IQ versus Religion versus Heritability

Il semble communément admis que les personnes religieuses sont moins intelligentes que les personnes athées. De nombreux sceptiques pensent que le christianisme et autres religions sont faites pour les gens qui ne veulent pas penser, mais suivre aveuglément ce qui est dicté par la religion. Les études montrent à l’évidence que ce “stéréotype” est vérifié, et véridique.

Average intelligence predicts atheism rates across 137 nations, Intelligence, v37 n1 p11-15 Jan-Feb 2009

Bien avant Lynn, Harvey & Nyborg, des chercheurs comme Bell (2002) et Verhage (1964) avaient enquêté sur la relation entre religiosité et intelligence pour trouver que les agnostiques avaient un QI plus élevé que les croyants. Kanazawa (2007) trouve une relation assez linéaire entre niveau de religiosité et QI. Quand la question “dans quelle mesure êtes-vous religieux ?” a été posée, 4 choix de réponses ont été proposés : 1) “non religieux” 2) “peu religieux” 3) “modérément religieux” et 4) “très religieux”. Les QIs moyens obtenus pour chacune des réponses furent : 1) 103,09; 2) 99,34; 3) 98,28; 4) 97,14.

Des études interrogeant les élites racontent la même histoire. Par exemple, Roe (1965) indique que parmi un groupe analysé de 64 éminents scientifiques, 61 furent indifférents à la religion, soit 4,8% de croyants, un chiffre beaucoup plus faible que la population américaine dont 95,5% déclaraient croire en Dieu dans un sondage du Gallup en 1948 (Argyle, 1958). Aussi, une étude des années 90s sur des membres de l’American National Academy of Sciences rapporte que 7% croyaient en l’existence de Dieu, par rapport aux 90% trouvés dans un sondage de la population générale.
Une autre constatation est le fait que la religiosité diminue à mesure que les enfants grandissent, certainement parce que la capacité cognitive se développe.

Les chercheurs ont constaté un déclin de la croyance religieuse et de la fréquentation des églises depuis plus de 100 ans.

Par exemple, en Angleterre, la fréquentation des églises est passée de 40 pour cent de la population en 1850, à 35 pour cent en 1900, à 20 pour cent en 1950, à 10 pour cent en 1990 (Giddens, 1997, p.460). [...] Hoge (1974) a examiné plusieurs études qui ont constaté une baisse de la croyance religieuse dans les étudiants du collégial. Par exemple, on a demandé aux étudiants de Bryn Mawr s’ils croyaient en un Dieu qui répond à la prière. Des réponses positives ont été données par 42 pour cent des étudiants en 1894, 31 pour cent en 1933, et 19 pour cent en 1968.

Ce qui est surprenant, venant de ces auteurs, c’est qu’ils croient au mythe de l’effet Flynn (démystifié avec brio par Fuerle, 2008, Must, 2003, Ruhton & Jensen, 2010) considéré par eux comme étant une explication du déclin de la croyance religieuse au 20ème siècle. L’intelligence manifeste (g) n’a certainement pas augmenté durant ce siècle, mais l’incrédulité en Dieu, si. Au cours du 20ème siècle, la croissance économique fut sans précédente, et le niveau de complexité des sociétés a augmenté conséquemment. Le graphique ci-dessous est tiré de The Economist (“Elementary, my dear Watson”, Sep 21st 2000).

Peut-être que dans une société matérialiste, la religion n’a tout simplement plus sa place, car elle empêche de “se libérer”. Sur Wikipedia, on trouve d’ailleurs :

According to the Catholic Encyclopedia, materialism denies the existence of both deities and “souls.”

La relation négative entre religiosité et “g” est bien établie :

To determine whether there is negative relation between religious belief and Psychometric g (the general factor in intelligence), the data from the National Longitudinal Study of Youth (NLSY97) have been analysed. The NLSY97 is a national sample selected to represent approximately 15 million American adolescents in the age range of 12–17 years in 1997. The subjects (N=6825) were asked about current religious preferences in addition and took the Computer Adaptive form of the Armed Services Vocational Aptitude Battery (CATASVAB97).
This test consists of twelve scales (10 power and 2 speeded). These were analysed in terms of Raschian probabilistic modelling and the resulting one-dimensional scale correlated .992 (Psychometric R) with general intelligence, g, (Principal Axis Factor Analysis (t(N−2)=662.62; pb.000).
Atheists scored 6 g-IQ equivalent points higher than the combined group of subjects professing to one or another of a large number of different religions. The difference in general intelligence among atheists and believers was significant even without using weighted data (t(1, 6.893)=2.87; p=.004).

La ligne 1 de la table 3 donne la corrélation (0.60) pour l’échantillon total (137), statistiquement très significative (p < .001).

Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi les gens intelligents acceptent moins facilement de croire en Dieu : ils sont plus susceptibles de questionner les dogmes religieux. Du fait de leur faible esprit critique, les gens moins intelligents seraient plus enclins à suivre aveuglément les dogmes religieux. Frazer (1922, The Golden Bough) avait, en outre, déclaré : “the keener minds came to reject the religious theory of nature as inadequate … religion, regarded as an explanation of nature, is replaced by science”.
Il faut se garder néanmoins de faire des raccourcis en usant de l’argument d’autorité pour dire que, sous prétexte que les gens intelligents sont athées, alors Dieu n’existe pas.

Inglehart et Welzel (2005, p.27) suggèrent que, dans le monde pré-industriel, les humains ont peu de contrôle sur la nature, alors ils cherchent à compenser leur manque de contrôle physique en faisant appel aux pouvoirs de la métaphysique qui semblent contrôler le monde : le culte est considéré comme un moyen d’influer sur son sort, et il est plus facile d’accepter son impuissance si l’on sait que le résultat est dans les mains d’un être tout-puissant, dont la bienveillance peut être gagnée en suivant des règles rigides et prévisibles de contact … une raison pour la baisse des croyances religieuses traditionnelles dans les sociétés industrielles est que le sentiment croissant de contrôle technologique sur la nature diminue la nécessité de s’appuyer sur les pouvoirs surnaturels.

Bien que la relation linéaire entre le QI et l’incrédulité en Dieu existe, des exceptions demeurent. Cuba et Vietnam sont deux de ces anomalies, avec un pourcentage plus élevé d’incrédulité en Dieu (40% et 81% respectivement) que ce que leur QI national laissait prévoir (85 et 94 respectivement).

Cela est probablement attribuable au communisme et aux fortes propagandes athées contre la croyance religieuse. En outre, il a parfois été suggéré que le communisme est lui-même une forme de religion dans laquelle Das Capital est le texte sacré, Lénine était le Messie qui est venu apporter le paradis sur terre, tandis que Staline, Mao, Castro et d’autres furent ses disciples, qui sont venus pour propager le message dans les différents pays.

Ensuite, les États-Unis ont un très faible pourcentage de sa population incrédule en Dieu (10,5%) pour un QI moyen élevé. Le pourcentage d’incrédules en Dieu aux USA est beaucoup plus faible que dans le nord-ouest et le centre de l’Europe (par exemple, la Belgique, 43%, Pays-Bas, 42%, le Danemark, 48%; France, 44%; Royaume-Uni, 41,5%). Un facteur qui pourrait fournir une explication possible à cela est que beaucoup d’Américains sont catholiques, et le pourcentage de croyants dans les pays catholiques en Europe est généralement beaucoup plus élevé que dans les pays protestants (par exemple en Italie, 6%, l’Irlande, 5%, de la Pologne, 3 %; Portugal, 4%, l’Espagne, 15%). Une autre contribution possible est l’immigration de ceux qui détiennent de fortes croyances religieuses. Un autre facteur possible serait peut-être qu’un certain nombre d’émigrants en provenance d’Europe sont allés aux États-Unis en raison de leurs croyances religieuses fortes, de sorte que ces croyances ont été transmises en tant qu’entité culturelle et même en tant qu’héritage génétique aux générations suivantes. La corrélation Parent-enfant des croyances religieuses est assez élevés: 0,64 (pères-fils) et 0,69 (mères-filles) (Newcomb et Svehla, 1937). Il a été constaté que la croyance religieuse a une héritabilité d’environ 0,40 – 0,50 (Koenig, McGrue, Krueger et Bouchard, 2005), il se pourrait qu’un certain nombre de religieux émigrants de l’Europe avaient la génétique de la croyance religieuse, ce qui a été transmis à la plus grande partie de la population actuelle.

Razib Khan effectue le même travail sur un échantillon de 40 pays. Une corrélation négative (-0.886) proche de la perfection a été trouvée : In honor of David B. – IQ & religion (by country). À partir de ces données, Critical Section – W=UH dessine le graphique, obtenu ci-dessous :

Koenig LB, McGue M, Krueger RF, Bouchard TJ Jr. Genetic and environmental influences on religiousness: findings for retrospective and current religiousness ratings. J Pers. 2005 Apr; 73(2): 471-88.

Koenig et al. analysent l’héritabilité de la religiosité. Comme pour l’intelligence, l’héritabilité de la religiosité augmente sensiblement avec l’âge.

