La mobilité des revenus aux USA : l’évidence empirique

Sur le web, on lit souvent que l’Amérique est la terre des inégalités. Les pauvres restent pauvres et les riches restent riches: 1) il n’y a pas de mobilité sociale 2) le rêve américain est un mythe qui a la vie dure. Il y a du vrai et du faux : 1) il existe une certaine mobilité aux USA 2) selon ce qu’on entend, le degré de mobilité peut y être fort. Ou faible.

Lire la suite

Aléa moral en soins de santé : mythe ou réalité ?

La théorie de l’aléa moral est parfois invoquée pour expliquer la hausse des coûts de la santé. L’idée est la suivante : lorsque les soins sont gratuits ou quasi-gratuits, les consommateurs sont peu regardant sur les quantités demandées. Comme le décrit la célèbre fable de la tragédie des biens communs, lorsque le coût de l’utilisation d’un bien n’est pas internalisé, il n’existe plus de limite à l’usage de ce bien dont la quantité se tarit inexorablement. Selon toute vraisemblance, la gratuité des soins devrait provoquer à terme une pénurie des services de santé. Les gens vont se mettre à surconsommer des soins, consulter des médecins quand cela n’est pas nécessaire, ingurgiter des médicaments quand on est en bonne santé, ou encore flâner dans les couloirs des hôpitaux. Les fournisseurs de soins font gonfler les tarifs sous l’effet de la demande, de sorte que l’état va finalement restreindre l’offre de soins. Émergent ainsi des files d’attentes et des cadavres entassés devant les portes d’hôpitaux.

Lire la suite

Critique de la théorie du monopole naturel – alternative

Comme expliqué précédemment, monopole naturel – histoire, l’accroissement de la production s’accompagnant d’une baisse du coût unitaire, une firme expansionniste supporte plus facilement les baisses de prix que les petites entreprises, finalement acculées à la faillite. Dans ces conditions, il est peu probable que plusieurs firmes puissent coexister. Il suffit que l’une d’elles (souvent la première sur le marché) accroit sa production pour faire baisser ses coûts unitaires. L’entreprise qui relève ce challenge ne survivra pas à cette guerre des prix et se retirera vite du marché. Il est même hautement probable que les potentiels entrants, comprenant qu’il est impossible de rivaliser avec une firme dont les prix unitaires peuvent être désormais abaissés à des niveaux qui leur seraient insoutenables, décident de laisser cette entreprise faire son business. C’est là que la théorie des marchés contestables de Baumol s’effondre.

À cela, les défenseurs du marché répondent que les substituts sont possibles, qu’il n’existe pas qu’un seul moyen de produire de l’eau, de l’électricité, ou que sais-je encore. Puisque le monopole fait augmenter les prix, les autres alternatives (modes de production et de distribution) seront financièrement stimulées. Comme le rappelle DiLorenzo, la concurrence est un processus permanent de recherche et de découverte. S’il est vrai que la faille de cette théorie tient du fait que l’on ignore combien de temps cela va prendre avant que ces alternatives n’émergent, dans le cas unique où elles n’ont pas encore émergées, l’histoire ne semble pas témoigner de l’émergence d’un tel monopole naturel : The Myth of Natural Monopoly.

Lire la suite

Critique de la théorie du monopole naturel – histoire

Une théorie célèbrement connue sous le nom de “monopole naturel” est souvent formulée pour justifier les lois antitrust et la régulation des services publics. L’idée se présente comme suit : du fait de la concurrence imparfaite, les firmes n’ont pas la même taille. La plus grande firme bénéficie d’un certain avantage sur les autres; elle peut tirer sur les économies d’échelle (effet volume, coûts fixes…). Puisque les coûts fixes ne varient pas dans les coûts de production, augmenter la production permet de faire baisser les prix sans que la firme ne souffre de sa rentabilité; sa taille amortissant les coûts. Ses prix diminuant, elle vend plus, accroit ses parts de marché, et ses coûts totaux diminuent. La firme grandit encore, ses prix peuvent baisser davantage de même que ses coûts, et davantage de concurrents sont chassés du marché. La firme grandit encore… etc. etc.
Au final, un tel scénario ne peut que déboucher sur un monopole, dit naturel. A partir du moment où une telle taille est atteinte, la firme ne craint plus une concurrence potentielle incapable de survivre à la guerre des prix. Sans contestation potentielle du monopole, celui-ci a tout le loisir de charger des prix de plus en plus élevés.

De ce fait, les économistes du mainstream considèrent que les monopoles doivent être interdits. On oublie parfois de faire intervenir l’élasticité-prix. La plupart des biens et services qu’on peut trouver sur le marché sont tous plus ou moins assez élastiques. Les craintes d’un tel monopole sont très souvent exagérées. En vérité, un monopole n’est vraiment dangereux que dans le cas où la demande du bien est incompressible : par exemple l’eau, la santé et dans une certaine mesure l’électricité. Ceci est d’autant plus vrai dans le cas des services impliquant la construction et l’installation d’un vaste réseau extrêmement coûteux; c’est le genre de contexte où la concurrence peut difficilement émerger. C’est uniquement sur ce genre de monopole que le débat doit porter pour que celui-ci ait un sens.

D’après Thomas J. DiLorenzo (“The Myth of Natural Monopoly”), il semblerait que d’un point de vue historique les monopoles ont été créés des décennies avant que la théorie ne soient formulée. Au moment où les premières franchises gouvernementales ont été accordées, une majorité d’économistes avait reconnu que les économies d’échelles ne débouchaient pas sur un monopole. Ainsi, lors de la fin du 19ème siècle, lorsque les gouvernements ont commencé à distribuer des franchises, l’interprétation économique fut que les monopoles ont été créés par les gouvernements (franchise, protectionnisme, etc). Après les années 1920, les économistes ont redéfini le monopole en terme de parts de marché et non plus en terme de rivalité concurrentielle et d’esprit d’entreprise. Comme le démontre Demsetz :

Six electric light companies were organized in the one year of 1887 in New York City. Forty-five electric light enterprises had the legal right to operate in Chicago in 1907. Prior to 1895, Duluth, Minnesota, was served by five electric lighting companies, and Scranton, Pennsylvania, had four in 1906. [...] Before 1884, six competing companies were operating in New York City …

Lire la suite

Akerlof et l’étrange théorie de la sélection adverse

George Akerlof reçut avec Stiglitz en 2001, le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur l’information asymétrique. Souvent présentée comme une imperfection de marché, la théorie de sélection adverse se présente souvent sous deux exemples : le marché des voitures d’occasion et le marché des assurances.

Commençons par le premier marché. Que voyons-nous ? Que le marché de l’occasion comporte deux types de voitures : les voitures de qualité et les voitures endommagées. Les motifs pour lesquels les vendeurs cherchent à s’en débarrasser sont diverses, et les acheteurs n’en savent rien. Tout ce qu’ils savent c’est qu’il y a des tacots et que cet échange est risqué, tout simplement parce qu’ils sont dans l’incapacité de distinguer les bonnes marchandises des mauvaises. Tant qu’à faire, autant exiger que les prix baissent. Mais les propriétaires de belles voitures ne l’entendent pas de la même oreille : ils se retirent du marché, qui se retrouve avec des tacots. Les acheteurs qui s’en rendent compte se retirent du marché. C’est un dysfonctionnement de marché. L’information n’est pas transmise dans les prix.

Lire la suite