Politiques de relance et politiques d’austérité : France vs Suède vs Angleterre

Un récent débat opposant Robert Murphy à “Lord Keynes” a porté sur l’interprétation de la réussite de la Suède pour modérer la crise. Dans cet article, Murphy a exposé toute une série de chiffres pour montrer que la politique des Etats-Unis a été 1) plus expansionniste que la Suède en 2007-2009 et 2) moins liquidationniste que la Suède en 2009-2011 qui, pourtant, traverse mieux la crise que les Etats-Unis. C’est, dit-il, le contraire de ce que la théorie keynésienne prévoyait. Lord Keynes a immédiatement répliqué à Murphy :

… different countries had different economic conditions, and different crises; consequently, there is no reason why different levels of stimulus will have worked in some nations and not in others. Or why a stimulus of a certain level in Sweden was appropriate there, but not in America.

Mais Robert Murphy ne l’ignore certainement pas. D’ailleurs, il avait lui-même reconnu que ces données ne prouvent absolument rien :

Since Sweden handled the crisis much better than the US did, I would say the case of Sweden is prima facie evidence for the Austrian / austerian camp. As always in these matters, these particular data don’t prove anything; maybe there are confounding factors.

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Echec de la relance keynésienne : la théorie et la réalité

Bien que la stagflation des années 1970s a gravement discrédité la théorie keynésienne et par la même occasion l’efficience des politiques de relance, les politiciens persistent à adopter cette mesure coûteuse dans le but de stimuler l’activité économique, en stimulant la demande, et par suite l’investissement, par l’augmentation des déficits publics qui devront être payés dans le futur par les agents économiques. Même dans le cercle des économistes, les politiques keynésiennes continuent à être promues malgré la faille théorique selon laquelle 1) la relance des dépenses de consommation ne déformerait pas la structure de production en détruisant les stades de production éloignés de la consommation 2) il serait possible de stimuler l’investissement en pénalisant l’épargne privé; la combinaison de 1) et 2) provoquant une destruction du capital nécessaire au renouvellement des biens d’équipement permettant de soutenir la pérennité du niveau de consommation.
Non seulement la théorie, mais la preuve empirique également ne parvient pas à valider les prescriptions keynésiennes.

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Evidence empirique : et si les politiques de relance keynésienne ne marchaient pas ?

Chaque nouvelle récession voit renaître l’idée des politiques de relance. Dans la mesure où les individus réduisent leur consommation pour rembourser les dettes qu’ils ont contracté durant la période de boom économique, les gouvernements s’engagent dans d’énormes déficits pour stimuler la consommation privée. Dans leur revue des expériences américaines de relance budgétaire, Davies et al. n’ont trouvé aucune relation entre hausse des dépenses publiques et hausse du PIB.

The U.S. Experience with Fiscal Stimulus : A Historical and Statistical Analysis of U.S. Fiscal Stimulus Activity, 1953–2011

Promulguée en Septembre 2009, l’ARRA a fourni 787 milliards en transferts, achats, et réductions d’impôt financés par le fédéral dans un effort pour compenser la profonde récession qui a débuté en Janvier 2008. L’ARRA a précisé que 288 milliards de dollars seront consacrés à des incitations fiscales et 144 milliards de dollars seront accordés aux gouvernements étatiques et locaux avec plus de 90% consacrés à Medicaid et à l’éducation. Le gouvernement a alloué la somme restante de 357 milliards aux programmes fédéraux de dépenses pour le transport, la communication, l’amélioration des infrastructures, la recherche scientifique, et l’extension des allocations de chômage fédérales.

En début 2012, le taux de chômage, alors en baisse, semblait encore coincé dans une gamme qui tournait autour de 8,5%. Ce taux a persisté malgré l’injection des 787 milliards de dollars pour faire baisser le chômage; en dépit de plus d’un trillion de dollars à renflouer les constructeurs automobiles, les compagnies d’assurance, les prêteurs hypothécaires et les banques, et en dépit, encore, des dépenses continues liées à la guerre de l’ordre de 1 milliard de dollars par jour.

