George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (11/11)

Disponible en PDF.
11: Free Banking and Monetary Reform

Ce chapitre n’étant ni très intéressant ni très important, je me contenterai de laisser quelques remarques sur certains points évoqués dans les chapitres précédents.

Sur les banques à 100% :

In Defense of Fiduciary Media

Page 14, Selgin nous apprend que les individus savaient que les banques pratiquaient la réserve fractionnaire, mais qu’ils avaient, eux, tout intérêt à déposer leur argent dans ce genre de banques. S’il dit vrai, on pourrait à priori difficilement lui donner tort. Malheureusement, les “faits” relatés paraissent peu clairs. Quand bien même ces faits sont véridiques, ça ne veut pas dire pour autant que les déposants se savent “volés”. (*)

Early in the history of banking there may have been a case of a run being triggered by depositors’ sudden realization that their bank held only fractional reserves. But if such a realization had been the typical cause of runs in the nineteenth and twentieth centuries, it would be difficult to explain why runs usually affected only one particular bank or an associated set of banks, and not every single fractional-reserve bank simultaneously. Running depositors who successfully withdrew their money often transferred it to other fractional-reserve banks, thought to be safer, rather than hoarding cash as they would have done if they feared fractional-reserve banks generally (Kaufman 1994). It would be farfetched to account for such behavior by insisting that the depositors had run because they had learned to their horror that their own banks had been holding fractional reserves, but were so naive as to put their money into another set of banks without suspecting them of similar practices.
Third, banks and banking legislation were widely debated in the popular press during the nineteenth century. All discussions we are aware of took it as common knowledge that banks operate on fractional reserves. It would be impossible to think that banks were holding 100 percent reserves after reading in the newspaper about such measures as, for example, the New York State Safety Fund (a deposit insurance scheme), or the so-called “free banking” acts that compelled state-chartered banks to hold specific sorts of interest-bearing assets as collateral against banknote liabilities.

D’après lui, les épargnants préfèrent déposer leurs sous dans des banques à réserves fractionnaires, car elles rémunèrent mieux les dépôts. Une banque qui tient 100% de réserves subit le coût de l’entreposage qui est répercuté sur les épargnants.
Si la banque à 100% était préférée, n’importe quelle entrepreneur ayant une once d’intuition entrepreneuriale ferait passer des spots publicitaires : “Here at the Solid Gold Warehouse Bank, your deposit is backed with genuine 100 percent reserves. All your money stays here waiting for you all the time. We’re not like those other banks [camera pulls back to show an adjacent vault which is empty, with moths flying about inside] that try to get by on fractional reserves.”

Pourtant, les banques à réserves fractionnaires n’étaient pas obligatoires, ou plutôt, les banques à 100% n’étaient pas interdites. Malgré cela, elles n’avaient pas cours en Écosse.

Pour les rothbardiens qui citent l’exemple de la Banque d’Amsterdam, Selgin rappelle (page 14) qu’elle ne s’est pas toujours reposée sur des réserves pleines. De 1723 à 1761, la Banque d’Amsterdam a largement fractionné ses réserves. La baisse de réputation qui survient dans les années 1780 ne semble pas être le reflet d’une quelconque connaissance du grand public de la pratique de la réserve fractionnaire mais d’une grande fraction des prêts qui auraient tourné au vinaigre.

(*) Sur la question de la fraude, Hans-Hermann Hoppe explique comme suit :

Freedom of contract does not imply that every mutually advantageous contract should be permitted. Clearly, if A and B contractually agree to rob C, this would not be in accordance with the principle. Freedom of contract means instead that A and B should be allowed to make any contract whatsoever regarding their own properties, yet fractional-reserve banking involves the making of contracts regarding the property of third parties.

À ceci, Selgin répond :

Is B to be barred from offering to sell compact disc recordings to A, merely because doing so reduces the market value of C’s inventory of vinyl records?
To further illustrate the point, consider another non-banking example. Suppose that A, who owns but seldom uses a Florida condominium, contracts with B to time-share B’s condominium. A then sells his own condominium, causing the value of neighbor C’s condominium to fall. Does this mean that the contract between A and B should not be allowed? Has A robbed C?

Lire aussi la réponse de William Barnett et Walter Block aux arguments de White et Selgin :
What’s Wrong with “Clown” or Play Money ?

