat est une perte de compétitivité de la banque sauvage prise pour cible. C’est à mon avis une des raisons pour laquelle les banques libres ne peuvent pas participer collectivement à une pratique sauvage de la réserve fractionnaire dans une configuration type du dilemme du prisonnier; la meilleure technique permettant de contrecarrer ces raids reste encore de détenir plus de réserves.

Charles Munn reports that one Scottish provincial bank at one point kept reserves equal to 61.2 percent of its inside-money liabilities to protect itself against raids by its rivals.

À lire aussi : History of Scottish Banks and Bank Notes

Clearinghouses

Si les chambres de compensation permettent d’effectuer des opérations de paiement entre banques, elles fonctionnent aussi comme un centre d’information :

One of the more common tasks the clearinghouses take on is to serve as a credit information bureaus for their members. By pooling their records, Ruritania’s banks can discover whether people have had bad debts in the past or are presently overextended to other banks. This allows them to take appropriate precautions (Cannon 1900, 135). Through a clearinghouse banks can also share information concerning forgeries, bounced checks, and the like. Clearinghouses may also conduct independent audits of member banks to assure each member bank that the others are worthy clearing partners. For example, beginning in 1884 the New York Clearinghouse carried out comprehensive audits to determine its members’ financial condition (ibid.).

C’est un argument de poids qui invalide complètement le scénario de Diamond et Dybvig sur les asymétries d’information. Car de cette façon, les banques liquides peuvent porter assistance aux banques faisant face à des rushs irrationnels. Il devient dès lors très aisé de distinguer une banque illiquide d’une banque insolvable.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s