Evidence empirique : et si les politiques de relance keynésienne ne marchaient pas ?

Chaque nouvelle récession voit renaître l’idée des politiques de relance. Dans la mesure où les individus réduisent leur consommation pour rembourser les dettes qu’ils ont contracté durant la période de boom économique, les gouvernements s’engagent dans d’énormes déficits pour stimuler la consommation privée. Dans leur revue des expériences américaines de relance budgétaire, Davies et al. n’ont trouvé aucune relation entre hausse des dépenses publiques et hausse du PIB.

The U.S. Experience with Fiscal Stimulus : A Historical and Statistical Analysis of U.S. Fiscal Stimulus Activity, 1953–2011

Promulguée en Septembre 2009, l’ARRA a fourni 787 milliards en transferts, achats, et réductions d’impôt financés par le fédéral dans un effort pour compenser la profonde récession qui a débuté en Janvier 2008. L’ARRA a précisé que 288 milliards de dollars seront consacrés à des incitations fiscales et 144 milliards de dollars seront accordés aux gouvernements étatiques et locaux avec plus de 90% consacrés à Medicaid et à l’éducation. Le gouvernement a alloué la somme restante de 357 milliards aux programmes fédéraux de dépenses pour le transport, la communication, l’amélioration des infrastructures, la recherche scientifique, et l’extension des allocations de chômage fédérales.

En début 2012, le taux de chômage, alors en baisse, semblait encore coincé dans une gamme qui tournait autour de 8,5%. Ce taux a persisté malgré l’injection des 787 milliards de dollars pour faire baisser le chômage; en dépit de plus d’un trillion de dollars à renflouer les constructeurs automobiles, les compagnies d’assurance, les prêteurs hypothécaires et les banques, et en dépit, encore, des dépenses continues liées à la guerre de l’ordre de 1 milliard de dollars par jour.

Les modèles théoriques utilisés pour tester la viabilité des relances keynésiennes s’appuient généralement sur la logique du rasoir d’Occam et emploient le moins de variables possibles pour expliquer les résultats.
Les modèles ne sont, après tout, que des abstractions du monde réel. Ils sont précieux dans la mesure où une petite quantité d’informations peut fournir un aperçu utile des grands problèmes et enjeux.

Ceci dit, aucun n’évalue directement le problème de l’information que les décideurs du gouvernement affrontent lorsqu’ils essaient de déterminer ce qui se passe réellement. Généralement, les modèles n’ajustent pas les décalages entre la reconnaissance d’un grave problème économique par les responsables de la Maison Blanche et les mesures prises par le Congrès et approuvées ensuite par le président.

Encore plus troublant, les élégants modèles utilisés pour expliquer et prédire les effets des relances keynésiennes ne prennent pas toujours en compte les décisions des autorités monétaires qui peuvent soit soutenir ou confondre les actions politiques de relance mises au point par les branches exécutives et législatives du gouvernement. Et enfin, aussi parfait que serait l’information obtenue, et aussi bien coordonnées que seraient les prises de décision politiques, la plupart des modèles ne peuvent pas ajuster les mesures fiscales pouvant être prises à travers les 50 états.

La capacité des économistes à mesurer sans ambiguïté l’effet de l’augmentation des dépenses publiques sur la croissance du PIB ou de l’emploi nécessite une identification précise de la façon dont le moteur économique de la nation opère en l’absence d’augmentation des dépenses. Dans le même temps, la croissance du PIB peut à elle seule conduire aux dépenses du gouvernement, et cet effet doit être pris en compte. En outre, toutes les forces qui pourraient affecter la croissance du PIB doit être maintenues constantes lors de l’évaluation de l’effet des dépenses du gouvernement.

Mais le moteur économique est exploité par des millions de décideurs indépendants dont les attentes concernant les dépenses du gouvernement peuvent affecter la façon dont ils vont réagir aux augmentations ou diminutions de dépenses, en particulier lorsque ces changements dans les dépenses ont été annoncés bien à l’avance.

