J’ai regroupé dans ce seul post toutes les références confirmant empiriquement la théorie autrichienne des cycles économiques. Les passages, calculs et graphiques importants de ces études sont cités. Au total, une dizaine d’articles et une cinquantaine d’images.
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Austrian Business Cycle Theory, par Jesús Huerta de Soto
La théorie autrichienne des cycles économiques (ABCT) est l’analyse, par l’école autrichienne, des cycles économiques , à savoir des phases d’expansion suivies des phases de récession.
Peut-être que l’oeuvre décrivant le mieux les effets de la surexpansion monétaire est l’ouvrage phare de Jesús Huerta de Soto : Money, Bank Credit, and Economic Cycles.
Au vu de la répétition des erreurs du passé et des remèdes inadéquats, il est important de bien comprendre pourquoi les théories environnantes sont inexactes et non conformes à l’évidence empirique. Tout le contraire de l’ABCT.
Modern Monetary Theory, vue par Robert Murphy
Depuis maintenant 2 ans, si ce n’est plus, on peut voir de nouveaux théoriciens sévir sur les blogs et les forums d’économie. Ce sont les MMTers. Ils se pointent avec un argument vicié à l’encontre, qui plus est, des économistes autrichiens. Robert Murphy a publié un article réfutant leur fameuse équation “G − T = S − I”.
Money and Capital : Sraffa versus Hayek
Dr. Hayek on Money and Capital – by Sraffa
If money did not exist, and loans were made in terms of all sorts of commodities, there would be a single rate which satisfies the conditions of equilibrium, but there might be at any one moment as many “natural” rates of interest as there are commodities, though they would not be “equilibrium” rates. The “arbitrary” action of the banks is by no means a necessary condition for the divergence; if loans were made in wheat and farmers (or for that matter the weather) “arbitrarily changed” the quantity of wheat produced, the actual rate of interest on loans in terms of wheat would diverge from the rate on other commodities and there would be no single equilibrium rate.
Money and Capital: A Reply – by Hayek
I think it would be truer to say that, in this situation, there would be no single rate which, applied to all commodities, would satisfy the conditions of equilibrium rates, but there might, at any moment, be as many “natural” rates of interest as there are commodities, all of which would be equilibrium rates; and which would all be the combined result of the factors affecting the present and future supply of the individual commodities, and of the factors usually regarded as determining the rate of interest. There can, for example, be very little doubt that the “natural” rate of interest on a loan of strawberries from July to January will even be negative, while for loans of most other commodities over the same period it will be positive.
Let us take Mr. Sraffa’s case in which the farmers “arbitrarily changed” the quantity of wheat produced – which I understand, from what follows, to mean that they, for example, so increased the supply of wheat that its price fell below its cost of production and, as a consequence of its temporary abundance, loans of wheat were made at a much lower rate of interest than loans of other commodities. But would that fall in the rate of interest on wheat-loans cause anyone to start roundabout processes of production for which the available subsistence fund is not sufficient ? There is no reason whatever to assume this. In so far as people live on wheat, they will actually be provided with food for a longer period; and in so far as the lower price of wheat will induce people to eat more of it – instead of something else – these other goods will also be available for a longer period of time, and interest in terms of these goods will also fall. The effects will be just the same as if a corresponding amount of wheat had been saved, and when, as a consequence of the fall in the price of wheat, its output falls again, the accumulation of capital made possible by the surplus of wheat will supply cease.
Histoire juridique des banques
Dans son ouvrage “Money, Bank Credit, and Economic Cycles”, Jesús Huerta De Soto tente d’expliquer le caractère frauduleux de la réserve fractionnaire.
Comme le résume très bien Kinsella, il existe trois types de dépôt : le dépôt régulier, le dépôt irrégulier et le mutuum contract. Le premier consiste à déposer un bien dans un dépôt spécifique ou coffre individuelle. Le second consiste à déposer un bien “fongible”, interchangeable avec un autre de même nature. Le troisième n’est pas un véritable dépôt car il est considéré comme un prêt, un investissement. Les deux premiers types de dépôts ne consistent pas en un transfert au banquier de la disponibilité du dépôt, ce qui signifie que la banque doit conserver en tout temps, toute heure, l’argent qui lui a été confié. C’est un service de gardiennage. La seule différence est que le premier dépôt exige que les mêmes biens soient rendus tandis que le second recquiert simplement qu’un bien de même nature que celui déposé soit rendu au client.
Le troisième dépôt quant à lui abandonne la propriété du dépôt au banquier pour lui permettre de le prêter en contrepartie d’une rémunération de son compte. Le banquier peut donc pratiquer la réserve fractionnaire sans rompre son contrat : l’argent lui appartient, il en fait ce qu’il veut. L’épargnant, ici, n’est plus un déposant, mais un investisseur.
