George A. Selgin, The Theory of Free Banking: Money Supply under Competitive Note Issue [1988] (10/11)

Disponible en PDF.
10: Miscellaneous Criticisms of Free Banking

Criticisms from Conventional Wisdom

Historiquement, rien ne prouve que le monopole de la frappe de monnaie ait été institué en réponse à une quelconque défaillance de la frappe privée. Les monnaies privées semblaient pouvoir rivaliser avec les pièces de monnaie produites par le gouvernement.

The gold coins of Templeton Reid of Georgia—which actually had a bullion value slightly above their face value—and the gold Bechtler coins of North Carolina—minted in the 1830s and still in circulation half a century later—competed successfully with coins produced by nearby Federal rivals, and the Bechtler coinage (over three million dollars worth) was for some time the favored money of the mid-Atlantic states. During the California gold rush at least fifteen private mints struck coins to satisfy a demand that would otherwise have gone unfulfilled due to the absence of any government mint. Some of them produced inferior coin, but those that did so fell rapidly into disrepute and were outcompeted by other firms such as Moffat & Co., Kellogg & Co., and Wass, Molitor & Co. The latter firms enjoyed excellent reputations (in addition to tacit government approval) even though private coinage had become a misdemeanor in California law after April 1850 (Adams 1913, xii).

One of the last American private mints, Clark, Gruber & Co., operated between 1860 and 1862 and produced high-quality gold coins often superior to United States coins of like denomination. In its two years of existence, it produced approximately $3,000,000 of coin and threatened to rob the Federal mints of a substantial part of their market. To guard against this the government bought the mint out in 1863 for $25,000 (Watner 1976, 27-28). Two years later the Federal government passed a law prohibiting all private coinage.

Lire aussi : Get Government Out of Coin Manufacture

Fraud and Counterfeiting

Une des plus grandes critiques de la liberté bancaire, c’est qu’elle est sujette à la fraude. Friedman affirme que les contrats de monnaie sont difficiles à faire respecter :

The very performance of its central function requires money to be generally acceptable and to pass from hand to hand. As a result, individuals may be led to enter into contracts with persons far removed in space and acquaintance, and a long period may elapse between the issue of a promise and the demand for its fulfilment. In fraud as in other activities, opportunities for profit are not likely to go unexploited. A fiduciary currency is therefore likely … to be overissued.

Le marché n’est pas acquis d’avance. Lorsque les banques ont le droit d’émettre leurs propres billets, elles doivent se forger une marque de confiance, de sorte que ses billets soient le plus largement acceptés.

In any event a bank is likely to have to make a considerable investment in brand-name capital before its notes can travel to persons “far removed in space and acquaintance” who will unhesitatingly accept them.

Cela ne signifie pas que les fraudes n’auront jamais lieu, mais qu’il n’y a simplement aucune raison de croire qu’elles seront plus fréquentes dans le système bancaire que sur les autres marchés. Elles sont d’ailleurs plus fréquentes dans un système centralisé, en témoigne les suspensions de paiement.
Certains diront que la durée de circulation des billets serait suffisamment longue (avant de retourner dans le système de compensation) pour que les fraudes et les escroqueries aient le temps de se multiplier. Cependant, cette idée néglige le fait que les individus n’accordent pas tous une confiance aveugle à n’importe quelle “marque” de billets. Les préférences varient et fluctuent; tous les billets ne sont pas acceptés par tout le monde. La durée de circulation devrait être assez courte.
On découvre par exemple qu’en 1873 la durée moyenne de circulation d’un billet écossais était de 10 ou 11 jours. À titre de comparaison, le dollar de la Réserve Fédérale enregistre une durée de retour de 17 mois. (voir la note 11 pour plus de détails)

La probabilité de détection des contrefaçons est inversement proportionnelle à leur durée moyenne de circulation. Et d’après Emmanuel Coppieters, les billets de banques écossais avaient une durée de circulation inférieure à ceux des billets de la Banque d’Angleterre, dont les billets étaient fréquemment contrefaits. Autre chose intéressante à noter. Il arrivait parfois aux banques écossaises d’accepter des faux billets afin de pouvoir détecter leurs émetteurs, et de les poursuivre. Ainsi les détenteurs de faux billets étaient dédommagés.

Enfin, le dernier argument suppose que les marchands ne sont pas forcément capables d’examiner les billets qu’ils reçoivent en paiement, même s’ils ne leur sont pas familiers. Les émetteurs pourraient toujours pratiquer une politique de surexpansion.
L’argument n’est pas très pertinent. Comme expliqué dans les précédents chapitres, il leur suffit simplement d’accepter uniquement les billets qui sont acceptés à leur valeur faciale, c’est-à-dire les billets ne subissant pas une décote sur le marché. Les individus n’ont pas besoin de se tenir informés de la solvabilité de toutes les banques émettrices.

Restriction of Economic Growth and Full Employment

Certains racontent que le modèle de banque libre est une nuisance à la croissance économique. Selgin relate quelques faits :

According to Cameron (1967, 94ff) the Scottish economy grew more rapidly during the century prior to 1844 than the English economy during the same period.