Dans de nombreux cas, les actions fiscales du gouvernement sont annoncées comme temporaires, ce qui peut donc induire les consommateurs et les investisseurs à se comporter en conséquence. En bref, il est extrêmement difficile de régler pour tous les points mentionnés lors de la tentative d’estimation de l’effet des actions prises par le gouvernement pour stimuler l’économie.

Mais nombre de ces problèmes insolubles étaient pourtant bien connus des dirigeants politiques. Lorsque la récession 1957-1958 a frappé, les responsables de la Maison Blanche (Eisenhower) semblaient confiants quant à l’utilisation des outils de relance. La confiance a augmenté avec l’administration Kennedy. Mais faire face à la récession 1960-1961 s’est avéré extraordinairement difficile parce que la Fed semblait avoir causé la récession. À ce stade de l’histoire, le défi de relance se complique par un autre défi : comment éviter l’inflation. Mais tout au long des rapports de l’Economic Report of the President passés en revue par les auteurs, on trouve la reconnaissance du problème des connaissances, le problème de synchronisation, et le défi de la coordination des mesures budgétaires et monétaires. Il existe donc des preuves abondantes que le stimulus est un processus extraordinairement complexe et que tout succès peut être attribué à la chance plutôt qu’à la science. Ainsi, les dirigeants politiques avaient connaissance de tous ces problèmes insolubles mais n’étaient pas moins enclin à user des politiques de relances qu’ils savaient difficiles à appliquer, et dont ils n’étaient pas sûrs du résultat.

La revue littéraire de Ramey ainsi que son propre travail, qui examine les réponses économiques de 50 Etats aux dépenses fédérales de relance, conclut que la valeur des multiplicateurs qui devrait être la plus appropriée pour le plan de relance 2008 se situe entre 0,8 et 1,5.
Un multiplicateur supérieur à 1 signifie que le stimulus fiscal est positif : le PIB augmentera de 1,5 dollar pour chaque dollar issu du plan de relance si le multiplicateur est de 1,5. Si le multiplicateur est de 0,8 alors chaque dollar du plan de relance se traduira par une hausse du PIB de 0,8 dollar. Si le multiplicateur est négatif, alors le PIB se contractera lorsque le gouvernement augmentera les dépenses.

Ramey résume 17 études qui s’appuient sur les données agrégées du gouvernement fédéral dans leurs enquêtes sur les programmes fédéraux de relance. Les multiplicateurs de ces 17 études vont de -0,3 à 3,6.
Ramey résume également les résultats de 10 études examinant les données de réponse sur 50 Etats aux dépenses de relance du fédéral. Ici, elle trouve des multiplicateurs de revenu allant de -0,57 à 2,0.

Freedman et ses collègues utilisent le Global Integrated Monetary et Fiscal Model du FMI pour calculer les multiplicateurs à court terme des mesures de relance budgétaire et les effets d’éviction à long terme d’une dette plus élevée.
Leur travail est particulier dans la mesure où leurs conclusions se rapportent à l’économie mondiale et comprend des estimations des effets de relance à court terme ainsi que les effets à long terme lorsque le stimulus conduit à une augmentation de la dette qui doit être financée. Le modèle répond à la fois aux mesures de politique budgétaire et monétaire et comprend un mécanisme d’accélérateur financier qui tient compte des difficultés auxquelles les entreprises commerciales font face lorsqu’elles cherchent à obtenir des crédits supplémentaires pour financer les investissements. Les auteurs supposent également que les contraintes budgétaires des consommateurs limitent la flexibilité en période de récession.