Tandis qu’un vrai dépôt est appelé “demand deposit” (dépôt à vue) dans le sens où il peut être retiré en tout temps, toute heure, “sur demande” … le prêt est vu comme un “time deposit” (dépôt à terme) car il nécessite un délai durant lequel le banquier vend ses actifs pour honorer les retraits.
De Soto explique que le dépôt régulier coûte cher, et que les clients préfèrent logiquement demander un dépôt irrégulier où l’on mélange tous les biens dans un même récipient. Dès lors il devient impossible de distinguer l’appartenance des objets de nature identique. Le problème, comme nous allons le voir, provient du fait que la loi d’une part ne considère pas le dépôt irrégulier comme un dépôt et que d’autre part les banquiers violent les contrats de dépôt en les utilisant.
La loi de Gresham : cours légal versus asymétrie d’information
Le point de vue autrichien de la loi de Gresham est que le cours légal déclenche le principe qui veut que la mauvaise monnaie chasse la bonne. En quoi consiste la loi de Gresham ? Jörg Guido Hülsmann en donne une explication assez complète dans son ouvrage “The Ethics of Money Production”, chapitre 10 “Legal-Tender Laws”.
Selon que le cours légal soit appliqué aux pièces de monnaies ou aux banques à réserves fractionnaires, l’effet diverge.
1) Supposons que le ducat dispose du cours légal, et que le thaler et la guinée soit autorisés à circuler. Si le ducat est dégradé au point de contenir seulement 30% de sa teneur initiale en or, les autres monnaies ne circuleront pas à plus de 30% de teneur en or, tout simplement parce que les individus peuvent refiler des ducats avilis. Elles ne circuleront pas non plus à un niveau inférieur à 30% d’or, puisqu’elles seront refusées. Les autres monnaies circuleront donc à 30% de teneur en métal précieux. Puisqu’il est interdit d’évaluer la valeur intrinsèque des ducats, il nous est juste possible que de les accepter, quelque soit leur teneur en or. Cela signifie aussi que les individus ont un fort incitatif à dégrader les pièces grâce à des techniques de “clipping” et de “billonnage”. Les bonnes monnaies seront thésaurisées ou exportées tandis que les mauvaises monnaies à cours légal seront utilisées comme moyen de paiement.
2) Si une banque privilégiée dispose du cours légal, ses billets seront moins souvent convertis en or, ce qui signifie qu’elle se retrouve avec des réserves supplémentaires qu’elle ne se gênera pas pour prêter. Ainsi, lorsqu’elle fractionne ses billets à 30% de ses réserves les autres banques sont incitées à fractionner davantage leurs billets car elles peuvent utiliser les billets de la banque à cours légal (que personne n’a le droit de refuser) pour couvrir leur propre émission de billets. En outre, les banques adverses servent de filet de sécurité en cas d’expansion concertée. Le dilemme pour la banque privilégiée c’est qu’elle doit tôt ou tard emboîter le pas, même si cette course vers le bas n’est pas sans fin. Si elle s’y refuse, elle perdra des revenus substantiels; si elle emboîte le pas, elle mettra en péril sa propre liquidité.
Ce dernier scénario est le pire des deux parce que le cours légal entraine une “course vers le bas” tandis que dans le premier scénario le cours légal joue le rôle d’une norme de dégradation de la monnaie. Dans les deux cas, il est dit que c’est la mauvaise monnaie qui chasse la bonne; en vertu du fait que les individus doivent traiter les monnaies indifféremment les unes des autres, ils sont incités à “gratter” les pièces de monnaie à cours légal afin de faire du profit.
Quand la réserve fractionnaire n’est pas une fraude…
L’histoire regorge de surprises. Les textes conventionnels racontent que les orfèvres du 17ème siècle livraient des certificats de dépôts pour chaque once d’or déposé. Le certificat de dépôt circule à sa valeur faciale, ou plutôt, il est dit que le déposant est “propriétaire” des onces qu’il a déposées. On nous raconte ensuite que petit à petit, les orfèvres remarquèrent que les paiements en or ne représentaient finalement qu’une petite fraction du stock total. Un jour l’orfèvre eut la pensée suivante : “mon coffre-fort contient actuellement 2000 onces d’or. Mes paiements quotidiens s’élèvent à 100 onces d’or, ni plus ni moins. Si je le voulais, je pourrais dès maintenant prêter plus de la moitié de l’or que j’ai en stock. Il m’en restera largement assez pour honorer mes engagements auprès de mes clients. Et personne ne verra la différence.”