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Crise des Subprimes : perte d’emploi et structure de production

Une façon de regarder le marché du travail américain consiste à le diviser en deux composantes : les emplois générés par les secteurs structurellement “déficients” et “non-déficients”.
Credit Suisse définit les secteurs structurellement déficients pour “inclure les industries liées à l’immobilier, la finance, la fabrication et le secteur public étatique et local”. Ce sont les secteurs qui ont en partie profité de la bulle économique.
Beaucoup de ces emplois dépendaient du crédit, avec une croissance au-delà de ce que l’économie pourrait naturellement supporter; en d’autres termes, l’investissement excède l’épargne, provoquant une hausse de l’endettement. Le graphique ci-dessous montre la création d’emplois et la perte pour les deux composantes.

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Le Japon et le mythe de la décennie perdue, par Kel Kelly

Les économistes (keynésiens ou non) se plaisent à citer la décennie perdue du Japon comme une preuve de la nocivité de la déflation des prix. L’économie japonaise aurait stagné pendant près de deux décennies après l’éclatement de la bulle immobilière. D’après l’opinion courante, le Japon aurait connu une terrible déflation.

Kel Kelly a publié récemment un article (The Myth of Japan’s Lost Decades) sur le Mises Daily pour mettre tout ça au clair. Le graphique 2

nous permet de voir que l’IPC est resté aux alentours de zéro. Quand les économistes mainstream et la presse financière constatent 2% ou 3% d’inflation par an, ils disent que les prix sont stables. Quand ces mêmes experts constatent 1% de déflation par an, ils crient à l’apocalypse économique. Ce n’est pas comme s’ils sont à une contradiction près.

All in all, consumer prices have seen a slight increase , not decrease over the last two decades.

Ce graphique a le mérite d’être clair. Où voit-on de la déflation ? Mis à part les économistes de l’inflation ?
Selon eux, la ‘déflation’ serait responsable de la croissance poussive du Japon depuis le début des années 90.
Kel Kelly pense que le PIB n’est pas une mesure de la croissance réelle de l’économie en terme de biens et de services. Le PIB serait une mesure de l’inflation.
Lorsque l’offre de monnaie augmente plus vite que l’offre de biens et de services, les prix augmentent simultanément, bien qu’à des rythmes différents.

Therefore, GDP, which measures money prices, does not necessarily tell us much about the number of actual goods and services being produced; it only tells us that if GDP is rising the money supply must be rising, because a rise in GDP is mathematically possible only if the money price of individual goods produced is increasing to some degree.

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La crise de 1921 : les chiffres

La récession de 1921 est utilisée autant par les autrichiens que les keynésiens pour faire valoir la supériorité de leurs prescriptions. Les premiers disent que les salaires sont flexibles et que Harding a mené une politique libérale qui s’est avérée payante, les deuxièmes disent que les salaires sont rigides à la baisse et que la sortie de crise s’explique par la chute des taux d’intérêts.
Tout le monde semble d’accord sur le fait que l’expansion monétaire ayant servi à financer la guerre a eu tôt fait d’augmenter les prix à la consommation, et qu’il fallait augmenter les taux directeurs pour contenir l’inflation. C’est là que commence la récession (début 1920 – milieu 1921). Et les disputes quant au remède approprié.

Wages and hours in American industry, July 1914-July 1921

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Récession et hétérogénéité du capital humain

S’il y a bien une chose qui distingue la crise de 1929 et la crise de 2008 dans le redéploiement des ressources “idles”, c’est bien l’hétérogénéité du capital. Selon Roger Garrison, la raison qui explique le succès des make-work programs des années 1930 dans la réduction du chômage (mais pas forcément celle de la période de reprise) tient au fait que le capital humain était alors nettement plus homogène qu’aujourd’hui.
Sur le blog Coordination Problem, Steven Horwitz rappelle que depuis ces 75 dernières années l’accroissement de la spécialisation et de la division du travail a rendu le capital humain plus hétérogène. C’est pourquoi il est plus difficile aujourd’hui pour le gouvernement de savoir quel type de programme de création d’emploi correspond à la structure du capital humain. Il ne fait dès lors aucun doute que ce “recalculation problem” comme l’appelle Arnold Kling serait mieux résolu par le marché qui se chargera de lui-même de trier les ressources mal réparties pour les rediriger vers les secteurs les plus appropriés.