Freedman et ses collègues résument leurs conclusions de cette façon :

“Nous constatons que les multiplicateurs du plan de relance budgétaire de deux ans se situent dans une fourchette de 1,3 pour l’investissement gouvernemental à 0,2 pour les transferts généraux, avec des transferts ciblés plus près de l’extrémité supérieure de cette fourchette et les réductions d’impôt plus près de l’extrémité inférieure. En présence de politique monétaire accommodante et d’un mécanisme d’accélérateur financier, les multiplicateurs sont jusqu’à deux fois plus grands, à mesure que cette politique accomodante abaisse les taux d’intérêt réels, ce qui, à son tour, a un effet positif sur les bilans des entreprises et donc sur la prime de financement externe. Quant à l’éviction, une hausse permanente de 0,5% du ratio ‘déficit US/GDP’ conduit à une augmentation de 10% du ratio ‘dette US/GDP’ à long terme. Entretenir cette plus forte dette soulève le fardeau fiscal des États-Unis et les taux d’intérêt réels mondiaux à long terme, ce qui conduit à une réduction de la production américaine de 0,3% à 0,6%, l’ampleur de la perte de production dépendant des effets de distorsion de l’instrument fiscal. Ces pertes de production sont plus importantes que les effets correspondants des relances à court terme pour les mêmes instruments. Mais plus important encore, elles sont égalements permanentes. L’effet du taux d’intérêt réel (mais pas l’effet du fardeau fiscal) affecte le reste du monde de façon égale et comptabilise pour 0,2% de pertes de production.”

Pour résumer, l’étude indique que le multiplicateur de relance varie considérablement en fonction de l’utilisation ciblée des fonds. Des choses telles que l’investissement dans les infrastructures comptent pour un multiplicateur de 1,3 alors que les paiements de transfert pour des choses telles que les allocations de chômage ont un effet multiplicateur de 0,2. Dans le cas du financement par une dette devant être financée pendant de nombreuses années, le multiplicateur d’investissement diminue de 50% et le multiplicateur de transfert devient négatif.

Barro et Redlick ont eux aussi mis en évidence un faible multiplicateur. Les multiplicateurs que l’administration Obama a présumé lors de l’évaluation des 787 milliards de dollars de relance s’élèvent à une moyenne de 1,48. Les multiplicateurs ont été phasés dans le temps sur une base trimestrielle pour les trimestres 1 à 16. L’estimation Barro-Redlick des multiplicateurs se situe dans une fourchette de 0,6 à 0,7. C’est moins de la moitié de la taille de l’hypothèse Romer-Zandi. Dans le cas Romer-Zandi, une augmentation de 787 milliards de dollars en dépenses conduirait à une augmentation dans le PIB de 1,16 trillion de dollars. Dans le cas Barro-Redlick, une augmentation identique des dépenses donnerait une augmentation de 550 milliards de dollars, si l’estimation de 0,7 est utilisé. Si l’on adopte les estimations de l’étude de Freedman, il n’y aura pas de gain à long terme.

Les recherches passées en revue par Davies et al. estiment également le coût par emploi créé par les fonds de relance. Les estimations variaient de 25 000 $ à 170 000 $ en fonds de relance pour un emploi supplémentaire généré par an. Les calculs basés sur des estimations de l’Economic Report of the President (2011) indiquent un coût moyen par emploi de 43 000 $.

Considérons New York. Nous utilisons la rémunération moyenne et le salaire moyen gagné, puisque les deux sont intimement liés. Selon les données du Bureau of Labor Statistics, l’indemnité moyenne de chômage payée dans l’État de New York est de 298 $ par semaine, soit 15 496 $ par année. Supposons qu’une personne au chômage, à New York, reçoit cet argent des fonds fédéraux. Par la suite, un programme de relance qui coûte 43 000 $ (par emploi créé) fournit un emploi à cette personne. Le paiement de l’emploi à New York est en moyenne de 1159 $ par semaine, soit 60 268 $ par année sur la base de données de 2010.
Les contribuables ne paieront plus l’indemnité de chômage, mais paieront le coût de la relance de création d’emplois. Le coût de relance de 43 000 $ moins le coût d’indemnisation du chômage de 15 496 $ laisse un coût net de 27 504 $. Mais l’individu produit des biens et services d’une valeur de 60 268 $. Supprimer le coût net de 27 504 $ donne un gain de 32 764 $. La marge est grande. Mais si, au lieu des 43 000 $ par emploi créé, le coût était de 140 000 $, d’après les estimations dans une des études examinées ci-dessus, la perte pour l’économie serait de 64 236 $.