Les déposants ne seraient alors aucunement au courant de ces pratiques. Et s’il n’y a pas de consentement, on peut effectivement parler d’une fraude.
Les débuts de la réserve fractionnaire en Angleterre coïncide avec l’apparition des intérêts sur les dépôts et la disparition des prélèvements sur les détenteurs de billets et de dépôts. En fait, ces innovations ne furent possible que dans la mesure où les banquiers étaient autorisés à tirer profit des pièces d’or qui leur étaient confiées, mais ce bénéfice profitait aussi aux déposants. Les clients étaient conscients qu’une partie seulement de leur avoirs repose sur de l’or véritable, mais ils préféraient recevoir des intérêts sur les dépôts plutôt que d’avoir à payer les frais d’entreposage.
Ce constat est attesté par les écrits de Samuel Pepys. Dans son journal, Pepys raconte qu’il avait déposé son or (2000£) dans la banque de Sir Robert Viner. Le 30 Mars 1666, il retourne chez Viner pour lui informer que le lendemain il souhaitera retirer ses avoirs en monnaie. Pepys note que son banquier lui a payé 35£, soit l’équivalent d’un taux annuel de 7%. Août 1666, il note avec surprise que la Banque d’Amsterdam ne paie jamais d’intérêts à qui que ce soit.
Au fond, il n’y a rien d’étonnant. L’inspection et le tri des pièces coûtent cher.
Historiquement, les banques n’ont jamais prétendu que les prêts étaient soutenus à 100% par des réserves d’or. Elles livraient simplement des promesses de remboursements, des IOUs (I owe you).
Il n’est pas certain que l’histoire atteste de ces accusations tant les autres plaintes étaient abondantes. Vraisemblablement, il n’y aurait pas de preuves que les gens se soient plaints auprès des banquiers d’avoir prêté plus d’argent qu’ils n’en possèdent.
Sir Dudley North, par exemple, fait une confusion dans le sens du mot “dépôt” quand il suppose que celui-ci est confié au dépositaire et non transmis. Faire un dépôt n’indique pas que le dépositaire doit le garder en main propre.
Rationnement du crédit
Dans un précédent billet, j’ai porté une critique sur la fameuse théorie de la sélection adverse. Mais il faut savoir qu’il existe une autre théorie dite le “rationnement du crédit” qui stipule que le phénomène s’applique également au système bancaire.
L’argument de fond reste le même : les créanciers sont incapables de distinguer les bons clients des mauvais, les emprunteurs ayant une meilleure information sur la viabilité de leur projet. On classera les bons emprunteurs comme étant ceux qui ont un projet peu risqué mais moins rentable financièrement et les mauvais emprunteurs comme étant ceux qui ont un projet très rentable mais très risqué. Face à ce dilemme, les créanciers peuvent augmenter le taux d’intérêt pour compenser l’incertitude.
Comme dans le modèle du marché des voitures d’occasion, l’idée générale c’est que l’information asymétrique crée une situation d’aléa moral dans laquelle les emprunteurs, après obtention du crédit, vont devenir moins prudents en l’absence de surveillance, ce qui finalement aboutira à une mauvaise allocation du capital. L’explication tient au fait que les mauvais emprunteurs sont moins sensibles au coût du crédit que les bons emprunteurs, surtout si ces derniers ont un projet au taux de rentabilité inférieur au taux d’intérêt. Le corollaire, c’est que plus les conditions d’octroi se durcissent, et plus les bons emprunteurs quitteront le marché, ne laissant que les mauvais.
Ainsi, le modèle bancaire Stiglitz-Weiss auquel s’applique le vieux principe de Gresham qui veut que les mauvais chassent les bons tend à montrer que les emprunteurs efficients ne peuvent investir en raison des barrières à l’entrée que sont les conditions d’octroi, et plus particulièrement le taux d’intérêt.
Pourquoi ? Parce que le marché du crédit est segmenté, c’est-à-dire que les petites entreprises subissent le rationnement puisqu’elles sont plus fragiles financièrement que les grandes firmes.
Il y a plusieurs façons de rationner le crédit : en accordant un prêt à un montant inférieur et à moins long terme, ou un prêt à taux plus élevé.
Comment expliquer cette segmentation ?
De nombreux théoriciens qui ont étudié le sujet présentent un constat à peu près identique : les grandes firmes sont privilégiées et les petites firmes sont pénalisées.
Voici quelques arguments en vrac :
-Les banques discriminent les petites firmes en chargeant un taux d’intérêt moins élevé pour les grandes firmes.
-Les banques préfèrent traiter avec des clients connus. Un investisseur réputé emprunte à taux préférentiel par rapport à un investisseur peu connu.