Sur l’option clause :

The Option Clause in Free-Banking. Theory and History : A Reappraisal

Parth J. Shah raconte que l’innovation “option clause” est apparue non pas du fait des nécessités économiques mais du contexte législatif.
D’abord, l’option clause présente quelques avantages : les utilisateurs préfèrent garder les billets plutôt que de les utiliser comme moyen d’échange. Ils sont peu susceptibles de passer par le système de compensation. Mais il explique ensuite que les banques usaient de méthodes assez viles pour éviter d’avoir à payer les épargnants. Elles procédaient à de longues et multiples vérifications, pour gagner du temps. En même temps, il dit aussi que cela s’est produit au début des années 1760, lors d’une pénurie de pièces et d’espèces (des faits confirmés dans le chapitre 8 de “History of Banking in Scotland”). Chose qu’elles n’avaient jamais faite jusque là, les banques attachaient alors tous les billets à des options clauses, même pour les très petits montants; elles invoquaient abusivement les clauses, et cela, à l’encontre des retraits quotidiens de billets. Il leur arrivait même d’intimider les clients qui viennent se faire rembourser : elles mettaient tout en oeuvre pour les décourager, ce qui expliquerait pourquoi les clauses n’avaient historiquement presque jamais été invoquées spécialement pour honorer les retraits. Le public finit par se méfier des clauses, demandant son abolition.

L’auteur pense que les clauses ne marchent qu’à la condition que les déposants ne viennent pas retirer leur dépôt tous en même temps, ce qui ne s’est d’ailleurs jamais produit à l’époque. Lorsque de nombreuses banques commencent à les utiliser, les clients demandaient à ce que cette pratique soit interdite. L’option clause ne semblait alors pas très utile. Sans doute en serait-il autrement en l’absence des lois d’usure, qui avaient plafonné un taux de 5% considéré trop bas par Selgin pour éviter l’usage abusif de l’option clause.
Ironie du sort, la Bank of Scotland avait déjà eu recours aux suspensions de paiement, en 1704, 1715 et 1728, soit avant l’émergence de l’option clause en 1730 très exactement.

Parmi les deux plus grandes banques de l’époque, Royal Bank et Old Bank (appelée aussi Bank of Scotland), la dernière utilisait l’option clause. Shah se demande : si les option clauses protègent les déposants comme le ferait une assurance-dépôt, pourquoi les clients de la Royal Bank n’échangeraient pas ses billets contre ceux de la Old Bank ? D’après lui, la Old Bank n’a pu utiliser l’option clause que parce que sa réputation et son influence le permettait. Et même sans la clause, elle versait des compensations pour toute suspension temporaire de convertibilité, avant l’usage de l’option clause. En clair, elle a prouvé par le passé qu’elle était de bonne foi. Pour toute autre banque de moindre envergure qui utilisait l’option clause durant les débuts des années 1760, les gens réclamaient alors sa suppression.
Il semblerait que l’usage d’une option clause par une banque réputée n’apporte pas d’avantages, alors qu’en même temps, son usage par une banque peu réputée fait subir un lourd préjudice aux clients.
Ce que l’auteur n’explique pas, en revanche, c’est pourquoi les individus laissent leur argent dans ce genre de banques ? Si l’option clause ne passe pas le “test du marché”, il n’y a pas besoin de loi pour la supprimer. Les gens vont tout simplement déposer leur argent dans des banques réputées comme la Old Bank. Pourquoi seraient-ils obligés de laisser leur argent dans des banques malhonnêtes ?
Enfin, à ma connaissance, Selgin lui-même n’a jamais prétendu que l’option clause encourage les mauvaises pratiques bancaires, ou encore que l’option clause peut bâtir une confiance. Ça serait évidemment trop facile.

Sur le modèle écossais :

The Myth of Free Banking in Scotland

Rothbard est en désaccord avec la thèse qui veut que le système écossais était supérieur au système anglais sous prétexte que l’étendue des faillites bancaires étaient moindre.

On the contrary, a dearth of bank failure should rather be treated with suspicion, as witness the drop of bank failures in the United States since the advent of the FDIC. It might indeed mean that the banks are doing better, but at the expense of society and the economy faring worse.

Rothbard explique qu’une multiplication des faillites serait un frein à l’inflation du crédit. À contrario, l’absence de faillite témoignerait plutôt une évidence d’une inflation galopante.
Entre 1797 et 1821, les banques écossaises, tout comme leurs homologues anglaises, ont maintenu les suspensions de paiement. Ceux qui désiraient retirer leur or fléchissent sous les menaces et les intimidations. C’est ce qui a contribué entre autre à la rareté des faillites des banques écossaises, lesquelles pouvaient alors se permettre d’être très inflationnistes. Elles pouvaient se le permettre parce qu’elles n’en payaient pas les coûts. Ceci est illustré par Checkland : “the principal and ultimate source of liquidity [of the Scottish banks] lay in London, and, in particular, in the Bank of England.”

Cette version des faits semble confirmée par Andrew William Kerr, dans son livre History of Banking in Scotland, au chapitre 9

Instead of contracting their business as they ran out of funds, they increased their engagements. To provide themselves with funds, they arranged with certain firms in London to accept bills on their account at a commission; and with their notes they purchased bills of exchange on London from the Edinburgh bankers to replenish their account with their London correspondents.

Lawrence White a répondu aux critiques de Rothbard sur la banque libre écossaise : Free Banking in Scotland.

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