Considérons maintenant la Virginie-Occidentale. L’indemnité moyenne du chômage est de 256 $ par semaine, soit 13 312 $ par année, et le salaire moyen en Virginie-Occidentale est de 728 $ par semaine, soit 37 856 $ par année. Encore une fois, on suppose que 43 000 $ en dépenses de relance génère un emploi qui paie un salaire moyen en Virginie-Occidentale. La personne qui prend ce travail n’est plus payé 13 312 $ en indemnités de chômage, ce qui est une économie pour les contribuables, et produit des biens et services d’une valeur de 37 856 $.
Il y a un gain net de 24 544 $ en rémunération par rapport à l’indemnité de chômage, mais avec un coût de 43 000 $. La situation en Virginie-Occidentale génère une perte économique de 18 456 $. Encore une fois, la perte serait significativement élargie si le coût de relance de l’emploi augmente à 140 000 $.

Une allégation parfois revendiquée serait que le déficit budgétaire provient des faibles recettes fiscales. En 1940, le gouvernement collectait 700 $ par personne (dollars constants). En 2011, les recettes fédérales sont passées à 7000 $ par personne. Les recettes fédérales ont tout simplement été multipliées par 10.

Comme nous pouvons le voir à la figure 4, le taux marginal d’imposition moyen médian de 1950 à 2006 était de 31%. De 1950 à 1976, puis à nouveau en 2005, le taux marginal était inférieur à la médiane avec une moyenne de 25,6%. De 1977 à 2004, le taux marginal a dépassé la médiane avec une moyenne de 33,8%.
Pour les années au dessus du niveau médian, les taux marginaux d’imposition étaient (en moyenne) 8,3% plus élevés que ne l’étaient les taux marginaux d’imposition pour les années en dessous du niveau médian. Toutefois, pour les années au-dessus du niveau médian, les recettes fédérales (en fraction du PIB) étaient en moyenne 0,7% plus élevées que pour les années en dessous du niveau médian. Cette constatation suggère que les changements dans les taux d’imposition ont peu d’effet sur les recettes fiscales.

La figure 5 montre les recettes fédérales par habitant (ajustées pour l’inflation) par rapport au taux marginal supérieur d’imposition du revenu. Les données montrent une tendance claire – dans les années où le taux supérieur de l’impôt sur le revenu était plus élevé, les recettes fédérales ont été plus faibles. Il est possible que les données révèlent la réponse du gouvernement fédéral aux recettes fiscales : lorsque les recettes fiscales sont faibles, le gouvernement fédéral est obligé d’augmenter les taux dans une tentative d’augmenter les recettes. Une façon de contrôler cet effet est de comparer le taux supérieur de l’impôt sur le revenu par rapport aux recettes fédérales dans les années futures.

La figure 6 montre la relation entre le taux supérieur d’imposition sur le revenu et les recettes fiscales par habitant deux ans plus tard. La même relation négative apparaît. En fait, la relation négative apparaît (avec très peu de changement dans la pente) aussi bien pour les recettes fédérales un an, trois ans, et quatre ans plus tard.

La même relation négative transparaît pour le taux supérieur d’imposition des gains en capital (figure 7) pour le taux effectif moyen d’imposition sur les sociétés (figure 8). Une des quelques relations positives se situe entre le revenu marginal moyen et le taux de taxe sur les salaires et les recettes fédérales par habitant (figure 9).

Alors que l’histoire suggère que le gouvernement dispose beaucoup moins de capacité à augmenter ses recettes que ce que les politiciens voudraient nous faire croire, l’histoire montre aussi que le gouvernement n’a aucune difficulté à augmenter ses dépenses. En 1950, le gouvernement fédéral a dépensé 3000 $ par personne (en dollars constant). En 2010, ce chiffre était passé à plus de 12 000 $ (figure 9). En 60 ans, les dépenses du gouvernement fédéral, sur une base ajustée de l’inflation et par personne, ont quadruplé.