Puisque le travail est plus spécialisé, la mobilité du capital est amoindrie. Le temps de correction des ressources mal allouées suite au boom économique s’allonge. Le gouvernement complique encore la tâche avec l’extension des dépenses publiques et de l’assurance-chômage.

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Récession et ressources inutilisées

Récemment publiée sur le blog Facts and other stubborn things une discussion entre John Papola et Daniel Kuehn où ce dernier affiche son penchant pour les dépenses gouvernementales en période de récession.
Il explique que la baisse de la demande effective entraîne une surproduction générale. Les individus cessent de dépenser et demandent plus d’encaisses, ce qui fait automatiquement chuter la vitesse de circulation de la monnaie. L’activité décline, le chômage augmente, etc.
Pour lui, les industries les plus touchées par la crise, en particulier les industries appartenant aux stades les plus éloignés de la production, c’est-à-dire les premières étapes du processus de production (mining, refining, manufacturing; cf Hayekian Triangle), doivent être sauvées. Pourquoi ? En récession, il existe toujours des inégalités de performance, sauf que la différence c’est que la performance est ici partout en berne. Il y a donc des ressources non-spécifiques (non-specific capital goods) inutilisées et non demandées par le marché suite aux mal-investissements initiés par le boom économique, tout simplement parce qu’une fois le retour à la réalité, une fois passée l’économie de dettes, les préférences sont réajustées, et il est donc nécessaire que la structure de production se réajuste elle aussi, quand bien même cela doit prendre du temps. Cela signifie que les industries (désormais non rentables) appartenant aux premières étapes du processus de production doivent être abandonnées, de même que leurs facteurs de production qui devront être réutilisés pour d’autres entreprises plus rentables ou d’autres fins plus utiles.
Kuehn ne nie pas que le gouvernement est inefficient dans l’allocation des ressources, problème du calcul en modèle socialiste oblige : “Governments absolutely waste when they try to allocate resources. Governments cannot do economic calculation, period.” Il admet en outre que ces dépenses peuvent provoquer des distorsions des prix relatifs faussant les signaux. Mais pour lui, les marchés sont inutiles en période de récession, et les imperfections du gouvernement sont supérieures aux imperfections du marché. Les avantages l’emporteraient sur les inconvénients.
À ce titre, il cite Keynes :

“To put the point concretely, I see no reason to suppose that the existing system seriously misemploys the factors of production which are in use. There are, of course, errors of foresight; but these would not be avoided by centralising decisions. When 9,000,000 men are employed out of 10,000,000 willing and able to work, there is no evidence that the labour of these 9,000,000 men is misdirected. The complaint against the present system is not that these 9,000,000 men ought to be employed on different tasks, but that tasks should be available for the remaining 1,000,000 men. It is in determining the volume, not the direction, of actual employment that the existing system has broken down.”

Ne pas mobiliser ces ressources serait, selon lui, une énorme perte. La solution serait de remettre l’argent en circulation. Puisque les individus ne veulent pas dépenser, le gouvernement doit le faire à leur place, en roulant sur les déficits, par l’emprunt.
Kuehn n’explique pas en revanche comment le gouvernement compte identifier les secteurs inactifs des secteurs en déclin. Quelque soit la conjoncture économique, il existe toujours des phénomènes de destruction créatrice en œuvre. Certaines industries disparaissent naturellement en raison d’un “shift” de préférence des consommateurs; si l’industrie de la bougie doit péricliter à cause de la préférence des consommateurs pour l’ampoule électrique, il serait vain de subventionner l’industrie de la bougie puisque ce chômage est de type frictionnel et en raison de l’absence de profit. De toute évidence, certaines industries vétustes étaient destinées à disparaître en raison des avancées technologiques, même en l’absence de récession. Si la logique de la dépense publique est de relancer toutes les entreprises en difficulté sans distinction, l’État va immanquablement injecter des fonds dans des industries qui n’en avaient pas besoin. L’idée que les avantages l’emportent sur les inconvénients est loin d’être évident.

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