Ruée bancaire : Diamond-Dybvig model

Diamond et Dybvig justifient l’existence d’une garantie publique sous la forme d’une assurance-dépôt, expliquant que celle-ci empêcherait les ruées bancaires.
D’abord ils présentent le système bancaire comme suit :
Les banques reçoivent des dépôts bancaires. Ces derniers pouvant être retirés à tout instant. Le banquier va prêter cet argent à des investisseurs qui ont des besoins d’investissements, sur du plus ou moins long terme. Cela signifie que ces investissements porteront leurs fruits dans le futur.
Que les banques pratiquent ou non la réserve fractionnaire, cela ne change rien au problème. L’argent n’est pas immédiatement disponible pour tous les épargnants. Une fraction seulement sera immédiatement disponible aux déposants. Si tout le monde vient récupérer son dépôt, la banque est dans l’incapacité d’honorer les remboursements car elle devra attendre que les investissements long terme portent leur fruit.  Mais elle ne peut pas attendre.

Ils dessinent alors deux scénarios :
1) Une rumeur court sur la solvabilité de votre banque : elle est vraie.
2) Une rumeur court sur la solvabilité de votre banque : elle est fausse, mais assez crédible aux yeux du public.

Dans le cas 1), il est logique de laisser les déposants faire sauter la banque. Dans le cas 2), c’est plus problématique puisqu’il résulte en quelque sorte d’une asymétrie d’information. Bien sûr, dans la vraie vie, on sait qu’il n’est pas possible de transformer n’importe quelle rumeur en prophétie auto-réalisatrice, sinon, ça se saurait. L’information doit être un tant soit peu fondée. Il se peut en revanche que les craintes soient exagérées.
Bref. Les déposants ont deux choix : ne pas retirer et prendre le risque de laisser les autres faire couler la banque, ou mettre de côté ses états d’âme et aller faire sauter la banque en espérant arriver parmi les premiers. Évidemment, on peut logiquement penser qu’ils vont tous se ruer vers la banque en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Les banques peuvent-elles recourir au marché inter-bancaire ? Pas forcément. Les concurrentes ne savent pas si la rumeur est fondée ou non. Asymétrie d’information oblige.

La solution, selon les théoriciens, serait l’adoption d’un système de garantie publique qui ne jouera de toute façon jamais. L’idée est que les déposants, en sachant que leurs dépôts sont protégés, ne provoqueront jamais un mouvement de ruée bancaire. L’autre avantage de l’assurance-dépôt c’est qu’elle capitalise la confiance des épargnants qui seront encouragés à confier leur argent aux banques plutôt que d’aller le cacher sous le canapé, ce qui est, selon eux, improductif.

Est-ce que les banques sont aussi démunies que le supposeraient Diamond et Dybvig ? Est-ce que les banques ressemblent à celles dépeintes dans leur modèle ?
D’après George Selgin (interview en pdf), ce n’est pas tout à fait le cas :

RF: Are there institutional arrangements that might arise in a free banking environment that protect banks in the case of a panic?

Selgin: There are. For example, banknotes can include so-called “option clauses.” Scottish banknotes bore such clauses before 1765, although the banks didn’t actually use them to preclude panics, as I’ll explain in a moment. With an option clause, a bank in effect reserves the right to stop redeeming its notes on demand, on the condition that it must pay interest on the notes during any period of suspension. So long as the interest rate is sufficiently high, option clauses are incentive compatible: They’ll only be invoked when so doing is in the noteholders’ own best interest. For example, if you had a completely irrational run on a solvent bank, the clause could kick in and prevent the panicking note holders from wrecking the bank. The very fact of the bank’s invoking the clause tells panicking customers that it’s solvent, because if it weren’t, it would make more sense for its owners to go ahead and wind it up.

But Scottish banks didn’t actually use option clause notes to prevent runs. Instead they had them to protect against note raids, where rival banks would pile up notes and then stage a raid to exhaust a bank’s reserves and put it out of business. Such raids occurred in the early days of Scottish banking. The option clause might have been used to protect against random panics, except that there weren’t any random panics. So in theory at least there is a contractual solution to such panics that could work very well.