Si la théorie keynésienne était correcte, nous devrions nous attendre à voir une relation positive entre les dépenses publiques (aujourd’hui) et la croissance économique (dans l’avenir). La réalité ne reflète pas cette théorie. La figure 12 montre la relation entre les changements dans les dépenses fédérales et la croissance économique réelle par habitant un an plus tard. La relation semble être négative, même si elle est statistiquement indiscernable d’un ligne de tendance plate.

Il est possible que les dépenses du gouvernement nécessite plus d’un an pour, enfin, affecter l’économie. Une comparaison des changements dans les dépenses fédérales à la croissance économique deux ans plus tard révèle une relation légèrement positive, mais encore une fois la relation est statistiquement indiscernable d’une ligne de tendance plate (figure 13). Etendre l’horizon temporel jusqu’à 10 ans révèle des relations entre les dépenses publiques et la croissance économique qui sont parfois légèrement positives (horizons de 2, 3 et 9 ans) et parfois légèrement négatives (horizons de 1, 4, 5, 6, 7, 8 et 10 ans) mais toujours statistiquement de zéro.

Un contre-argument serait que ce qui importe vraiment, c’est la relation entre les dépenses de relance et la croissance économique en période de récession.

Si nous limitons notre vision aux récessions (les points rouges dans les figures 11 à 13), la même histoire émerge. Il n’existe pas de relation significative entre les variations des dépenses publiques en période de récession et la croissance économique de un à dix ans plus tard.

On pourrait faire valoir qu’en raison d’une croissance initiale persistante dans le PIB par habitant, les changements dans les dépenses fédérales devraient être comparés à l’évolution de la croissance du PIB par habitant. Cette comparaison donne la même absence de résultats, comme pour les comparaisons précédentes. Les figures 14 et 15 montrent les relations contemporaines et décalées d’un an.

Bien que des facteurs autres que les dépenses du gouvernement influencent la croissance économique, à moins que les keynésiens soient prêts à affirmer que ces facteurs concourraient à contrecarrer les dépenses du gouvernement sur une base cohérente et pendant de nombreuses décennies, les keynésiens doivent expliquer pourquoi les données économiques sur 60 années ne montrent pas (au moins, en moyenne) de croissance économique accompagnant l’augmentation des dépenses du gouvernement.

La figure 16 confirme l’observation de la figure 15 que les dépenses de relance sont déstabilisantes, car elles ne cessent de s’accélérer même après que la récession a commencé à s’estomper. Elle confirme également la défiance de certains économistes que les politiciens des gros gouvernements ne croient pas aux politiques de Keynes, tout en le citant judicieusement pour justifier l’expansion du contrôle du gouvernement sur l’économie.

Pour résumer, plusieurs obstacles se dressent devant la relance budgétaire. Il y a d’abord le timing. Même si la théorie keynésienne était correcte, si les responsables politiques ne peuvent pas gérer correctement le timing des dépenses de relance, alors leurs efforts déstabiliseront l’économie en réduisant les dépenses en période de récession et en augmentant des dépenses en période d’expansion. Les preuves suggèrent non seulement que les décideurs ne peuvent pas obtenir leur bon timing, mais que cette incapacité avait été une connaissance commune parmi les décideurs politiques depuis des décennies déjà.

Un autre obstacle est l’inversion des dépenses de relance. Même si la théorie keynésienne était juste et même si les responsables politiques pourraient obtenir le bon timing, ils doivent avoir la volonté politique d’arrêter le plan de relance à la fin des récessions.
Or, depuis 1950, les dépenses fédérales réelles annuelles par habitant ont diminué 23 fois, mais ont augmenté à 39 reprises, et en moyenne chaque augmentation était 2,5 fois la taille de chaque diminution.
Se concentrer sur les dépenses discrétionnaires donne une histoire similaire. Depuis 1962, les dépenses fédérales discrétionnaires réelles par habitant ont augmenté 27 fois, mais ont diminué seulement 22 fois. En moyenne, chaque augmentation était 1,34 fois la taille de chaque diminution.