Retrospective reports of religiousness showed little correlation difference between MZ (r=.69) and DZ (r=.59) twins. Reports of current religiousness, however, did show larger MZ (r=.62) than DZ (r=.42) similarity. Biometric analysis of the two religiousness ratings revealed that genetic factors were significantly weaker (12% vs. 44%) and shared environmental factors were significantly stronger (56% vs. 18%) in adolescence compared to adulthood. Analysis of internal and external religiousness subscales of the total score revealed similar results. These findings support the hypothesis that the heritability of religiousness increases from adolescence to adulthood.

Though the study of religiousness has existed for quite some time, it is now experiencing a revival as an important psychological variable. Religiousness has been found to be negatively related to antisocial behavior (Mason & Windle, 2002) and positively related to prosocial behavior (Morgan, 1983). Both psychological (e.g. depression; McCullough & Larson, 1999; Smith, McCullough, & Poll, 2003) and physical (see Powell, Shahabi, & Thoresen, 2003) health have also been found to be positively associated with religiousness. The relationship between religiousness and personality has been another area of inquiry. Saucier and Goldberg (1998) found that religiousness was mostly orthogonal to the Big Five personality factors of Extraversion, Agreeableness, Conscientiousness, Neuroticism, and Openness and concluded that religiousness was one of the best candidates for a new trait dimension. MacDonald (2000) also found that the Big Five factors of personality are different from factors of spirituality. These studies provide a basis for the study of religiousness as an important aspect of the person.

Bouchard, McGue, Lykken, and Tellegen (1999), studying adult twins who had been reared apart, found heritabilities of .43 for intrinsic religiousness and .39 for extrinsic religiousness (see Allport and Ross, 1967, for a discussion of these two types of religiousness). A heritability of .41 was found using the Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI) religious fundamentalism scale in an adult twin and adoptee sample (Beer, Arnold, & Loehlin, 1998).

Les chercheurs ont également trouvé que le score de religiosité diminue avec l’âge.

The overall means for retrospective and current religiousness ratings were 15.7 (SD = 5.7) and 13.9 (SD = 7.2), respectively.

La corrélation entre l’auto-évaluation d’un jumeau et l’évaluation de lui-même par son co-jumeau était de 0.69 pour les rapports rétrospectifs et 0.86 pour les évaluations actuelles. Ces corrélations ne différaient guère selon la zygosité, même si la concordance entre les DZs était légèrement inférieure. Le fait que l’évaluation d’un jumeau sur son son co-jumeau concorde fortement avec l’évaluation de son co-jumeau sur lui-même montre que les jumeaux peuvent évaluer fiablement la religiosité de l’autre.

Chaque jumeau semblait voir ses parents comme ayant des niveaux similaires de religiosité. Les corrélations entre les évaluations de religiosité des mères et des pères étaient de 0.79, et 0.77 pour les évaluations rétrospectives et actuelles, montrant que les parents sont perçus de façon similaire par les jumeaux. Ces corrélations élevées suggèrent une forte homogamie pour la religiosité.

Each parent’s religiousness was also viewed as being stable over time. The correlation between retrospective and current ratings was .92 for mothers and .94 for fathers. [...] When rating retrospectively, the twin-mom and twin-dad correlations were around .75. For current ratings, however, the correlations were around .35. Since parents’ religiousness was seen to change very little over time, the difference in these correlations primarily reflects change in the twins’ religiousness as they aged.

When rating current religiousness, however, the MZ and DZ correlations were .62 and .42, respectively, and were significantly different (Z = 2.18, p < .05). It appeared that the MZ twins maintained their similarity over time, while the DZ twins became more dissimilar. These correlations suggest low genetic and high environmental influences when the twins were young but a larger genetic influence as the twins age.

Bien que la présente étude porte sur des jumeaux masculins, Truett et al. suggèrent une héritabilité de toute façon plus grande chez les femmes :

Kirk et al. (1999) report differences between men and women for church attendance, with women attending more frequently, and Truett et al. (1994) found greater heritability in females as compared to males for adult church attendance.

Les raisons évoquées pour l’augmentation de l’héritabilité de ce trait avec l’âge concordent avec celles évoquées pour expliquer l’héritabilité de l’intelligence à l’âge adulte :

For example, Eaves et al. (1997) used cross-sectional twin data to show that the heritability of conservatism also increased with age. These findings are consistent with the hypothesis that developmental change occurs around the time an adolescent leaves the family home. When this happens, parents begin to lose influence over their child since they cannot monitor his or her behavior to the same degree as they previously had. [...] The results of the two religiousness subscales support this explanation since the external items, which, by conceptual definition, are aspects of religiousness that can be more easily influenced by parents or other individuals, seem to be more environmentally, and less genetically, mediated for the retrospective, childhood ratings. With current ratings, however, external religiousness becomes more heritable.