Also, when you ban competitive note issue, you eliminate the one bank-issued demand liability for which there can be an active secondary market. Suppose you have a bank that’s insolvent, then expert market participants would discount its notes. Conversely, if the notes aren’t discounted, nobody has to worry. “Naive” bank customers could just check the market price of their notes to know whether they’d better run on their banks or not. So information from the secondary note market can prevent runs and panics from spreading randomly. If you shut down that market, as you do when you prohibit competition in note issue, you create a basis for bank-run contagions that wouldn’t exist otherwise.

Même si les “Option Clauses” écossais avaient été interdites en 1765, il existe de nos jours une version moderne de l’option clause. Ce sont les dépôts à terme.
Si la banque ne peut pas honorer tous ses remboursements en une fois, il suffit de repousser les échéances. On peut imaginer que les banques proposent des versements d’indemnités journalières plus élevées en fonction de la durée d’immobilisation du dépôt. Pour ceux qui souhaitent raccourcir la durée d’immobilisation, cela se fera au détriment du montant des indemnisations. Dans tous les cas, les banques peuvent se protéger de la ruée bancaire. C’est comme cela que le modèle écossais a fonctionné (même si ce n’était pas vraiment des banques libres, mais ça, c’est une autre histoire…).

Les défenseurs du système de garantie publique d’assurance-dépôt diront que les banques victimes de fausses rumeurs doivent verser des indemnités, ce qu’elles n’auraient jamais fait avec le système d’assurance-dépôt. Il n’est pas certain que ces clauses puissent prévenir tout mouvement de panique, tout simplement parce que les déposants n’ont aucun signal sur la fiabilité de l’information. Dans le doute, ils peuvent tout à fait essayer de “tester” la banque.
Mais d’après Selgin (voir l’interview plus haut), cela ne serait possible que dans un contexte de monopole d’émission, c’est-à-dire un système où la concurrence d’émission monétaire est interdite. Car les utilisateurs de monnaie se retrouvent dans l’incapacité d’effectuer un checking des billets qu’ils reçoivent en paiement. Dans un système concurrentiel, les mauvais billets subissent un discount après un checking. (*)

L’assurance-dépôt est-elle absolument nécessaire ?
Dans tous les cas, la solution préconisée par les théoriciens présente toutefois un problème majeur. Car cela suppose que les acteurs économiques n’ont pas l’imagination nécessaire pour développer un tel système, comme si les économistes (et l’État par extension) étaient mieux placés qu’eux pour savoir ce qu’il faut faire.
Il est tout à fait possible de développer un système d’assurance-dépôt avec l’argent du privé, plutôt qu’avec l’impôt. Qui se chargeront de payer ? Les banques ayant souscrit à l’assurance. L’initiative privée présente l’avantage d’atténuer les situations de “moral hazard”. Seules les banques saines seront renflouées. Celles-ci pourront annoncer aux déposants que la garantie va pouvoir jouer parce qu’elles ont une bonne santé financière, ce qui stoppe le mouvement de masse.

C’est l’archétype même de la “surveillance mutuelle” que l’on retrouve dans les systèmes de caisses d’assurance privées dépeints par Bastiat.

(*) Le chapitre 9 : The Theory of Free Banking indique qu’il n’est pas nécessaire de garantir les dépôts dans un système de banque lire puisque l’information peut être révélée par les prix grâce au courtage en billet.

Note and deposit exchange rates would reflect potentials for capital losses depending on the soundness of underlying bank loans and investments. Chapter 2 showed how note brokerage systematically eliminates note-discounting except when it is based on risk-default generally acknowledged by professional note dealers, including banks themselves. In short, note brokerage produces information on bank-specific risk. […] After confirming through the newspaper that there is no discount on the notes he holds, a bank customer would feel no urge to redeem them in a hurry.

Tiré de “A Lesson From the Free Banking Era” :

During this era, many different bank notes were circulating, making the ability to determine which notes were valid and sound, and which were risky, necessary for transactions to occur. As a result, bank note reporters–newspapers that, like today’s financial pages, listed which bank notes were valid and what their market values were–were published and used as guides for bank note acceptance.

Once a note was determined to be valid, merchants had to know at what price it was trading: Was the note trading at par or at some other value? Evidence suggests that bank notes backed by creditworthy securities circulated at or near par. Those notes backed by risky securities, however, were accepted only at a discount, which compensated for the additional risk.

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