Un examen de 150 pays sur 25 ans montre qu’à mesure que les économies se développent, la taille optimale du gouvernement (les dépenses du gouvernement par dollar de PIB qui sont associées à la croissance économique maximale) diminue. Il se peut que, lorsqu’une économie est petite, l’investissement privé est relativement faible, les marchés financiers sont moins développés, et le gouvernement peut jouer un rôle utile dans le financement des industries qui nécessitent de grands coûts de démarrage. Cette nécessité diminuerait à mesure que l’économie du pays se développe.

Fait intéressant, Keynes écrivait à la fin de sa vie que les décideurs politiques étaient incapables d’organisation rapide et que les politiques de travaux publics organisés ne seraient pas annulées à une date ultérieure.

Organized public works, at home and abroad, may be the right cure for a chronic tendency to a deficiency of effective demand. But they are not capable of sufficiently rapid organisation (and above all cannot be reversed or undone at a later date), to be the most serviceable instrument for the prevention of the trade cycle.

Cette déclaration sonne comme un aveu, et met en évidence le décalage entre la théorie keynésienne et l’évidence empirique.

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4 comments on “Evidence empirique : et si les politiques de relance keynésienne ne marchaient pas ?

  1. Baraglioul says:

    Je viens de comprendre ce qui me dérange le plus dans vos « évidences empiriques » – ce que qui me dérange le plus après le recours au concept de « PIB », bien-sûr.

    Keynes fonde sa doctrine du « multiplicateur », non pas sur des études empiriques qui auraient abouti à des conclusions inverses à celles des études que vous citez, mais sur un raisonnement a priori. Keynes parle d’ailleurs de la « théorie logique du multiplicateur ».

    Pour établir l’existence d’un « multiplicateur » (et non pour établir la valeur de celui-ci) il se contente en effet (i) de faire remarquer que les individus doivent nécessairement répartir leurs revenus entre consommation et investissement et (ii) d’affirmer que l’investissement génère du revenu à hauteur de la propension à consommer.

    Tout ce raisonnement est aprioriste, bien qu’il intègre une référence à un élément empirique, à savoir le niveau de la propension à consommer, dont est déduit la valeur du « multiplicateur ».

    Pour l’évaluation précise de la valeur du « multiplicateur », Keynes renvoie donc le lecteur à des études statistiques. Il se garde bien d’affirmer quoi que ce soit à à cet égard, et se contente d’écrire des choses comme « le multiplicateur semble avoir été inférieur à 3 et être resté assez stable aux alentours de 2,5. Ceci suggère que la propension marginale à consommer ne dépasserait pas 60% ou 70%, chiffre parfaitement plausible dans la phase d’essor mais dont la faiblesse est surprenante et, à notre avis, peu vraisemblable dans la phase de dépression ».

    Vous savez que je considère que le seul raisonnement économique scientifique est le raisonnement aprioriste. Mais, ce faisant, je n’affirme évidemment pas que tout raisonnement aprioriste serait correct. Au contraire, bien peu le sont. Je vous épargne la phrase de Mises sur les abîmes qui cernent le sentier du raisonnement déductif.

    Or, le raisonnement aprioriste de Keynes est d’une absurdité sans nom, comme je pense l’avoir démontré dans mon billet. La fumisterie de Keynes, touchant un point si essentiel de sa théorie, est si grotesque, qu’elle pourrait et devrait, si elle était mieux connue, jeter un discrédit énorme sur le keynésianisme.

    Vous citez le rasoir d’Occam. D’une part, je ne pense pas que ce concept puisse servir à justifier le recours à un faible nombre d’hypothèses quand cela conduirait à appauvrir le raisonnement. D’autre part, et surtout, il me semble que, ce que le rasoir d’Occam impose au cas présent, c’est d’attaquer le raisonnement aprioriste de Keynes à la racine, avec des arguments également aprioristes.