-Un effet “économie d’échelle” qui fait que plus l’on a déjà emprunté, et plus les conditions d’emprunt se desserrent.
-Un effet “économie d’échelle” indique que le coût de l’endettement est relativement plus élevé pour une petite entreprise qu’une grande.
Ruée bancaire : Diamond-Dybvig model
Diamond et Dybvig justifient l’existence d’une garantie publique sous la forme d’une assurance-dépôt, expliquant que celle-ci empêcherait les ruées bancaires.
D’abord ils présentent le système bancaire comme suit :
Les banques reçoivent des dépôts bancaires. Ces derniers pouvant être retirés à tout instant. Le banquier va prêter cet argent à des investisseurs qui ont des besoins d’investissements, sur du plus ou moins long terme. Cela signifie que ces investissements porteront leurs fruits dans le futur.
Que les banques pratiquent ou non la réserve fractionnaire, cela ne change rien au problème. L’argent n’est pas immédiatement disponible pour tous les épargnants. Une fraction seulement sera immédiatement disponible aux déposants. Si tout le monde vient récupérer son dépôt, la banque est dans l’incapacité d’honorer les remboursements car elle devra attendre que les investissements long terme portent leur fruit. Mais elle ne peut pas attendre.
Ils dessinent alors deux scénarios :
1) Une rumeur court sur la solvabilité de votre banque : elle est vraie.
2) Une rumeur court sur la solvabilité de votre banque : elle est fausse, mais assez crédible aux yeux du public.
Dans le cas 1), il est logique de laisser les déposants faire sauter la banque. Dans le cas 2), c’est plus problématique puisqu’il résulte en quelque sorte d’une asymétrie d’information. Bien sûr, dans la vraie vie, on sait qu’il n’est pas possible de transformer n’importe quelle rumeur en prophétie auto-réalisatrice, sinon, ça se saurait. L’information doit être un tant soit peu fondée. Il se peut en revanche que les craintes soient exagérées.
Bref. Les déposants ont deux choix : ne pas retirer et prendre le risque de laisser les autres faire couler la banque, ou mettre de côté ses états d’âme et aller faire sauter la banque en espérant arriver parmi les premiers. Évidemment, on peut logiquement penser qu’ils vont tous se ruer vers la banque en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.
Les banques peuvent-elles recourir au marché inter-bancaire ? Pas forcément. Les concurrentes ne savent pas si la rumeur est fondée ou non. Asymétrie d’information oblige.
La solution, selon les théoriciens, serait l’adoption d’un système de garantie publique qui ne jouera de toute façon jamais. L’idée est que les déposants, en sachant que leurs dépôts sont protégés, ne provoqueront jamais un mouvement de ruée bancaire. L’autre avantage de l’assurance-dépôt c’est qu’elle capitalise la confiance des épargnants qui seront encouragés à confier leur argent aux banques plutôt que d’aller le cacher sous le canapé, ce qui est, selon eux, improductif.
Les mensonges de l’Argent Dette
Depuis maintenant quelques années, une vidéo fait fureur sur Internet.
Il y a bien sûr le Zeitgeist, mais surtout, la vidéo de Paul Grignon : Money as Debt.
Ce genre de films conspirationnistes et sensationnels bénéficient de la crédulité de nombreux internautes, à plus forte raison quand ces derniers ne connaissent pas les mécanismes de la monnaie et quand ils ont des prédispositions envers le capitalisme.
Au mieux, ils pensent que l’on devrait supprimer le prêt avec intérêts.
Au pire, ils demandent carrément l’abolition pure et simple des banques, et par extension l’argent.
Paul Grignon et tous ses suiveurs nous proposent un argument à logique fallacieuse : les banques ne prêtant pas l’argent des intérêts, les emprunteurs ne peuvent pas rembourser. Je te prête 100, tu me dois 110. Impossible. Je demande un deuxième crédit, pour rembourser les intérêts du premier. Il me reste 90, et je dois encore rembourser 110. Je suis endetté de 20, and so on…
Ce que ces gens semblent négliger, c’est qu’une banque doit gagner des intérêts pour payer les dépôts des épargnants. Une banque est aussi une entreprise, ce qui implique par définition qu’elle a des employés qui, en tant que consommateurs, ont des dépenses personnelles à satisfaire. Oui, les banquiers sont aussi des êtres humains (une logique qui a échappé à Paul Grignon) : ils ont besoin de se nourrir, de se loger, de s’habiller etc. L’argent des intérêts gagné par la banque est dépensé. L’argent des intérêts gagné par les épargnants est dépensé. Il est réinvesti dans l’économie, permettant ainsi aux emprunteurs d’honorer leur paiement.