Even the halfhearted American experiment in “free banking”—with all its restrictions against branch banking and note issue—does not seem to have frustrated economic growth in any discernible way. New England, which for most of the first half of the 19th century had the least regulated banking system in the US, witnessed the greatest industrial progress.

Money Supply as Natural Monopoly

Une autre critique formulée envers la banque libre, c’est que le marché tendrait vers des monopoles naturels. Ce monopole ne subirait pas les flux de compensation, et leurs billets seraient exempts de décote. Le monopole devrait alors être réglementé. L’erreur de l’argument est de supposer que le coût marginal de l’expansion monétaire se résume au coût de l’encre et du papier, qui devrait chuter au vu des économies d’échelle. Elle oublie que les banques doivent augmenter (et maintenir) la popularité de leurs billets au-delà de celle de ses concurrentes et de la monnaie-marchandise, sous peine de souffrir les coûts de conversion et de remboursement.
En Europe comme en Amérique, nous avons bien vu que les monopoles ont émergé essentiellement à l’aide des privilèges. De toute évidence, les rares épisodes de banques libres ont débouché sur une très grande variété de “marques” de billets.

Michael Melvin et Benjamin Klein donnent un argument intéressant en faveur du monopole (étatique) d’émission. Il serait à priori plus difficile et coûteux pour le privé de se forger une réputation qu’il ne le serait pour le gouvernement. À priori, on pourrait penser que ce serait effectivement plus aisé par voie coercitive, et il n’est pas difficile d’imaginer comment le gouvernement s’y prendrait : par l’effet d’annonce. Pourtant, nombre de monopoles étatiques n’ont pu émerger qu’après l’adoption de toute une panoplie de lois : interdiction de la frappe privée, cours légal, interdiction des succursales, interdiction d’échanger les billets, taxation des banques émettrices, obligation d’adosser les billets à des titres obligataires, contrôle des changes, suspension de paiement.
La confiance des monnaies étatiques n’est même pas consolidée ni renforcée avec le temps, au vu de la piètre gestion étatique. Les contre-exemples sont extrêmement rares. Une exception est toutefois relevée par Tuh-Yueh Lee : les billets imprimés par la Chinese Government Bank (établie en 1904) jouissaient d’une telle confiance et d’un tel succès que même les agriculteurs qui exigeaient habituellement d’être payé en “cash” (silver dollar) acceptaient les billets étatiques tandis qu’ils refusaient les billets de toutes les autres banques.

Le raisonnement de Melvin et Klein ne prouve rien du tout, si ce n’est que la plupart des coûts déployés dans la “marque” par les banques émettrices sont également déployés par les banques de dépôts : une fois que celle-ci a gagné la confiance des clients pour ses dépôts, les coûts supplémentaires engendrés par l’émission de billets ne sont plus si élevés.

Si le gouvernement était plus efficient que le marché, pourquoi avoir restreint leur liberté d’émission monétaire ? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas procéder ainsi avec les dépôts ? Et d’ailleurs, pourquoi autoriser la concurrence des chèques de voyage si le gouvernement pouvait les fournir à moindre coût ?

Public Good and Externality Arguments

Deux arguments s’appuyant sur les externalités tentent de justifier la mainmise de l’Etat sur la monnaie.
Le premier consiste à dire que l’utilisation de ce bien (la monnaie) est à la fois non-rivale et non-exclusive. On ne peut pas priver autrui de consommer ce bien, auquel tous les agents ont libre accès, ce qui pose le problème du “passager clandestin”.
Le deuxième pose l’idée que les coûts de production ne sont pas internalisés, ce qui conduirait à une surexpansion; ou alors que les bénéfices de l’émission de monnaie interne ne sont pas internalisés, ce qui conduirait à une sous-production.

Pour Friedman, les bénéfices de la demande d’encaisses monétaires sont maximisés lorsque les gains marginaux des encaisses sont équivalents au coût marginal social (censé être quasi-nul) de la production de monnaie. Le problème, c’est que les coûts privés excèdent les coûts sociaux.

But the private cost of adding to money balances is equal to the interest rate on alternative assets, which typically exceeds the near-zero social costs of money production. Free banks are driven to pay competitive rates of interest on such deposits, which prevents the deposits from being held in suboptimal quantities. This leaves the possibility that bank notes will be held in suboptimal quantities. The problem here is that payment of interest on notes is likely to be impossible because of the high transaction costs involved.

Si les banques peuvent payer des intérêts sur les dépôts, il est plus coûteux de produire des billets. On pourrait penser alors que les banques choisiront d’émettre moins de billets et plus de dépôts. Mais la sous-optimalité de billets sera compensée par la sur-optimalité de dépôts. Qu’importe qu’il y ait peu de billets et trop de dépôts, tant que ces moyens de paiement sont facilement interchangeables. L’important, c’est que la demande de monnaie est satisfaite.
Les banques monopoles, au vu de leur statut de monopole, seraient de toute façon moins avisées de payer des intérêts sur les dépôts en billets que les banques sous pression concurrentielle.
Une proposition évoquée au chapitre 11 pour promouvoir l’offre de billets serait l’adoption d’un système de loterie; les banques procèderaient à un tirage au sort avec des numéros gagnants, lesquels seront payés. C’est une façon indirecte de payer des intérêts comme on le fait sur les dépôts.

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