    Dans ces conditions, je trouve extrêmement regrettable de recourir à des études empiriques, quand bien même ces études seraient scientifiquement faisables. En « réfutant » Keynes de cette manière (qui d’ailleurs, ne convaincra nullement les keynésiens – alors que ma manière à moi, peut y parvenir), vous ne faites donc que rendre service à Keynes. Vos études empiriques servent de cache-misère au néant de sa démonstration.

  2. Ce que vous vouliez dire, je suppose, c’est qu’en utilisant les “preuves empiriques” à l’encontre de la théorie keynésienne, en tant qu’autrichien, je jette un discrédit sur les principes même de l’école autrichienne ? Utiliser les outils économétriques ne signifie pas que je considère ce genre d’études comme étant des preuves empiriques véritables. Mais les autres écoles les considèrent comme telles. J’utilise leurs propres armes.

    Les autrichiens peuvent réfuter Keynes sans avoir recours à des études empiriques. D’un point de vue théorique, le multiplicateur est un non sens complet, mais les keynésiens accompagnent souvent leurs raisonnements théoriques de ce genre d’études.

    A ma connaissance, l’une des critiques autrichiennes les plus dévastatrices sur la théorie keynésienne est la structure de production, niée par les keynésiens, qui raisonnent comme si les stades de production sont inexistants dans le processus de production (bien sûr, ils savent que ces phases de production existent, mais cette notion n’est pas impliquée dans leurs théories). Les autrichiens insistent beaucoup sur la contrepartie épargne/consommation. L’un se faisant au détriment de l’autre, et par conséquent, la structure de production s’allonge lorsque l’épargne augmente, car les industries à forte intensité en capital peuvent acquérir des fonds à faible coût.

    Je suis en train de relire la Théorie Générale (je l’ai sous la main) sur le passage que vous citez, du chapitre 10 semble-t-il. A ce propos, votre commentaire n’apparaissait pas car il a été signalé comme un spam, sans que je sache pourquoi.

  3. Sinon, je voudrais réagir sur ce que vous avez dit du rasoir d’Occam. Si j’ai écrit que les modèles impliquent souvent trop peu de variables, et que de nombreuses variables sont pour ainsi dire quasi-impossible à inclure dans l’analyse, c’est bien pour faire comprendre que lorsque les économistes tentent de tester l’efficacité des dépenses publiques, ils se contentent de dire “En Allemagne, les dépenses et déficits avaient augmenté, la croissance est repartie” alors que des dizaines, voire centaines d’autres facteurs sont susceptibles d’influencer la croissance. Il aurait fallu que tous ces facteurs soient maintenus constants, ce que les études “historiques” ne font jamais. Et lorsque les relances keynésiennes ne marchent pas, ils vous répondent systématiquement “ce n’est pas assez”. A ce petit jeu, ils ne peuvent que gagner…
    C’est à ça que je pensais en écrivant ce paragraphe.

  4. Baraglioul says:

    “Ce que vous vouliez dire, je suppose, c’est qu’en utilisant les “preuves empiriques” à l’encontre de la théorie keynésienne, en tant qu’autrichien, je jette un discrédit sur les principes même de l’école autrichienne ?”

    Non, non, je voulais dire que, en recourant à des études empiriques pour réfuter le “multiplicateur”, vous donnez l’impression que la théorie du “multiplicateur” n’est pas en elle-même fondamentalement erronée, et qu’il faut aller voir dans le détail si elle marche ou pas.

    C’est pour ça que j’invoquais moi aussi le rasoir d’Occam : si on fait trop d’efforts pour réfuter une théorie, si on produit des arguments compliqués, on accrédite l’idée que la théorie serait en elle-même relativement solide.

    Par exemple, si je prétendais avoir découvert par le raisonnement l’existence d’une nouvelle planète, comme mon raisonnement serait totalement absurde, il faudrait 15 secondes à un physicien pour le réfuter. Ce serait une immense victoire pour moi si le physicien avait besoin d’envoyer une sonde ou des ondes pour réfuter ma théorie de manière empirique.

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