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4 comments on “IQ versus Religion versus Heritability

  1. René de Sévérac says:

    Je ne veux pas engager un trop long débat.
    Croyant en Dieu, et ne m’estimant pas particulièrement arriéré, je me contenterai de quelques remarques :
    1. Il est indubitable que la tendance historique est vers l’abandon des “préjugés religieux”. Marcel Gauchet attribue au Christianisme cette vertu d’être “la Religion de sortie de la religion”
    2. Faire des analyses de QI sur l’évolution avec l’age ne montre pas une “amélioration” des individus mais leur “adhésion progressive avec l’idéologie dominante”.
    3. Comparer les individus selon leur adhésion aux “mythes anciens” et leur “adhésion aux mythes nouveaux” ne me parait pas scientifique.

    Une remarque complémentaire : on a longtemps pensé que la situation de notre planète induit l’existence d’un Créateur; aujourd’hui on peut entendre des “scientifiques” (*) faire les syllogisme suivant : l’existence de la Vie est “pur miracle” sur Terre, mais comme Dieu n’existe pas, il y a dans l’Univers cent autres mondes où la vie a éclos.

    Je voudrais bien prolonger, mais ce serait trop occuper cette tribune.

    (*) notez que Wikipedia appelle “pseudo-scientifiques” les gens qui ont le culot d’employer le mot ‘intelligent Design”.. Mais, Dieu merci (si l’on peut dire), personne ne propose de les envoyer au bûcher. Quoique, il n’y a pas si longtemps les Avant-Gardes les envoyaient au Goulag.

  2. Je ne suis pas particulièrement athée ni croyant. C’est du 50/50. Ce que je crois c’est que les gens instruits me semblent souvent peu ouverts d’esprit, tout ce qui échappe au “cadre scientifique” est par définition faux, tout ce qui échappe donc, à la compréhension scientifique (qui ne dérive en réalité que de la compréhension humaine). Je dis ça après de multiples discussions que j’ai eu, sur le net, ou dans la vraie vie. Pour moi qui suis assez ouvert d’esprit, j’accepte de croire au divin et à “ce qui ne se voit pas” ou “ne peut pas être compris par l’entendement humain”. Je prends garde évidemment à ne pas tomber dans la naïveté et croire tout ce que je peux entendre.

    “Faire des analyses de QI sur l’évolution avec l’age ne montre pas une “amélioration” des individus mais leur “adhésion progressive avec l’idéologie dominante”.”

    S’il existe une forte relation entre Qi et athéisme, alors il est indéniable qu’à mesure qu’ils mûrissent intellectuellement, les enfants deviennent de plus en plus athées, indépendamment d’autres facteurs, probablement tout aussi important.

    • René de Sévérac says:

      Attention Meng,vous n’avez pas suivi mon raisonnement :
      Vous dites “S’il existe une forte relation entre Qi et athéisme, alors il est indéniable qu’à mesure qu’ils mûrissent intellectuellement, les enfants deviennent de plus en plus athées
      Pourquoi ne pas dire :
      “’à mesure qu’ils mûrissent intellectuellement, les enfants deviennent de plus en plus athées, donc il existe une forte relation entre Qi et athéisme”.
      Mon propos tendait à dire que l’évolution marquante était <b<l'adhésion aux idées à la mode:. Cela peut être illustré de mille manières.

      Un point complémentaire : pourquoi les milieux “populaires” ont-ils abandonné la foi de leurs pères et pourquoi les églises sont-elles plus fréquentées dans les quartiers “bourgeois”?
      Ne pensez pas que je prends le contre-pied de vos propos et j’ai même noté un infléchissement dans votre billet.
      Salut ,Meng (Hu est votre nom de famille ?)

  3. Sévérac: “’à mesure qu’ils mûrissent intellectuellement, les enfants deviennent de plus en plus athées, donc il existe une forte relation entre Qi et athéisme”.

    Oui, c’est exactement comme cela qu’il fallait l’entendre.

    “Mon propos tendait à dire que l’évolution marquante était <b<l'adhésion aux idées à la mode:. Cela peut être illustré de mille manières."

    Ne vous en faites pas j'ai bien compris, et remarqué, même si je suis encore assez jeune, que l'athéisme est la mode, en ces temps modernes. Quand vous dites être religieux, et bien, on ne vous prend plus au sérieux. C'est dommage.

    "pourquoi les milieux “populaires” ont-ils abandonné la foi de leurs pères et pourquoi les églises sont-elles plus fréquentées dans les quartiers “bourgeois”?"

    Alors, ça, je ne suis pas au courant. Vous avez des statistiques ? Ce serait surprenant, compte tenu de toutes les études qui suggèrent justement le contraire.

    PS : Oui, c'est mon nom de famille.

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