‘Le salaire minimum augmente le chômage’ : un malentendu

Le promoteurs du salaire minimum citent communément l’étude de David Card et Alan Krueger “Minimum Wages and Employment: A Case Study of the Fast-Food Industry in New Jersey and Pennsylvania” (1994) comme défense contre les critiques développées à l’encontre du salaire minimum. Loin de créer davantage de chômage, une hausse du salaire minimum peut aussi augmenter l’emploi, disent-ils. Mais l’argument présente de nombreux défauts.

Pour commencer, il est sans conséquence pour les critiques du salaire minimum qui posent l’argument que le salaire minimum augmente le chômage seulement si le coût de la main d’oeuvre dépasse sa productivité. Si le salaire minimum n’augmente pas le chômage le moins du monde, on pourrait le multiplier par 2, par 5, par 10. Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi aucun économiste sérieux préconise une telle politique. L’emploi disparaîtrait tout à fait.

Les défenseurs du salaire minimum peuvent arguer qu’une hausse du salaire est susceptible d’accroître la productivité du salarié. Mais cet argument ne tient pas lorsque les entreprises dans l’ensemble payent un tel salaire d’efficience (à savoir, un taux de salaire supérieur au niveau d’équilibre). Un tel salaire d’efficience permet d’attirer les meilleurs salariés par un effet incitatif dans la mesure où l’entreprise se démarque des autres. Lorsque l’ensemble des entreprises payent un salaire au dessus du niveau d’équilibre, cet effet incitatif disparaît aussitôt. Voir le mythe du salaire d’efficience.

Un autre argument consiste à dire qu’une hausse du salaire minimum n’augmente pas nécessairement le chômage dans la mesure où les employeurs peuvent contourner cette loi, soit en dégradant les conditions de travail, soit en intensifiant le rythme de travail, soit en réduisant certains avantages sociaux. Mais si l’objectif du salaire minimum consistait à réduire le pouvoir de négociation des employeurs, alors cet objectif est un échec complet. En outre, si certaines entreprises se décidaient à dégrader les conditions de travail et à réduire les avantages sociaux, il est plausible qu’une telle démarche aboutirait à réduire la productivité des salariés (non marginaux), consternés et démotivés par la politique de l’entreprise, laquelle ne trouverait plus si avantageux que cela de contourner de la sorte des hausses du salaire minimum.

Une défense alternative (présentée en détail par Econoclaste) au salaire minimum consiste à poser l’idée de l’imperfection de la concurrence sur le marché. La théorie suppose que l’employeur possède localement un pouvoir de marché leur permettant de “dicter” les taux de salaires. Le taux de salaire restant ainsi à un niveau artificiellement bas, ce qui expliquerait pourquoi une hausse du salaire minimum pourrait ne pas augmenter le chômage puisque l’employeur, du fait de son pouvoir de marché, enregistrait déjà une bonne marge de profit. Comment interpréter ce taux de salaire artificiellement bas ? Trois explications sont avancées : une mobilité géographique limitée, une manque d’information sur les opportunités d’emploi, un pouvoir de monopole.

Le problème posé par la mobilité géographique limitée, présentée comme un phénomène de marché, néglige totalement la surexpansion monétaire. L’ABCT, dit Austrian Business Cycle Theory, (voir Huerta de Soto) explique que la surexpansion monétaire déclenche des formations de bulles, notamment dans l’immobilier, en allongeant la structure de production par 1) l’élargissement des stades de production éloignés de la consommation et 2) par l’ajout de nouveaux stades de production encore plus éloignés de la consommation. Le prix de l’immobilier s’accroissant, les individus les plus démunis sont logiquement affectés par de telles hausses de prix, ce pourquoi ils restent captifs des conditions imposées par l’employeur.

Le problème posé par le manque d’information ne permet pas de comprendre comment outrepasser cet obstacle. Linda S. Gottfredson explique que les individus à faible QI sont moins susceptibles de chercher des informations, ou moins efficacement. Ceci est vrai même lorsque le statut socio-économique est pris en compte. Même la probabilité d’être au chômage fluctue sensiblement en fonction du QI. Mais le QI étant largement influencé par les gènes, plus que par l’environnement, et le fait que les interventions éducatives ont jusqu’à présent toutes échoué à stimuler durablement le QI des enfants pauvres, le gouvernement peut difficilement espérer résoudre le problème par de tels moyens. On peut arguer que le niveau d’éducation peut résoudre dans une certaine mesure le problème d’information. Le problème est que le niveau d’éducation est largement influencé par le QI, plus que par le statut-socio économique. Enfin, le fait qu’il existe des asymétries d’information (voir Some Flaws with Akerlof’s Adverse Selection) ne signifie pas nécessairement que le marché ne peut pas corriger ces asymétries, tant qu’il y persiste une demande de main d’oeuvre. Et si tel n’est pas le cas, encore faut-il considérer l’environnement économique, régulé à tous les niveaux, susceptible de réduire l’efficacité du marché à transmettre l’information.

Le problème posé par la situation monopolistique de l’employeur néglige le fait que les cartels ne sont pas durables, à moins que les gouvernements imposent des barrières à l’entrée pour limiter la concurrence. Rothbard, aux chapitres 9 et 10 de Man, Economy and State, explique pourquoi un tel monopole peut difficilement exister sur un marché exempt de l’intervention du gouvernement et pourquoi ce que les économistes néoclassiques appellent le prix de monopole ne peut pas émerger.

En bref, le fait que le salarié soit initialement peu payé n’est pas un problème insoluble. Si l’expérience compte dans les hausses de salaire, les politiques de salaire minimum empêchent justement les jeunes salariés inexpérimentés d’améliorer leurs compétences. Le taux de chômage supérieur des jeunes, par rapport aux seniors, est effectivement bien documenté.

De même, les défenseurs du salaire minimum négligent le fait avéré que les groupes ethniques ne présentent pas toutes la même productivité par tête. Aux USA, il est bien renseigné que les noirs américains ont une productivité bien inférieure à celle des blancs (expliquée en partie par leur QI moyen). En fait, les différences de taux de chômage entre les noirs et les blancs ont augmenté avec les hausses de salaire minimum. Avant le passage des lois du salaire minimum durant les années 30, la différence de taux de chômage entre les noirs et les blancs était négligeable.

Diversity, Yes; Force, No

Prior to the first federal minimum wage bill passed on the 1930s, there was virtually no difference between black and white teenage (i.e., unskilled) unemployment, at a time when many assume that racism was more prevalent than today. After the minimum age bill is passed, however, we see an increase in black teenage unemployment relative to whites, since as employers are now forced to pay a wage that is higher than the value of many workers’ marginal revenue product, they no longer incur a market penalty for allowing racism to dictate their market decisions.

Enfin, une autre conséquence des hausses de salaire minimum est d’agir comme un coût fixe pour les petites firmes qui ne peuvent pas payer un taux de salaire aussi élevé que les grandes firmes. Le résultat est une diminution de la concurrence avec les hausses de salaire minimum.

Lecture complémentaire :
Le salaire minimum comme politique anti-concurrentielle
Le chômage, fatalité ou nécessité ? – Cahuc et Zylberberg

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